Chômage: quand El Khomri renvoie Rebsamen à ses chères études...

LE SCAN ÉCO - Piquée au vif, la ministre du Travail a répondu ce jeudi à son prédécesseur qui, deux jours avant, avait affirmé que les statistiques de Pôle emploi n'étaient pas fiables. Et justifié, exemple à l'appui, l'écart avec les données du Bureau international du travail (BIT) par une simple différence de définition. 

Retour à l'envoyeur! Jeudi sur RMC, Myriam El Khomri a répondu vertement à François Rebsamen, son prédécesseur rue de Grenelle, qui avait jugé peu fiables, dans un entretien publié mardi dans Les Échos, les statistiques de Pôle emploi. «Les chiffres erratiques transmis chaque mois le démontrent, avec des transferts entre catégories que Pôle emploi n'arrive pas à expliquer, des radiations qui évoluent au gré des relances par SMS, du nombre de rendez-vous des conseillers, etc, avait ainsi expliqué l'ex-ministre du Travail. C'est un outil à prendre en compte mais les chiffres du bureau international du travail (BIT) et de l'Insee reflètent davantage la réalité économique et celle du chômage dans le pays.» Et le maire de Dijon d'enfoncer le clou, avec un exemple pour le moins hasardeux car... faux. «Il y a quatre ans, le nombre de chômeurs au sens du BIT était peu ou prou le même que celui des inscrits à Pôle emploi en catégorie A. Aujourd'hui, Pôle emploi en compte 700.000 de plus que le BIT! Cherchez l'erreur!»

Myriam El Khomri, qui n'a guère apprécié cette peau de banane de son prédécesseur -qui s'est en outre permis d'affirmer que lui, rue de Grenelle, n'aurait pas porté la loi sur le Travail -, ne s'est pas démontée. «Les chiffres de Pôle emploi sont fiables parce qu'ils sont validés par l'Autorité de la statistique», lui a-t-elle rétorqué sèchement. Tout en tentant d'expliquer les différences, réelles, avec ceux du BIT. «Ils ne comptabilisent pas la même chose, a-t-elle reconnu. Il y a des seniors qui ne sont pas obligés à la recherche d'emploi qui sont comptabilisés à Pôle emploi mais ne le sont pas par le BIT. Il y a des distinctions. D'ailleurs, d'après le BIT, le taux de chômage a baissé en 2015 alors que, de façon globale, il n'a pas baissé selon Pôle emploi». Curieuse manière, soit dit en passant, de ne pas dire qu'il a augmenté...


«Les chiffres de Pôle emploi sont fiables parce qu'ils sont validés par l'Autorité de la statistique»
Myriam El Khomri, le 31 mars 2016



La ministre du Travail dit vrai. Les notions de chômeurs sont différentes entre Pôle emploi et le BIT, dont la définition est beaucoup plus restrictive. Est considérée comme chômeuse par le BIT toute personne qui, d'après ses réponses à l'enquête de l'Insee (l'institut interroge chaque trimestre 110.000 actifs pour définir le taux de chômage), n'a pas travaillé au cours de la semaine donnée, est disponible pour le faire dans les deux semaines et a entrepris des démarches actives de recherche d'emploi. Est considéré comme chômeur à Pôle emploi toute personne qui recherche un emploi, s'actualise auprès de son conseiller chaque mois et ne travaille pas du tout. On peut ainsi être inscrit en catégorie A à Pôle emploi sans être considéré comme chômeur par le BIT.

C'est le cas notamment de seniors qui, pour pouvoir toucher leur allocation, déclarent rechercher un emploi alors qu'en réalité ils ne le font pas. Et ce, bien qu'ils ne soient plus en théorie dispensés de recherche d'emploi (ils l'étaient jusqu'à une loi de 2008 qui a, progressivement, mis fin à cette disposition). En pratique, les conseillers de Pôle emploi les laissent en effet tranquilles, conscients de leur incapacité -du fait de leur âge- à retrouver un emploi. Dit autrement, pour certaines catégories éloignées du marché du travail, se contenter de renouveler son inscription à Pôle emploi chaque mois n'est pas considéré par le BIT comme une «démarche active de recherche».

Les spécialistes évaluent à 300.000 le nombre de seniors comptabilisés en catégorie A part Pôle emploi -alors qu'ils ne recherchent pas activement un emploi- mais non reconnus comme chômeurs par l'Insee. Ces 300.000 expliquent d'ailleurs en grande partie l'écart observé (de 700.000 aujourd'hui) entre les données Pole emploi et BIT, mais aussi la différence entre les hausses enregistrées du nombre de chômeurs depuis 2012 par les deux comptabilisations: +720.000 pour Pôle emploi en catégorie A et +250.000 par l'Insee selon la définition du BIT...


Marc Landré






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