Chômeuse enragée à Pôle emploi !

Victime d’un flot d’insultes humiliantes par une chômeuse de longue durée, cette conseillère de Pôle emploi s’était enfoncée dans une longue dépression.

Tribunal correctionnel de Blois

Voilà un procès peu courant qui traduit le mal-être des salariés de l'agence Pôle emploi, née, rappelons-le, en 2009 de la fusion de l'ANPE et des Assedics. Agressivité des usagers, insultes… collent à la montée du chômage, révélant ainsi une tension exponentielle au cœur de l'institution. Et le ras-le-bol des demandeurs d'emploi vient se heurter à la surcharge de travail des agents, jusqu'à créer parfois des scènes de harcèlement hallucinantes, comme ce 6 juillet dernier dans les locaux d'une agence blésoise.

Nadia, 46 ans, chômeuse de longue durée, va déverser pendant près de 45 minutes un flot d'insultes humiliantes à l'encontre de sa conseillère puis de la directrice adjointe, venue en renfort soutenir sa collègue. La teneur des propos est d'autant plus cuisante qu'elle cible les parties intimes de ses interlocutrices… Devant les autres usagers. Devant les employés. 45 longues minutes dégradantes où les deux victimes resteront vent debout face au déchaînement de haine. Sans riposter.

« Ma cliente n'a pas voulu envenimer la situation », expliquait mercredi Me Jaunac (barreau de Tours), devant une barre laissée vide par l'absence de la prévenue. « Mais le lendemain, lorsqu'elle a repris son travail, elle a craqué. Impossible de faire face au regard des autres ». Victime d'un malaise, la responsable sera secourue par les pompiers, puis s'enlisera dans une longue phase de dépression. « Prostrée pendant des mois dans une chambre aux volets clos, elle a été sauvée in extremis par son mari alors qu'elle se glissait une corde au cou… », poursuit l'avocate réclamant un préjudice moral de 8.000 euros et une interdiction pour Nadia de pousser à nouveau la porte de cette agence. Egalement en charge des intérêts de Pôle emploi, Me Jaunac chiffre à 28.000 euros la perte financière de l'institution qui pourvoie au complément de salaire de son employée depuis 7 mois.
Plaidant pour la conseillère, Me Laurence Grenouilloux prédit un avenir sombre et robotisé aux guichets où « des voix métalliques viendront remplacer les salariés fatigués de ces agressions quotidiennes ». L'avocate réclame 600 euros de préjudice pour sa cliente « dont la chance a été de se reconstruire grâce à des vacances salvatrices ». De son côté, la vice-procureure, Alexandra Pethieu, pointe le casier judiciaire de Nadia qui trahit un penchant naturel pour ces agressions verbales depuis 2013. « Elle a vraiment l'air déséquilibrée, il y a un problème relationnel, je regrette qu'une expertise psychiatrique ne soit pas versée au dossier ». Elle réclamera une peine de 6 mois alliant prison ferme et sursis.
C'est finalement une peine de six mois avec sursis que prononcera le tribunal avec obligation de soins, de travail et l'interdiction pour Nadia de se remettre un pied dans cette agence. Elle devra verser 400 euros de dommages et intérêts à la conseillère, une indemnité provisionnelle de 600 euros à la responsable et 200 euros de préjudice à Pole emploi.


Loir-et-Cher - Blois | Sandrine Satti



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