Pôle emploi défend son pré carré

L'opérateur se veut garant de l'équité territoriale dans le traitement du chômage.

C’est toujours non. Si elle n’a pas souhaité s’exprimer mardi, la direction de Pôle emploi demeure fermement opposée à l’idée de céder aux régions une partie de ses prérogatives. Lors de ses vœux à la presse, le 21 janvier, son directeur général, Jean Bassères, a juste ouvert la porte à quelques « expérimentations locales » pour mieux écarter ensuite toute évolution plus structurelle : « Le débat a déjà eu lieu dans le cadre de la loi NOTRe » début 2015. Avec le ministère du Travail, il était alors monté au front pour s’assurer que l’opérateur garderait la main sur l’accompagnement des chômeurs. Et il avait remporté son bras de fer avec l’Association des régions de France (ARF), qui réclamait les pleins pouvoirs sur l’insertion des chômeurs dans le tissu local. Pas question de ramener Pôle emploi à un simple rôle de gestion de l’indemnisation.

Dans une tribune transmise en janvier 2015 aux « Echos », Jean Bassères et François Nogué, président du conseil d’administration, dénonçaient l’idée que décentraliser le service public de l’emploi le rendrait plus efficace : « Un opérateur national permet de mutualiser les ressources et de corriger les inégalités qui ne cessent de se renforcer entre régions », écrivaient-ils, rappelant que, « pour des raisons d’efficacité et d’équité territoriale, la quasi-totalité de nos partenaires européens, y compris l’Allemagne, s’appuient sur un opérateur national ».

Certes, l’opérateur estime, comme l’ARF, que c’est bassin par bassin que se joue la bataille contre le chômage. Mais pour mieux pointer que son maillage territorial est adapté à cet enjeu – 96 % des chômeurs sont à moins de 30 minutes d’un Pôle emploi – et que les agences ont les coudées assez franches pour s’adapter au diagnostic territorial. Idem sur le lien avec les entreprises locales : il existe déjà et le déploiement récent de 400 conseillers dédiés aux seuls employeurs vient le renforcer.

« La régionalisation ferait peser un risque sur le maintien d’un service unique pour l’accompagnement et l’indemnisation », à l’opposé de la philosophie ayant motivé le regroupement en 2008 de ces missions au sein de Pôle emploi, écrivaient en conclusion les deux dirigeants. Un argument qui avait amené l’ensemble des organisations patronales et syndicales, dans une rare concorde, à rappeler l’an passé leur attachement au caractère d’opérateur national de Pole emploi. Les syndicats craignent notamment qu’une régionalisation n’entraîne de trop fortes disparités territoriales dans le traitement des chômeurs et ouvre la porte à d’autres mesures qu’ils écartent, comme la mise en place d’un SMIC par région.


DEREK PERROTTE


>> L’exécutif et les régions prêts à faire front commun contre le chômage | Les Echos.fr - MATTHIEU QUIRET | 02/02/2016e
 

>> DOSSIER Plan emploi : la dernière cartouche de Hollande | Les Echos.fr - VALÉRIE MAZUIR | 14/01/2016 



 


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