Unédic: pourquoi le Medef risque de claquer la porte

Le renouvellement de la convention assurance chômage est dans l'impasse. En cause, le raidissement du Medef qui ne veut plus négocier.

Le mot d’ordre au Medef c’est "arrêtons les frais". Excédée par les blocages, les grèves et les manifestations – une nouvelle a eu lieu sous haute tension ce mardi 14 juin - contre la loi Travail, la principale organisation patronale a mis le pied sur la pédale de frein pour bloquer la négociation sur l’assurance chômage qui doit se terminer jeudi 16 juin lors d’une ultime réunion. Certes, Pierre Gattaz, le patron des patrons, n’a pas acté officiellement ce mardi en conférence de presse la fin des pourparlers entre partenaires sociaux pour renouveler la convention Unédic. "Nous ferons tout pour trouver une solution. Mais si les partenaires sociaux n’arrivent pas à s’entendre, le patronat constatera l’échec", a-t-il déclaré.

Le ras-le-bol du Medef

Mais en réalité, le Medef n’a aucune envie d’aboutir à un accord. "C’est très mal engagé", confie sous le sceau de l’anonymat un ponte du syndicat patronal. Le conseil exécutif de cette organisation s’est d’ailleurs montré très clair lundi 13 juin à l’issue d’une réunion: pas question de transiger sur la taxation des contrats courts. Or, c’est le principal point de blocage avec les syndicats de salariés qui réclament la mise en place de la mesure comme source d’économie pour réduire la dette de 26 milliards d’euros. Cette ligne dure du Medef illustre la rébellion qui couve en son sein. "En ce moment, c’est tendu. Il y a d’un côté les faucons qui veulent attendre le retour de la droite et enterrer le paritarisme. Et de l’autre les progressistes qui eux aussi en ont marre de se faire avoir à chaque fois, explique cette même source. Du coup, la grande majorité des membres du comité exécutif ne veulent plus négocier."

Quand la coupe est pleine

Plusieurs facteurs ont contribué à exacerber le ras-le-bol du patronat. Le premier: le "déshabillage de la première version de la loi" par le gouvernement qui a été contraint de donner des gages aux syndicats réformateurs. Exit donc les mesures pro business comme la barémisation des indemnités prud’homales, une marotte du Medef qui considère que c’est un point essentiel pour restaurer la confiance des chefs d’entreprises. Autre élément de crispation: le compte pénibilité, "inapplicable en l’état". Six nouveaux critères doivent rentrer en application à partir du 1er juillet. Il y a aussi la loi Sapin II, en débat actuellement à l’Assemblée, qui exaspère le Medef avec ses mesures de class action et celles sur la transparence fiscale.

Enfin et surtout, il y a ce conflit larvé avec les syndicats dits contestataires, FO et CGT en tête. "Les entreprises sont touchées de plein fouet par les actes perpétrés depuis plusieurs semaines par une poignée de voyous irresponsables, dont la plupart ne sont même pas concernés par la loi contre laquelle ils s’insurgent", s’est insurgé le patron des patrons. Le ton est monté ces dernières semaines entre Philippe Martinez, le leader de la centrale syndicale de Montreuil et Pierre Gattaz. Ce dernier a taxé les actions de la CGT de "terrorisme social". En retour, le syndicat a porté plainte pour diffamation et certains adhérents dans les cortèges ont brûlé des poupées à l'effigie du patron du Medef. "Ce climat de tensions autour de la loi Travail a pourri toute la négociation", estime un conseiller du ministère du Travail.

Au final, il est fort probable que le gouvernement soit obligé de reprendre la main sur l'Unédic. Deux options sont sur la table: "Soit on prolonge l'actuelle convention, soit la ministre décide de s'emparer du dossier et de faire bouger des paramètres de l'assurance chômage. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des lignes rouges comme la dégressivité ou la réduction du temps d'indemnisation des chômeurs", poursuit ce conseiller. Si rien n'est décidé pour l'instant, le gouvernement devrait simplement la prolonger en y incluant l'accord de branche sur les intermittents signés fin avril par les partenaires sociaux du secteur.


Florian Fayolle



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