Le débat sur les statistiques du chômage rebondit

Depuis 2011, les chiffres de Pôle emploi et de l’Insee divergent de plus en plus. Les modifications administratives et la hausse des découragés y sont à l’origine.

« Pôle emploi n’est pas un outil statistique fiable. Les chiffres erratiques transmis chaque mois le démontrent ». L’ex-ministre du Travail, François Rebsamen, a relancé la polémique sur les chiffres du chômage la semaine dernière dans « Les Echos ». Le maire de Dijon leur préfère les statistiques publiées chaque trimestre par l’Insee qui, selon lui, « reflètent davantage la réalité économique ».

On le comprend : si le chiffre de chômeurs de catégorie A augmente de plus de 27.000 en un mois alors « il y a plus de 95% de chances que la tendance de moyen terme soit également à la hausse », selon un document de Pôle emploi publié en janvier dernier. En-dessous, le chiffre mensuel est difficile à interpréter...

700.000 chômeurs de différence

Mais il y a surtout un problème de taille : les deux séries statistiques divergent de plus en plus depuis cinq ans. A la fin 2015, l’Insee comptait 2,86 millions de chômeurs tandis qu’à la même date, Pôle emploi recensait 3,55 millions de demandeurs d’emploi de catégorie A, c’est-à-dire n’ayant pas travaillé une heure au cours du dernier mois. Une différence de presque 700.000 personnes alors qu’en 2012, elle n’était que de 300.000 ! Résultat, avec l’indicateur Pôle emploi, le bilan de François Hollande est calamiteux, alors qu’il est bien meilleur selon l’Insee.

Comment expliquer ces décalages ?

Comment l’expliquer ? Tout d’abord, contrairement aux apparences, les deux administrations ne mesurent pas la même chose. Pôle emploi ne comptabilise que les personnes qui s’inscrivent. Il suffit de faire la démarche pour être considéré comme un chômeur de catégorie A sans avoir nécessairement besoin de chercher un emploi. L’Insee envoie, lui, un questionnaire à plus de 100.000 Français chaque trimestre. Est considéré comme demandeur d’emploi au sens du Bureau international du travail (BIT) toute personne qui n’a pas travaillé du tout au cours du mois dernier, a effectué une recherche active d’emploi et est disponible dans les deux semaines pour prendre un emploi. Il est donc tout à fait possible que quelqu’un soit comptabilisé comme chômeur par Pôle emploi mais pas par l’Insee et inversement.

Ainsi, les jeunes de 15 à 24 ans sans travail ne touchent aucune indemnisation et beaucoup estiment ne pas avoir grand intérêt à se faire connaître de Pôle emploi. Ils ne seront pas compris dans la catégorie A tandis que l’Insee considérera qu’ils sont tout de même des chômeurs. Bref, « c’est bien parce que nous ne mesurons pas la même chose que nos résultats sont différents », résume Anne-Juliette Bessone, chef de la division synthèse et conjoncture du marché du travail à l’Insee. D’autant plus que les chiffres de Pôle emploi dépendent de critères purement administratifs : la suppression progressive de la dispense de recherche d’emploi pour les plus de 55 ans ou encore l’évolution des modalités de radiations et des dates d’actualisation de la situation ont des effets importants sur les statistiques.

Le découragement des chômeurs

« L’explosion du chômage de longue durée a découragé certains de chercher un emploi. D’où la déconnexion croissante entre les chiffres de Pôle emploi et ceux de l’Insee », confirme Bertrand Martinot, auteur du livre « Pour en finir avec le chômage ». Ces chômeurs sont inscrits à Pôle emploi mais disent à l’Insee qu’ils ne recherchent pas d’emploi.

Reste un phénomène rassurant pour les statisticiens : quand l’Insee demande aux Français s’ils sont inscrits à Pôle emploi, là, les réponses coïncident avec les chiffres de Pôle emploi. Il y a une lueur d’espoir dans la jungle de la statistique.


Guillaume de Calignon



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