Réforme de Pôle Emploi : vue de Rhône-Alpes, “une fausse bonne idée”

Le service public de l’emploi effectuera une nouvelle mue, le 20 juin prochain.

Moins spectaculaire sur le papier que la fusion, en 2009, de l’ANPE et de l’Assedic, cette transformation concernera en particulier le suivi des personnes en recherche d’emploi. Alors que la courbe du chômage est à la hausse en France depuis 24 mois consécutifs (le pays compte actuellement 5,3 millions de chômeurs, toutes catégories confondues), des députés PS et UMP ont présenté la semaine dernière un rapport sur l’efficacité des services rendus par Pôle Emploi. Le bilan est accablant, selon la rapporteur du texte, la socialiste Monique Iborra : manque de contact humain entre conseillers et chômeurs, difficultés pour ces derniers à s’y retrouver dans les méandres de l’administration (et les différents organismes : Mission locale, Maison de l’emploi, etc.), et relations insuffisantes entre Pôle Emploi et le monde de l’entreprise – seulement 16% des offres proposées par le secteur privé seraient collectées et diffusées par l’agence.

"En faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin" ?

Pour remédier au déficit humain, perçu par les acteurs du secteur comme le problème principal à résoudre sur le chemin du retour à l’emploi, voici donc le plan Pôle Emploi 2015. Au 20 juin, le suivi mensuel personnalisé, dont devaient profiter tous les chômeurs sans distinction, sera abandonné ; ces derniers bénéficieront désormais, en fonction de leur profil, d’un suivi classique, "guidé", ou "renforcé". Objectif déclaré : "En faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin".
La réalité est plus complexe, selon Catherine About, déléguée syndicale SNU-FSU en Rhône-Alpes : "A la base, le suivi mensuel personnalisé était annoncé comme systématique, mais ce n’était pas le cas dans les faits. Jusqu’ici, les agents suivaient en moyenne entre 120 et 130 demandeurs d’emplois, et parfois le nombre montait jusqu’à 450. De plus, étant donné que le nombre d’inscriptions à Pôle Emploi augmente, on a une sollicitation très importante au niveau des accueils d’agence, au-delà des entretiens programmés. Avec le nouveau système, les conseillers affectés au suivi renforcé s’occuperont d’environ 70 personnes. Sauf que là encore, ils seront occupés pendant les deux tiers de leur temps par des activités d’accueil, d’entretien préalable à inscription…". Conséquence : le rythme mensuel des entretiens prévus dans le cadre de ce "suivi renforcé" sera difficile à respecter. En fait, seuls deux entretiens seront obligatoires pour chaque demandeur d’emploi : le premier au bout de quatre mois d’inscription, le second au bout de neuf mois.
Autre inconvénient soulevé par Catherine About : le critère de "tri" des chômeurs entre les différentes catégories reste flou. "La direction évoque les notions de distance par rapport à l’emploi et d’autonomie. Mais tout dépend comment on interprète ces deux notions. La consigne donnée dans de nombreuses agences, c’est de ne pas mettre en suivi renforcé les personnes qui ont le plus de difficultés. Sinon, ces 70 personnes vont être difficiles à placer, et du coup, on n’aura pas une rotation suffisante et des résultats qui seront jugés mauvais par notre hiérarchie. Sauf que, si l’on met dans cette catégorie des chômeurs qui sont ‘plaçables’, on détourne l’objectif affiché". La direction annonce que 20% des personnes inscrites à Pôle Emploi seront accompagnées dans le cadre du suivi "renforcé". "Sauf que d’après nos calculs, inspirés de ce qu’on a vu dans d’autres régions, on sera plutôt aux alentours de 10% en moyenne".

Il faudrait 8000 agents supplémentaires

Pour prendre en charge ces vagues successives de nouveaux arrivants à Pôle Emploi, le ministre du Travail Michel Sapin a annoncé le recrutement de 2000 nouveaux agents dans toute la France. Les détails, région par région, ne sont pas encore connus. Selon le SNU-FSU, il faudrait 8000 agents supplémentaires pour rendre "un service digne de ce nom". Le déficit humain ne semble pas près de se réduire, d’autant que Pôle Emploi aurait le projet, faute d’agents suffisants, d’installer des bornes informatiques de pré-accueil dans les agences d’ici la fin de l’année. Aujourd’hui, le service public emploie 4000 personnes en Rhône-Alpes, pour plus de 446 000 chômeurs, toutes catégories confondues (chiffres d’avril 2013).

Fabien Giraud



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