Chiffres du chômage: le Sénat ouvre une enquête

Les sénateurs Les Républicains ont décidé de mettre en place une commission d'enquête sur les chiffres du chômage. Un sujet brûlant, puisqu'il conditionne une nouvelle candidature de François Hollande à la présidence de la République.

Alors que François Hollande a fait de la baisse du chômage une condition pour se représenter à la présidence de la République, le Sénat à majorité de droite s'interroge sur la réalité des chiffres. Bruno Retailleau, Président du groupe Les Républicains au Sénat, a décidé de lancer une commission d'enquête sur l'évaluation et l'évolution des chiffres du chômage.

«Les «bugs» se multiplient et faussent les résultats. Ces «bugs» restent parfois inexpliqués», affirme Bruno Retailleau. «Le gouvernement met en place des dispositifs destinés à baisser artificiellement les statistiques. Cela doit être quantifié et les modes de calcul expertisés», poursuit-il.

La commission d'enquête commencera à travailler mi-avril, et rendra ses conlusions six mois plus tard, soit dans le courant du mois d'octobre. Elle sera composée d'un peu plus d'une vingtaine de sénateurs, à parité droite et gauche. Philippe Dallier, sénateur LR de la Seine Saint-Denis, est actuellement préssenti pour être rapporteur de cette commission. Les Sénateurs LR ont utiliser leur droit de tirage (un par session ordinaire) pour récalmer cette commission d'enquête.


« Le gouvernement met en place des dispositifs destinés à baisser artificiellement les statistiques».
Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat


Plusieurs éléments sont venus nourrir la suspicion. Primo, le plan de formation de 500 000 chômeurs, annoncé début janvier par François Hollande, avait déclenché la polémique. Car ces chômeurs en formation ne seront plus comptabilisés dans les séries habituellement regardées pour évaluer le chômage. Résultat, beaucoup y ont vu une manœuvre destinée à faire baisser artificiellement les chiffres du chômage d'ici à la présidentielle de 2017. «Le gouvernement peut être tenté par un traitement statistique du chômage», estime Bruno Retailleau.

Secundo, en janvier, le chômage a connu une nette baisse, potentiellement la plus forte depuis la crise de 2008. Mais cette publication s'est trouvée entachée d'événements statistiques «inhabituels» et «inexpliqués», qui la rendent difficilement interprétable.


« Les chiffres sont honnêtes et corrects, il n'y a aucun bug»
Myriam El Khomri, ministre du Travail


Le nombre de chômeurs a diminué de 27.900 personnes en janvier en métropole, pour s'établir à 3,55 millions, mais ce chiffre est à prendre avec des pincettes, a averti la Dares, le service des statistiques du ministère du Travail. À la fin de chaque mois, les demandeurs d'emploi sont tenus de déclarer leur situation à Pôle emploi, sous peine d'être désinscrits d'office. En janvier, 238.900 personnes étaient sorties des listes pour ce motif, soit plus de 40.000 de plus qu'en décembre. Cette hausse, «inhabituellement forte» et «inexpliquée», a fait baisser le chômage, écrit la Dares, qui appelle à interpréter les résultats «en tendance», c'est-à-dire sur une période plus longue.

En août 2013, un «bug» de l'opérateur SFR dans l'acheminement des messages de relance rappelant aux inscrits d'actualiser leur situation avait, là aussi, gonflé les désinscriptions (+50.000).

«Alors que le chômage est la préoccupation numéro un des Fra,çais, il faut avoir un vrai diagnostic, avec un baromètre robuste et fiable, si l'on veut mettre en place les bons remèdes», affirme Bruno Retailleau. «Les chiffres sont honnêtes et corrects, il n'y a aucun bug», s'est défendu la ministre du Travail Myriam El Khomri. Pôle emploi dément, de son côté, «tout dysfonctionnement dans le processus d'actualisation des demandeurs d'emploi».

De son côté l'Unedic ne voit pas de franche baisse du chômage avant 2018. L'organisme paritaire, qui gère l'assurance-chômage, table, pour 2016 et 2017, sur deux années de très légères améliorations de l'emploi. D'après ses prévisions, le nombre de chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) baissera de 25 000 personnes cette année et de 26 000 l'an prochain.


Marie-Cécile Renault



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