Pour laisser derrière soi ses habits de chômeur

Au cœur des quartiers nord de Blois, l’association Régie de quartier redonne confiance aux chômeurs en travaillant leur image.

Dans l'étroit salon de coiffure, couleurs rose fuchsia et blanc, Brigitte Aucouturier donne les derniers coups de ciseaux. Le geste est précis. C'est celui d'une femme qui après plus de 40 ans de métier a décidé, il y a quatre ans, de donner une autre direction à sa carrière. Et un nouveau sens à sa vie. Ici, dans les quartiers nord de Blois – dans ce qu'on appelle couramment la ZUP – elle se sent plus « utile »,dit-elle.

Depuis le mois de novembre, l'association Régie de quartier pour laquelle elle travaille s'est engagée dans l'action « Tremplin pour l'emploi ». « Lorsque le Pôle emploi détecte une personne dont le frein à l'emploi est lié à l'image corporelle ou à la confiance en soi, il nous envoie une fiche de prescription… C'est une prestation de service », résume Sébastien Kern, coordinateur social au sein de Régie de quartier. L'atelier – une demi-journée pour un chômeur seul, une journée entière quand il s'agit d'un groupe – vise à « redonner confiance aux demandeurs d'emploi ». Pôle emploi finance 11.000 € sur les 17.000 €, coût total de l'opération.

Ce jeudi-là, c'est Anthony qui passe entre les mains de la coiffeuse. Cette silhouette frêle et ce visage émacié aux traits tirés sur lequel se dessine le poids des années sont ceux d'un chômeur de longue durée. Cela fait cinq longues années que cet homme de 35 ans n'a plus de travail. Mais il a réussi récemment à décrocher un entretien professionnel « pour travailler dans la peinture ». Face à la glace, la séance de coiffure prend des allures de préparation à l'entretien d'embauche. « La veille, préparez votre lettre de motivation, votre carte Vitale, votre carte d'identité… Si vous n'en avez pas le jour J, ce n'est pas très bien… Si vous fumez, penser au chewing-gum pour masquer l'odeur de cigarette. »

Elle la maquille comme si elle passait un voile sur sa vie d'avant

Les conversations souvent futiles des salons de coiffure semblent, tout d'un coup, n'être qu'un lointain cliché. Assis, dans son fauteuil, Anthony acquiesce sans dire mot. « Souvent, les personnes que l'on reçoit n'ont pas conscience que l'apparence joue un rôle, témoigne Brigitte. C'est une fois passées entre nos mains qu'elles se rendent compte de leur laisser-aller. » La crise économique n'a fait que renforcer l'exigence des employeurs : « Vous savez, aujourd'hui, il y a tellement de personnes qui attendent à la porte… »
Dans la petite pièce d'à côté, Sonia Genini maquille Brigitte comme si elle passait un voile sur sa vie d'avant. Sonia, cela fait deux ans qu'elle a décidé de mettre sa compétence au service de ceux qui ont moins, au sein de l'association La Parenthèse qui a pour but d'apporter un confort physique ou moral aux personnes en difficulté par des soins esthétiques, de la sophrologie. D'abord par choix : « J'ai travaillé pendant vingt ans dans des parfumeries et salons de beauté. Mais je voulais faire des choses qui avaient plus d'impact. » Comme peaufiner le maquillage de Brigitte qui s'apprête à retourner vers l'emploi. Après des mois de chômage, cette dernière va devenir « conseillère téléphonique dans une plateforme ». C'est Pôle emploi qui lui a proposé « Tremplin pour l'emploi » : « J'ai tout de suite pensé que la démarche était positive, dit-elle. J'étais partante. »
Mais ce n'est pas toujours le cas. Sonia Genini, socio-esthéticienne, en est témoin : « Le chômage crée de la distance avec la société, dit-elle. Souvent, on s'isole. On perd beaucoup d'estime de soi. Et plus la durée d'inactivité est longue, plus on se dévalorise. Certains ne s'aiment tellement pas qu'ils n'acceptent pas qu'on les touche. »
Entre-temps, Anthony est passé du fauteuil du salon de coiffure à la cabine d'essayage, a enfilé un pantalon de costard et une chemise. Des habits d'une nouvelle vie qu'il pourra conserver.
Comme lui et Brigitte, entre novembre 2015 et mars 2016, une cinquantaine de demandeurs d'emploi auront été pris en charge par la Régie de quartier, bien loin des 180 places qui avaient été, au tout début, prévues. Trois d'entre eux ont repris le chemin du travail. Mais Sébastien Kern, le coordinateur social, espère se voir accorder un délai supplémentaire par Pôle emploi. Il défendra d'ailleurs ce mois-ci le bilan de l'action de son association. « Pérenniser le projet, je ne sais pas, affirme Christelle Vançon, chargée de mission à la direction territoriale de Pôle emploi, car il y a des priorisations d'action qui sont faites. Mais on va mettre en avant ses bénéfices. Ajouter un avenant permettant de poursuivre le projet jusqu'en juin est plus envisageable. »

Adrien Planchon



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