L'Unédic dessine un scénario de baisse artificielle du chômage en 2016

Une baisse minime du chômage en 2016, essentiellement liée à des départs en formation: l'Unédic, gestionnaire de l'assurance chômage, a dessiné mardi un scénario d'inversion artificielle de la courbe, toujours insuffisante pour réduire le déficit abyssal du régime.

Paris, 23 fév 2016 (AFP) - Une baisse minime du chômage en 2016, essentiellement liée à des départs en formation: l'Unédic, gestionnaire de l'assurance chômage, a dessiné mardi un scénario d'inversion artificielle de la courbe, toujours insuffisante pour réduire le déficit abyssal du régime.

Ces prévisions, nettement moins optimistes que les précédentes, interviennent au moment où les partenaires sociaux entament la renégociation des règles d'assurance chômage, pressés par l'exécutif de redresser les comptes et de "tout faire" pour favoriser le retour des chômeurs à l'emploi.

Le chômage, qui reste jusqu'ici le principal échec du quinquennat de François Hollande, a atteint un nouveau record fin 2015, culminant à 3,59 millions de demandeurs d'emploi sans activité en métropole. Les chiffres de janvier seront publiés mercredi.

Alors que l'Unédic tablait en octobre sur une baisse de 51.000 demandeurs d'emploi en catégorie A (sans activité) en 2016, il n'en prévoit désormais plus que 25.000 de moins: "avec l'entrée en formation de demandeurs d'emploi prévue par le plan d'urgence (pour l'emploi, NDLR), le nombre d'inscrits en catégorie A baisserait en 2016", écrit l'organisme paritaire.

Les créations d'emploi permettant juste d'absorber l'augmentation de la population active, le plan de formation serait la principale cause de cette baisse.

François Hollande a annoncé en janvier un plan de 500.000 formations supplémentaires à destination des demandeurs d'emploi les moins qualifiés. L'entrée en formation fait basculer les inscrits dans la catégorie D de Pôle emploi, nettement moins commentée chaque mois que la catégorie A. Ils ne sont alors plus considérés comme chômeurs car pas disponibles immédiatement.

Lors de la présentation du plan, de nombreuses voix s'étaient élevées pour dénoncer une traitement uniquement "statistique" du chômage, alors que le chef de l'Etat conditionne sa candidature en 2017 à une baisse "crédible" en 2016.

Le gouvernement s'en est défendu, assurant que l'objectif était de permettre aux moins qualifiés de ne pas rester à quai quand la croissance s'accélèrerait.

- Chômage à 9,9% fin 2017 -

Les prévisions de l'Unédic pourraient conforter les positions des détracteurs du plan. L'organisme estime en effet qu'en 2017, la baisse sera "en partie atténuée par le retour en catégorie A des demandeurs d'emploi entrés en formation en 2016". Il table tout de même sur 26.000 chômeurs de moins en 2017.

Le nombre de demandeurs d'emploi incluant ceux exerçant une activité réduite continuerait en revanche d'augmenter, de 26.000 en 2016, et de 10.000 en 2017.

Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) passerait, lui, de 10,2% fin 2015 à 10,1% fin 2016, et à 9,9% fin 2017.

Ces perspectives, conséquences notamment d'une révision à la baisse des prévisions de croissance (1,4% au lieu de 1,5%), devraient entraîner un déficit nettement plus élevé qu'escompté pour le régime: 4,2 milliards d'euros en 2016, au lieu de 3,6 milliards selon les prévisions d'octobre.

En 2017, ce déficit s'améliorerait légèrement, à 3,6 milliards. La dette, elle, culminerait à un record de 33,6 milliards. C'est 1,2 milliard de plus que ce qui était prévu en juin dernier.

L'assurance chômage est endettée depuis le début des années 2000. Elle n'a pas enregistré d'excédent depuis 2008.

Le gouvernement a fait de ce déficit un enjeu majeur de la négociation de la nouvelle convention d'assurance chômage, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain. Il a évoqué plusieurs "pistes", dont une baisse du montant et/ou de la durée d'indemnisation, et le retour de la dégressivité des allocations, abandonnée il y a quinze ans.

En octobre, le secrétaire d'Etat au Budget, Christian Eckert, fixait un objectif de 800 millions d'euros d'économies nouvelles dès 2016.



Juliette COLLEN, Jean-Philippe CHOGNOT

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