Chômage : vérités, mensonges et désinformation

Les derniers chiffres officiels du chômage annoncés fin avril posent une nouvelle fois la question de leur crédibilité. Un débat sans fin…

Selon Pôle emploi, le chômage aurait donc reculé en mars de 60 000 inscrits en catégorie A, alors qu'il avait augmenté de 38 400 inscrits le mois précédent et il n'y aurait plus que 3,53 millions de demandeurs d'emploi en France, selon la version officielle. Une évolution en tôle ondulée qui n'a pas manqué d'intriguer les observateurs : « Mieux, ce serait indécent », a titré de façon caustique L'Opinion. « Un chiffre impressionnant, si ce n'est trop beau pour être vrai », selon Les Échos. « Quelle lecture magique des faits économiques et sociaux François Hollande va-t-il sortir de son chapeau ? » a persiflé Le Figaro.

En examinant les chiffres détaillés de la Dares, cette composante de l'Insee qui dépend du ministère du Travail et qui fournit chaque mois les statistiques complètes de Pôle emploi, on constate – premier point – que ces 3,53 millions de demandeurs d'emploi ne concernent que la France métropolitaine. Si l'on veut bien considérer la France entière avec ses départements d'outre-mer, ce qui est la moindre des choses, il faut alors compter 260 000 chômeurs de plus, 3,79 millions au lieu de 3,53 millions ! Voilà bien une manie française : vouloir cacher la vérité ou une partie de la vérité dès lors que des intérêts politiques sont en question. Jouer ainsi avec la vérité n'est pas digne d'un gouvernement sérieux. Quant aux médias qui se laissent aller à ce genre de désinformation, mieux vaut les oublier…

Deuxième point : si l'on veut bien regarder cette fois les trois catégories A, B, C qui concernent tous ceux qui sont « tenus de rechercher un emploi », même si certains sont « en activité réduite », on obtient pour la France entière un chiffre de 5,756 millions de chômeurs au lieu de 5,766 millions pour la seule métropole. Le recul du chômage n'est plus alors de 60 000, mais de 10 000 unités. Pas de quoi entonner des chants de victoire, d'autant plus que les radiations pour défaut d'inscription, de leur côté, ont bondi de plus de 8 % pendant les 3 derniers mois.

« Ça va » effectivement un peu « mieux »

Soyons clairs, tout n'est pas négatif. Un certain nombre d'indicateurs économiques laissent à penser que « ça va » effectivement un peu « mieux », comme le dit le président, mais attention à ne pas chercher à enfumer nos concitoyens. Autre exemple : François Hollande, qui n'a peur de rien en la matière, nous a sorti dernièrement un gros mensonge lors de son émission sur France 2 en citant le chiffre de 100 000 nouveaux emplois nets, créés pendant l'année 2015, et cela à l'appui de son constat osé de « plus de croissance, moins de déficits, moins d'impôts et plus de compétitivité », constat comportant en lui-même deux autres mensonges !

Question : où donc le président a-t-il bien pu trouver ce chiffre de 100 000 emplois créés par l'économie pendant l'année 2015 ? Réponse : il a additionné 80 000 emplois réellement créés l'an dernier dans le secteur marchand et 20 000 contrats aidés dans le secteur de l'économie sociale et solidaire qui n'avaient rien à faire là. Après que Pôle emploi eut modifié l'an dernier certaines règles du jeu dans le comptage des chômeurs et certaines « méthodes de classement », si l'on se met à changer aussi de thermomètre, on peut tout craindre pour la suite, à un an de l'élection présidentielle.

Jean-Pierre Robin, une des grandes plumes économiques du Figaro, pense que « l'opinion publique est persuadée qu'il y aura une entourloupe et que, d'une façon ou d'une autre, l'exécutif jouera avec les mots et les chiffres ». Selon lui, le programme en cours de 500 000 formations « aux métiers de demain », par exemple, va certainement contribuer à réduire les chiffres du chômage, mais il ne faudrait pas oublier les « emplois d'avenir », les « contrats de génération », les « contrats de sécurisation professionnelle » et quelques autres inventions récentes comme les « formations prioritaires », et on en oublie certainement ! On est très imaginatif à l'Élysée et à Matignon dès qu'il s'agit de contourner les statistiques du chômage avec des emplois subventionnés.

Tous ces emplois aidés sont connus, car référencés par la Dares dans les catégories D et E dont la progression est continue. Il est clair que ces deux catégories de chômeurs qui ne « sont pas tenus de rechercher un emploi » – et pour cause ! – concernent de vrais chômeurs : beaucoup de « jeunes », trop jeunes, qui débutent dans la vie professionnelle, et beaucoup de « vieux », trop vieux, qui ne parviennent pas à retrouver un emploi.

François Hollande a créé 1 million de chomeurs

Et là, combien sont-ils ? Quel est le vrai chiffre global du chômage en France ? Très précisément 6 486 100 inscrits à Pôle emploi à fin mars 2016 dans toutes les catégories. Ils ont augmenté de 27 000 pendant les six derniers mois, un chiffre trop faible pour entrer dans les statistiques officielles ! Arrondissons à 6,5 millions : tel est le vrai chiffre de toutes celles et de tous ceux qui cherchent un emploi et qui, en attendant de le trouver, sont assistés par leurs concitoyens. Vraiment pas de quoi se réjouir…

Quant à François Hollande, il va falloir qu'il trouve autre chose que des emplois aidés pour faire croire aux Français, selon ses propres termes, à une « inversion de la courbe du chômage », à une baisse « crédible […] suffisamment longue et répétée […] tout au long de l'année 2016 ». D'abord, parce que si l'on tient compte des trois premières catégories A, B, C, dans la France entière, ce ne sont pas 600 000 chômeurs de plus que l'on doit à ce président depuis son installation à l'Élysée, mais un bon million. Ensuite, parce que cette tragédie française n'est due qu'à la seule politique d'un homme qui s'est révélé incapable de procéder aux vraies réformes dont le pays a un besoin vital. Et lorsque cet homme se permet en plus de cautionner une nouvelle sur-surtaxe sur les CDD au risque de décourager encore plus les entrepreneurs, on peut se poser des questions sur sa fiabilité. Inconscience molle ou incompétence avérée ? Chacun pourra en juger, bientôt…


JEAN NOUAILHAC



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