Le Sénat planche sur la fiabilité des chiffres du chômage

Alors que les chiffres du chômage du mois d'avril sont tombés ce mercredi, la commission d’enquête sur les chiffres du chômage en France et dans les pays de l’Union européenne continue ses auditions pour tenter de répondre à la question : les chiffres du chômage sont-ils vraiment fiables ?

Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité a enregistré en avril un deuxième mois consécutif de baisse (-19.900, -0,6%). Tant attendus après les résultats encourageants du mois du mois de mars, les chiffres du chômage de Pôle emploi sont tombés ce mercredi. Mais sont-ils fiables ? Pour les sénateurs Les Républicains rien n’est moins sûr : dans leur viseur, les méthodes employées pour l’élaboration des statistiques du chômage. Sous leur initiative a été créée, le 6 avril dernier au Senat, la commission d’enquête sur les chiffres du chômage en France et dans les pays de l’Union européenne. « La publication du chiffre du chômage est un événement important de la vie politique, c’est un chiffre largement commenté. Or, il y a eu dans le passé pas très lointain des bugs comme celui de SFR. On a souhaité faire un état des lieux », explique à Public Sénat Philippe Dallier, sénateur LR de la Seine-Saint-Denis et rapporteur de la commission d’enquête.

Durant six mois, travaux et auditions de la commission permettront, pour les 21 sénateurs de tous bords qui la composent, de dresser le bilan sur les méthodes et publications de ces taux de chômage et mesurer l’impact des réformes dans les autres pays européens. L’enquête de la commission s’organise en deux grandes parties, nous explique Philippe Dallier. Dans un premier temps, les sénateurs s’attardent sur les méthodes d’élaboration de ces chiffres. « La France a un système hybride : il y a la publication mensuelle par Pôle emploi, chiffres basés sur des données administratives, et il y a l’Insee qui réalise une enquête d’emploi tous les trois mois. Ce dernier donne d’autres chiffres, qui sont des chiffes conformes à la norme du Bureau Internationale du Travail. Après, les chiffres sont remontés au niveau européen : Eurostat. C’est donc une mécanique compliquée. La première partie vise à bien comprendre comment cela fonctionne et voir si les chiffres fournis sont fiables », détaille le rapporteur du texte. Une méthode déjà critiquée par la droite en avril dernier sur le plateau de Public Sénat (voir notre papier Chômage : «Il y a un vrai problème de fiabilité des chiffres» affirme la droite).

La seconde partie du travail de la commission sera consacrée à la comparaison du système français avec d’autres pays européens. L’idée est d’analyser les réformes mises en œuvre dans certains pays ainsi que leur impact sur l’emploi. L’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre ont été choisis par la commission présidée par la sénatrice PS de la Nièvre, Anne Emery-Dumas. « Nous avons choisis des pays de taille comparable avec la France, où les choses semblaient bouger le plus en la matière », précise Philippe Dallier. Trois déplacements sont prévus dans les Etats concernés dans les semaines à venir.

Les auditions de la commission ont quant à elles débuté le 11 mai. Chacun des trois acteurs majeurs des chiffres tant attendus, Pôle Emploi, l’Insee et Eurostat ont été entendues. Econométricien ou encore direction de l'animation, de la recherche, des études et des statistiques du Ministère du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social (Dares) sont venus eux aussi donner leur explication sur le sujet.

Ce mercredi, c’était au tour de deux anciens ministres du travail, François Rebsamen (PS) et Xavier Bertrand, d’apporter leur expertise. Alors que Xavier Bertrand s’est davantage attardé sur les politiques comparatives et sa vision de la lutte contre le chômage, François Rebsamen s’est montré plus critique sur les méthodes de construction. Un avertissement semble revenir régulièrement, nous confirme Philippe Dallier : le manque de recul d’une publication mensuelle. « La vraie question est peut-on vraiment tirer les conclusions d’un chiffre qui est donné mensuellement et qui en plus n’est pas celui qui permet de comparer à l’échelle européenne ? Pour dégager une tendance, trois mois semblent une période beaucoup plus pertinente », étaye-t-il.

Ce jeudi sera reçu le Mouvement national des chômeurs et précaires. Une audition qui permettra de mettre en avant les différents témoignages de demandeurs d’emploi reçus par la commission. Elle a en effet ouvert ce mois-ci une plateforme collaborative. « L’idée est de permettre à tous ceux qui s’intéressent à la question de nous apporter leur remarque. Nous avons beaucoup de messages de demandeurs d’emploi qui font part de leur difficulté avec Pôle emploi », étaye Philippe Dallier.

Le rapport sera remis avant le 23 octobre prochain et permettra de répondre à la question qui fait couler de l’encre : les chiffres du chômage, dont François Hollande en a fait un argument de campagne, sont-ils fiables ?


Julie Torterolo



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