Chiffres du chômage : qui dit la vérité ?

Le taux de chômage a terminé 2015 sur une légère baisse, s’établissant à 10 %, indique l’Insee. Mais, selon Pôle emploi, il est reparti à la hausse en fin d’année. Qui croire?

Qui calcule le chômage ?

En France, deux organismes calculent les chiffres du chômage : Pôle emploi et l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques).- Pôle emploi (1) donne, tous les mois, les chiffres des demandeurs d’emploi inscrits chez lui.- L’Insee publie, tous les trimestres, ses propres chiffres, issus de sondages, et calculés selon la définition du BIT (Bureau international du travail).Il est donc assez logique que les chiffres ne soient tout à fait les mêmes. Sauf que l’on arrive à plusieurs millions d’écart… L’Insee étant traditionnellement l’indicateur le plus « optimiste ».

Comment expliquer une si grande différence ?

Tout simplement parce que Pôle emploi et l’Insee n’ont pas la même définition de ce qu’est un chômeur. Un demandeur d’emploi « Insee » n’est donc pas forcément inscrit à Pôle emploi. Et inversement.

Qu’est-ce qu’un chômeur ?

Pour l’Insee

Selon ses critères (ceux internationalement reconnu du BIT), un chômeur est une personne en âge de travailler, de 15 ans ou plus, qui répond simultanément à trois conditions :

- être sans emploi, c’est-à-dire ne pas avoir travaillé, ne serait-ce qu’une heure, durant une semaine de référence- être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours- avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

Pour Pôle emploi

Un chômeur est une personne inscrite sur ses listes. Pour s’inscrire, il faut être à la recherche d’un emploi et résider sur le territoire national. Pôle emploi fait la différence entre ceux qui ont travaillé un peu ou pas du tout, ceux qui ont bénéficié d’une formation ou ceux qui ont un emploi aidé mais restent inscrits : ce sont les fameuses catégories A, B, C, D et E.

Une collecte de l’information différente

Si Pôle emploi se base sur un système déclaratif, à l’initiative du demandeur d’emploi, l’Insee a recours à la technique du sondage, menée auprès d’un panel de 110 000 personnes. Les chiffres peuvent donc facilement varier, en fonction des réponses. Par exemple, une personne inscrite à Pole emploi peut très bien dire à l’Insee qu’elle ne recherche pas de travail.

Pour compliquer le tout, l’Insee a changé ses questionnaires en 2013. Or, la reformulation de certaines questions a parfois modifié les réponses. Un exemple, relevé par le journal Le Monde : un enquêteur de l’Insee ne demande plus si vous êtes « à la recherche d’un emploi, même à temps partiel ou occasionnel », mais si vous êtes « à la recherche d’un emploi » tout court. Cette modification, comme d’autres, a suffi à faire basculer certains « oui » vers le « non ». Au final, les experts de l’Institut estiment que le nouveau questionnaire a fait artificiellement baisser le taux de chômage.

Au final

Impossible de dire qui a raison et qui a tort, puisque ni les critères retenus ni la manière de collecter les informations ne sont les mêmes. La courbe de l’Insee est toujours plus basse que celle de Pôle emploi.

Dans la pratique, les chiffres de Pôle emploi servent plus facilement de référence, car considérés comme plus proches de la réalité. Ce sont aussi les plus commentés, puisqu’ils tombent chaque mois et non pas tous les trois mois. Plus facile lorsque l’on veut suivre une évolution en temps réel.

Et chez les voisins ?

C’est tout aussi compliqué. À l’image de Pôle emploi en France, chaque pays a en effet son propre mode de calcul mensuel. « En Angleterre, par exemple, les demandeurs d’emploi de plus de six mois ont été sortis des statistiques, parce que les autorités considèrent qu’ils ne sont plus à la recherche d’un emploi », explique-t-on chez Eurostat, l’organisme européen de la statistique.

Mais, si l’on veut comparer ce qui est comparable, il faut bien harmoniser. Eurostat collecte donc les données au sens du BIT, dans chaque pays. Ces données trimestrielles sont ensuite analysées pour en tirer des données mensuelles. Pas simple.

(1) Avec la Dares : Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, qui dépend, elle aussi du ministère du Travail et de l’Emploi.


Guillaume BOUNIOL


A LIRE AUSSI :

>> Chômage : pourquoi des chiffres différents entre l'Insee et Pôle emploi ? | Le Monde | 03/03/2016




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