François Rebsamen a-t-il raison de dire que les chiffres de Pôle emploi ne sont « pas fiables » ?

Haro sur Pôle emploi. Ancien ministre du travail remplacé par Myriam El Khomri en septembre 2015, le maire (PS) de Dijon, François Rebsamen, s’en prend, dans un entretien aux Echos mardi 29 mars, à la fiabilité des chiffres des demandeurs d’emploi publiés mensuellement par l’organisme.


« Pôle emploi n’est pas un outil statistique fiable. Les chiffres erratiques transmis chaque mois le démontrent, avec des transferts entre catégories que Pôle emploi n’arrive pas à expliquer, des radiations qui évoluent au gré des relances par SMS, du nombre de rendez-vous des conseillers… Tout cela alimente la suspicion et les accusations, pourtant infondées, de manipulation. »


Une accusation réitérée dans les colonnes de M Le magazine du Monde : « Le pire, c’est qu’on ne sait pas trop comptabiliser. On s’y perd dans les catégories. On essaie un peu d’interpréter les chiffres. Mais même le patron de Pôle emploi, que j’avais interrogé, m’avait répondu : “Ah si seulement j’y comprenais quelque chose”. »

M. Rebsamen considère qu’« il faudrait à l’avenir s’appuyer sur les chiffres du BIT [Bureau international du travail] et de l’Insee, d’une part parce qu’ils sont trimestriels, ce qui est la bonne périodicité, et d’autre part parce qu’ils sont la seule référence permettant de se comparer aux autres pays européens. »

Des courbes différentes

Le problème que souligne François Rebsamen est classique et visible sur les courbes d’évolution du chômage, selon qu’elles sont produites par Pôle emploi ou par l’Insee.

Pourquoi cette différence ? Parce que les comptabilisations des deux organismes n’ont pas les mêmes bases.

Pôle emploi : un nombre d’inscrits

Pôle emploi collecte les chiffres des demandeurs inscrits chez lui en fin de mois, et possède ensuite ses propres catégories : « A » pour les chômeurs n’ayant pas travaillé du tout, « B » et « C » pour des activités partielles… En général, on retient le chiffre de la seule catégorie A et pour la seule France métropolitaine : 3,552 millions de personnes en février.

Une personne sans activité mais qui n’est pas ou plus inscrite à Pôle emploi sort donc des chiffres. De même, un chômeur bénéficiant d’une formation reste inscrit, mais quitte la catégorie A pour aller dans une autre.

L’Insee : un sondage

L’Insee a, pour sa part, recours à une nomenclature mondiale, celle du Bureau international du travail (BIT). Pour celui-ci, un chômeur est quelqu’un en âge légal de travailler, qui :

- n’a pas travaillé durant une période de référence,

- est disponible pour prendre un emploi dans les deux semaines,

- a cherché activement un emploi dans le mois précédent.

Que cette personne soit ou non inscrite à Pôle emploi n’entre donc pas en ligne de compte. C’est ainsi que 16 % des chômeurs au sens de l’Insee et du BIT ne sont pas inscrits à l’établissement public.

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Surtout, l’Insee procède par sondage : elle interroge chaque trimestre 110 000 personnes et en extrapole un chiffre rapporté à celui du nombre d’actifs pour obtenir un taux. Mais un sondage a ses travers. Ainsi, l’Insee a changé quelques questions de son enquête en 2013. Et les chercheurs estiment que ces reformulations ont pu faire varier leur résultat de 0,5 %, soit tout de même 145 000 personnes.

Deux réalités différentes

A l’arrivée, les chiffres de l’Insee offrent une image un peu « meilleure » de la situation que ceux de Pôle emploi. « Il y a quatre ans, le nombre de chômeurs au sens du BIT était peu ou prou le même que celui des inscrits à Pôle emploi en catégorie A. Aujourd’hui, Pôle emploi en compte 700 000 de plus que le BIT ! Cherchez l’erreur ! », fait d’ailleurs valoir M. Rebsamen.

La divergence de chiffres est ancienne : elle existe depuis 1996. Mais elle tend à s’accroître. Fin 2015, l’Insee annonçait avoir mis en place un outil pour mieux comprendre les causes de cette différence.

Mais ces chiffres montrent surtout deux réalités différentes : Pôle emploi mesure le nombre de personnes qui bénéficient de ses services, ce qui donne un chiffre précis à l’unité près et actualisé chaque mois.

Le jeu des catégories et des radiations de chômeurs, dont il est courant d’accuser le gouvernement en place, peut venir fausser les annonces ou, tout au moins, offrir des biais susceptibles d’être critiqués.

L’Insee, elle, mesure le nombre de personnes cherchant un emploi sans succès, et affiche un taux, plus fiable, mais plus abstrait, et donné avec un trimestre de recul.

 
Samuel Laurent

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