Les records de 1997 sont dépassés et la mobilisation se fait attendre

La situation du chômage est aujourd'hui dramatique : 3,2 millions de demandeurs d'emploi sans aucune activité, près de 1,9 million de chômeurs depuis plus d'un an, plus de 5 millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi. Les tristes records de 1997 sont dépassés. Et pourtant, malgré les ambitions affichées, on attend toujours une réelle mobilisation de toutes les énergies, comme cela avait pu être le cas en 2005 sous l'impulsion de Jean-Louis Borloo, alors ministre chargé de l'emploi et de la cohésion sociale.

Face à un chômage qui ne baissait pas, la mobilisation générale fut déclarée et l'ANPE – ancêtre de Pôle emploi – enchaîna les plans d'urgence (jeunes de moins de 25 ans sans qualification, chômeurs de longue durée), déploya les nouveaux contrats aidés issus du plan de cohésion sociale, créa de nouveaux outils de formation et d'adaptation à l'emploi, mobilisa les employeurs et renforça considérablement l'accompagnement des chômeurs, avec la mise en place en janvier 2006 du suivi mensuel personnalisé des demandeurs d'emploi..

Auparavant, les demandeurs d'emploi ne voyaient un conseiller que tous les six mois au mieux. Désormais, ils pouvaient voir leur conseiller personnel tous les mois après quatre mois de chômage. Soutenu par une conjoncture devenue plus favorable, le chômage s'est mis à reculer, passant de 2,7 millions de demandeurs d'emploi à moins de 2 millions à la veille de l'éclatement de la crise financière.

La situation actuelle est à l'évidence plus grave qu'en 2005, avec des perspectives économiques durablement dégradées et des marges de manoeuvre budgétaires quasi nulles. Si l'accord récent des partenaires sociaux, qui a désormais force de loi, va dans le bon sens pour libérer l'emploi, ses effets ne se feront sentir qu'à terme. Attendre sans bouger le retour de la croissance serait suicidaire. La mobilisation immédiate de tous est impérative, sauf à accepter une progression continue et inéluctable du chômage. Il ne s'agit pas tant de changer radicalement de politique que d'en infléchir certains aspects et, surtout, d'accélérer et accélérer encore. Trois axes doivent aujourd'hui être privilégiés.

Les contrats aidés tout d'abord : le gouvernement en a créé de nouveaux, les emplois d'avenir et les contrats de génération. Les premiers peinent à décoller – 20 000 en six mois –, les seconds n'en sont qu'à leurs prémices. Mais, alors que le chômage explose, le nombre de chômeurs bénéficiant de contrats aidés se réduit. Il faut d'urgence relancer le dispositif en amplifiant l'effort et en élargissant la cible – les 780 000 jeunes inscrits à Pôle emploi ne sont pas tous sans qualification –, en réorientant massivement les contrats aidés, et pas seulement les emplois d'avenir, vers le secteur marchand : plus de 70 % des bénéficiaires de contrats dans le secteur marchand ont un emploi après la fin de l'aide, contre moins de 30 % pour le secteur non marchand.

L'accompagnement des demandeurs d'emploi ensuite. Le suivi mensuel personnalisé des demandeurs d'emploi (SMP) a fait l'objet de critiques contradictoires et injustifiées : contradictoires, car on lui reprochait tout à la fois de n'être pas suffisamment mensuel pour tous et de ne pas ajuster l'intensité du suivi en fonction des besoins des chômeurs ; injustifiées, car il a prouvé son efficacité : une étude récente montre ainsi que sa mise en place a accru de 23 % à 34 %, selon la situation des demandeurs d'emploi, les chances de retrouver un travail pour ceux qui en avaient bénéficié par rapport aux autres..

Le gouvernement a mis 4 000 emplois supplémentaires à Pôle emploi. Cela doit permettre de remettre en place un accompagnement réel et régulier pour tous les chômeurs. Bien sûr, il faut renforcer l'accompagnement pour ceux qui en ont le plus besoin, mais cela ne doit pas conduire à laisser plusieurs centaines de milliers de demandeurs d'emploi sans rencontres régulières avec leur conseiller au motif qu'ils savent utiliser les outils Internet et peuvent être plus autonomes dans leur recherche.

Ce qu'attendent les chômeurs, c'est qu'on leur propose des offres d'emploi, qu'on les mette en relation avec des employeurs potentiels, qu'on les prépare aux entretiens d'embauche. Certes, 130 000 emplois salariés ont été détruits en un an. Pourtant, le nombre d'embauches, et donc d'offres d'emploi, est resté quasi stable, comme en témoignent les données recueillies par l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss). Il faut impérativement se mobiliser de nouveau pour aller chercher un plus grand nombre d'offres d'emploi dans les entreprises et les mettre à disposition de tous.

La formation enfin. Elle est essentielle pour nombre de demandeurs d'emploi. Le gouvernement a décidé d'en faire un des thèmes majeurs de la prochaine conférence sociale. Si une réforme globale – une de plus ! – de la formation professionnelle est certainement utile pour simplifier une organisation bien trop complexe, coûteuse et souvent peu efficace, elle prendra du temps, car les enjeux de pouvoir et les coûts financiers sont élevés, alors que ses effets ne se feront sentir qu'à moyen terme.

L'urgence impose d'aller plus vite et de prendre des mesures immédiatement opérationnelles. Ainsi, il est nécessaire d'accroître le nombre de formations d'adaptation à l'emploi associées à une promesse d'embauche. Certes, de courte durée (400 heures de formation environ), ces formations ne permettent pas des reconversions professionnelles complètes, mais 70 % des stagiaires ont un emploi six mois après la formation contre 40 % environ pour ceux qui ont suivi des formations plus ambitieuses mais plus aléatoires.

Fixer un objectif de 200 000 entrées dans ce type de formation d'ici à la fin de l'année (soit quatre fois plus qu'aujourd'hui) serait une première étape vers la cible ambitieuse fixée par le président de la République – faire en sorte qu'un chômeur sur deux bénéficie d'une formation pendant sa période de chômage – et aurait un impact presque immédiat sur les statistiques de l'emploi.

La lutte contre le chômage est la mère de toutes les batailles. Mettons-y enfin tous les moyens.

Par Christian Charpy


Christian Charpy

En avril 2005, il a été nommé directeur général de l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE), avec pour objectif de mener à bien la fusion entre l'ANPE et le réseau des Assedic, qui devait donner naissance, en octobre 2008, à Pôle emploi. Cette mission a pris fin le 19 décembre 2011.

 


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