Coopérons davantage entre acteurs privés de l'emploi

Pôle Emploi s'est ouvert pour la première fois aux offres provenant de sites d'emploi privés. Pour Gilles Cavallari, président de Monster France, les acteurs du secteur doivent renforcer leurs échanges.

La polémique sur les derniers chiffres du chômage ne doit pas occulter la gravité de la situation française : le chômage dans notre pays atteint 10 % de la population active, un gâchis autant humain qu’économique. Il est important que l’ensemble des experts et parties prenantes se mobilise en misant sur plus de coopération.

Alors que l’Insee vient d’annoncer les premiers signes d’une inversion de la courbe du chômage, il est temps de penser au-delà des effets d’annonce. Ceux qui invoquent la force d’inertie des institutions devraient prendre exemple sur les initiatives mises en place depuis longtemps à l’étranger et depuis quelques années maintenant en France par Pôle Emploi.

Recueillir un maximum d'offres

En 2012, à peine remis du choc qu’a constitué la fusion ANPE/Assedic, et alors que ses équipes doivent faire face à l’une des plus importantes crises de l’emploi que la France ait connues, Pôle Emploi ouvre pour la première fois son site aux offres provenant des acteurs privés de l’emploi. L’an dernier, une nouvelle étape de ce rapprochement a été franchie avec le lancement de l’Emploi Store, qui référence sur une seule et même plateforme un ensemble de services de l’emploi dispersés sur le Web.

Si l’opérateur public a ouvert la voie, c’est aujourd’hui aux acteurs privés de l’emploi de prendre le relai, en proposant plus de coopération et d’échanges. C’est le choix que nous faisons en donnant à nos utilisateurs l’accès aux offres de nos clients et désormais, aussi, à celles provenant de 28.000 sources pertinentes dispersées sur le web, ce qui leur donne accès à 200.000 offres d’emplois.

La nouvelle donne du sourcing

Mais toutes les opportunités de carrière ne donnent pas lieu à une offre d’emploi : de nombreuses entreprises recrutent sans publier d'annonces. Parce que leur bonne réputation employeur nourrit à elle seule leur vivier de talents dans lequel ils pourront piocher à loisir. Parce que le recrutement est urgent, ou parce que le service RH n’est pas suffisamment dimensionné ou accompagné pour gérer des flux de candidatures parfois importants que la publication d’une annonce peut générer.

Pour se donner les moyens d’être "pro-actifs", beaucoup de ces entreprises fréquentent les CVthèques du marché, tandis que d’autres investissent dans des outils de sourcing spécialisés sur certains métiers, misant sur les technologies pour identifier et convaincre le bon candidat plutôt que d’attendre qu’il vienne toquer à la porte.

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En quelques clics, ils accèdent à des profils de professionnels qualifiés répondant aux compétences et expériences requises pour le poste et peuvent facilement entrer en contact avec eux, par e-mail sur Twitter ou directement sur des forums métier. Le succès croissant de ces pratiques de sourcing montre ainsi qu’au-delà des offres d’emploi, c’est aussi aux candidats eux-mêmes qu’il faut donner plus de visibilité, afin de faciliter leur identification.

C’est d’ailleurs pour trouver les outils qui demain permettront de mieux faire se rencontrer offre et demande de compétences que Pôle Emploi a lancé le "Lab Rh", plateforme d’open innovation réunissant plus d’une centaine de start-ups.

Diffuser le CV en quelques clics

Anonymisées, les données de Pôle Emploi passent alors à la moulinette des data-scientists, dans l’espoir de créer de nouveaux algorithmes de "matching" candidats/recruteurs. C’est évidemment le sens de l’histoire et la technologie est un atout majeur dans ce combat. Pourtant, ce n’est pas de données anonymes dont ont besoin aujourd’hui les recruteurs, mais de personnes identifiables, disponibles et compétentes, qu’ils pourront rapidement joindre au téléphone pour valider le profil et prendre un rendez-vous.

S’en remettre à l’innovation logicielle et espérer que celle-ci finisse par avoir un impact positif sur la situation de l’emploi n’est qu’une réponse partielle aux enjeux d’aujourd’hui. Permettre aux candidats d’avoir une visibilité optimum auprès des recruteurs est certainement une autre partie de la réponse.

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Ainsi, un candidat mettant à jour son CV sur le site de Pôle Emploi pourrait, en cochant une simple case en bas de page, consentir à ce qu’il soit publié également sur des plateformes privées, le rendant visible de milliers de recruteurs – sourceurs qui les fréquentent parfois exclusivement.

Pour qu’il bénéficie au candidat, un tel degré de coopération nécessite que les garanties liées au droit d’accès, à l’information et à la protection des données soient apportées de manière transparente, mais une nouvelle étape décisive serait franchie, et l’emploi en sortirait très certainement gagnant.


Gilles Cavallari, président de Monster France



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