Chômage: négociation de la dernière chance pour éviter la faillite

Les partenaires sociaux entament ce lundi leurs discussions pour remettre à plat le régime d'indemnisation des chômeurs, dont la dette explose.

Et c'est reparti pour un tour! Les partenaires sociaux ont rendez-vous ce lundi au Medef pour entamer une nouvelle négociation sur l'assurance-chômage. Les représentants du patronat et des syndicats doivent s'entendre sur les modalités de la nouvelle convention qui régira l'indemnisation des chômeurs pendant deux ans à partir du 30 juin. Leur mission est écrasante: l'Unedic, l'organisme qui gère l'assurance-chômage, est en faillite virtuelle.

Avec la crise, ses déficits se sont accumulés. Et sa dette explose: elle a dépassé 25 milliards fin 2015 et atteindra 35 milliards fin 2018, si rien n'est fait. Pour l'instant, le système tient car l'Unedic s'endette sur garantie de l'État. Mais la Commission européenne a tiré la sonnette d'alarme et demande des réformes de fond. Mais couper brutalement les vivres des chômeurs (près de 3 millions sont indemnisés en France) n'est pas une option. Pour trouver une voie de passage, il faudra à tous beaucoup de bonne volonté, et sans doute pas mal d'imagination. La négociation s'annonce d'autant plus ardue que le gouvernement n'a pas fait dans la dentelle pour mettre les participants sous tension.

Depuis des mois, l'exécutif monte au créneau pour réclamer une négociation «responsable», voire «courageuse». François Hollande lui-même y est allé de sa petite phrase en janvier. «En France, la durée d'indemnisation est la plus longue d'Europe, mais la durée de formation des chômeurs est la plus courte. C'est ce qu'il faut changer», a-t-il ainsi avancé. Il y a deux ans, il jugeait au contraire que «ce n'est pas à un moment de chômage élevé qu'il faut réduire les droits des chômeurs». Or, entre-temps, le nombre de demandeurs d'emploi a bondi de près de 300.000...


«Notre objectif est de plus accompagner les chômeurs via la formation et d'inciter beaucoup plus à travailler les gens qui peuvent travailler»
Pierre Gattaz, président du Medef


Quelques jours plus tard, Myriam El Khomri suggérait que la dégressivité des allocations pourrait être une piste intéressante pour réformer le régime. Enfin - et c'est une grande première -, le gouvernement a remis fin janvier aux députés un rapport soulignant le caractère très protecteur du régime français, fournissant en prime une liste de pistes d'économies possibles: hausse des cotisations, baisse de la durée d'indemnisation, du taux de remplacement de l'ancien salaire…

Les syndicats ont très peu goûté cette ingérence. La lecture du préprojet de loi El Khomri, qui fait la part belle aux recommandations du patronat - nouvelle définition du licenciement économique, plafonnement des indemnités prud'homales, assouplissement de la durée du temps de travail... -, a nourri un peu plus leur mauvaise humeur et jouera fortement sur le contenu de la négociation. Le patronat s'est fait de son côté discret pour ne pas les braquer plus. «Notre objectif est de plus accompagner les chômeurs via la formation et d'inciter beaucoup plus à travailler les gens qui peuvent travailler», a simplement prévenu Pierre Gattaz, le président du Medef. Son entourage promet de se mobiliser pour mettre en place «des solutions innovantes et efficaces».

Lors de cette première séance, les participants se concentreront sur les cas des intermittents. Il est en effet prévu que les employeurs et salariés du secteur s'accordent sur leurs propres règles, en parallèle de la négociation du régime général de l'assurance-chômage. Cette négociation dans la négociation sera encadrée par les recommandations générales qui seront définies ce lundi après-midi.

Une fois le cas des intermittents tranchés, syndicats et patronat s'attaqueront ensuite aux points chauds des discussions. Le gouvernement attend de la future convention quelque 800 millions d'euros d'économies en année pleine.


Anne de Guigné





Les chiffres clés du chômage : recettes, dépenses, motifs de fin de contrat, repartition par âge et par genre des allocataire (février 2016) ( LAURENCE SAUBADU, PAUL DEFOSSEUX / AFP / )




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