Pôle emploi joue la transparence, mais pas trop

Dans un quart des agences, le nombre de demandeurs d'emploi par agent est supérieur à la limite théorique.

«On est transparent, on a respecté nos engagements.» Certes, mais avec pas mal de retard. Jeudi, lors de ses vœux à la presse, Jean Bassères, le directeur général de Pôle emploi, a annoncé la publication des tailles des «portefeuilles» de demandeurs d’emploi pour chaque agent. Quelques minutes plus tard, une carte était en effet disponible sur le site de l’agence.

Des chiffres attendus depuis près d’un an. En effet, en 2013, Jean Bassères avait promis de les rendre publics tous les six mois. Mais, depuis le 28 juillet 2014, date de la dernière publication, c’était silence radio. Jusqu’à jeudi et la publication des chiffres «par catégorie de suivi et par agence» uniquement. Et quand en 2014, les données pour 959 agences étaient publiées dans un seul fichier, celles-ci sont aujourd’hui distillées en ligne, pour 869 agences.

Pas question donc pour l’agence de présenter des chiffres consolidés à l’échelle nationale. «Je ne les ai pas parce que cela ne m’intéresse pas», explique Jean Bassères qui n’a pas souhaité, non plus, commenter les chiffres par agence qui «ne disent rien de l’efficacité de Pôle emploi et sont difficiles à interpréter». Même s’il a reconnu que «la taille des portefeuilles avait naturellement augmenté, avec la conjoncture».

Pour chaque agence, accessible grâce à la carte, on peut connaître le nombre de demandeurs d’emploi, de retours à l’emploi ainsi que la taille moyenne des portefeuilles pour les trois catégories d’accompagnement (suivi, renforcé ou guidé) en fonction de la situation du demandeur d’emploi et de son autonomie. Libération a pu accéder à la base complète pour effectuer des comparaisons entre agence. Officiellement, des limites en fonction de l’accompagnement sont fixées par Pôle Emploi. Ainsi, pour le suivi, il doit être inférieur à 350 demandeurs d’emploi. Ce n’est pas le cas dans 214 agences, avec un pic à 1 125 demandeurs d’emploi par portefeuille dans l’agence de la Tour du Pin. Pour l'«accompagnement guidé» et l'«accompagnement renforcé», le maximum est dépassé dans une agence sur deux.

Pour Jean Bassères, la notion de portefeuilles est aujourd’hui «obsolète». Et ce pour trois raisons. Premier argument, ces chiffres «reflètent uniquement la situation des métiers du placement» des demandeurs d’emploi, excluant ainsi ceux liés à l’indemnisation des chômeurs ou à l’accompagnement des entreprises.

Justement, parmi les informations délivrées figure le taux de satisfaction des demandeurs d’emploi et des entreprises pour chaque agence, ainsi que le taux de paiement dans les délais. Au niveau national, 65% des demandeurs d’emploi sont satisfaits, le taux s’échelonnant de 45% à l’agence de Caen centre (Calvados) à 86% à Langres (Haute-Marne). Quant au taux de paiement dans les délais, c’est à Beaucaire (Gard) qu’il est le plus bas à 52%. Le taux de satisfaction n’est d’ailleurs pas forcément lié au taux de paiement dans les délais.




Par Amandine Cailhol et Alexandre Léchenet 


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