Pôle Emploi : le moral des troupes mitigé

Jeudi, l'agence a enfin dévoilé les «portefeuilles» de ses conseillers, soit le nombre de chômeurs confié à chacun. Des chiffres à prendre avec des pincettes, selon la direction, mais qui révèlent une charge de travail inquiétante d'après certains syndicats.

C’est l’Arlésienne de Pôle Emploi. Un «sujet sensible», selon les conseillers de l’agence, car il donne un aperçu – certes incomplet – de leur charge de travail. Publiée pour la première fois en septembre 2013, la taille de leurs «portefeuilles», soit le nombre de demandeurs d’emploi qu'ils accompagnent, était devenue un secret bien gardé. Jusqu’à jeudi matin et la publication de nouveaux portefeuilles par l’agence publique pour l’emploi, mettant fin à une longue attente. Déjà, il y a deux ans, l’établissement public avait traîné des pieds avant de communiquer ces chiffres sous la pression de la Commission d’accèsaux documents administratifs. Puis, Jean Bassères, le patron de Pôle Emploi, s’était engagé à les mettre à jour deux fois par an. Mais il avait fallu attendre le 28 juillet 2014 avant que n’ait lieu la seconde actualisation. Et depuis, plus rien. Jusqu’à jeudi et la publication, quelques jours après les annonces de Hollande sur la formation des chômeurs, des chiffres officiels «par catégorie de suivi et par agence» uniquement.

Pas question donc pour l’agence de rendre publiques des données plus précises. «Je ne les ai pas parce que cela ne m’intéresse pas», explique Jean Bassères. Tout en admettant que la taille des portefeuilles a pu «naturellement augmenter, avec la conjoncture», il n’a donc pas souhaité commenter les chiffres par agence qui «ne disent rien de l’efficacité de Pôle Emploi et sont difficiles à interpréter». Ce qui n’a pas empêché Libération d’y jeter un coup d’œil et de montrer que dans un quart des agences, le nombre de demandeurs d’emploi par agent est supérieur à la limite théorique.

«Certains craquent, s’arrêtent, puis les autres craquent à leur tour»

Mais le directeur de Pôle Emploi n’est pas le seul à être dubitatif sur ces portefeuilles, puisque certains représentants syndicaux n’en pensent pas moins. Mais pas pour les mêmes raisons. Ces derniers pointent notamment la non-prise en compte, dans ces chiffres, des demandeurs d’emploi pas encore «rattachés» à un portefeuille. Ce qui est le cas pendant les quatre premiers mois après leur inscription (un délai qui devrait être ramené à moins de deux mois avec la nouvelle organisation de Pôle Emploi). «Certes, ils ne figurent pas dans les portefeuilles, mais dans les agences, on ne fait pas la différence entre eux et les autres», souligne Dominique Sultan, représentante syndicale de la CGT.

Au-delà des chiffres, ce sont les conditions de travail des conseillers qui inquiètent certains syndicalistes. «Dans les agences, on s’est habitué à l’enfer», lâche l’une d’elles. «C’est une catastrophe. Nous sommes amenés à faire de la gestion de portefeuilles au lieu de faire de l’humain», abonde Jean-Charles Steyger, délégué FSU. «On ne rend plus de service aux gens qui en ont besoin. Du coup, cela crée de l’agressivité à l’égard des agents. De façon générale, les collègues se plaignent de la charge de travail», pointe, de son côté, Dominique Sultan. Résultat, selon la syndicaliste : «Certains craquent, s’arrêtent, puis les autres craquent à leur tour car la charge devient encore plus forte.»

65 % des chômeurs «satisfaits» de leur accompagnement

Des situations qui n’échappent pas à Jean Bassères : «Il faut rendre hommage aux conseillers Pôle Emploi, car c’est un métier difficile. Ils sont confrontés aux difficultés du chômage, à la désocialisation terrible que cela entraîne.» Mais le dirigeant note «des progrès sur la fierté d’appartenir à Pôle Emploi et les conditions de travail», et met en avant d'autres résultats de Pôle Emploi dévoilés jeudi. Selon ce sondage, réalisé par l’Ipsos en 2015, 65 % des chômeurs se sont déclarés «satisfaits» de leur accompagnement par Pôle Emploi. Les entreprises sont également 65 % à se dire «satisfaites». De quoi mettre un peu de baume au cœur des conseillers, espère le dirigeant. D’autant que le bilan des retours à l’emploi est aussi à la hausse : en 2015, Pôle Emploi explique avoir permis à 3,73 millions de chômeurs de retrouver un poste, durable ou non, soit une hausse de 3,2 %.

Autre indicateur de l’état des troupes : le baromètre social de Pôle Emploi de 2015, réalisé par l’Ipsos. Selon ce dernier, 62 % des agents ont une image positive de Pôle Emploi. Ils sont aussi 61 % à être fiers d’y travailler. Néanmoins, ils sont 33 % à penser que le fonctionnement global de Pôle Emploi va en se dégradant et 42 % à ne pas être satisfaits de leur vie professionnelle. «Bien évidemment, on a des marges de progrès, mais j’ai le sentiment que le moral de Pôle Emploi est bien meilleur que quand je suis arrivé en 2011», conclut Jean Bassères.


Amandine Cailhol


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