Les statistiques mensuelles sur le chômage vont être rénovées

Sujet sensible! La Dares et Pôle Emploi, après un long travail de préparation, vont apporter des changements dans la présentation des statistiques sur les demandeurs d'emploi. Loin de "casser le thermomètre", ces modifications vont permettre de mieux appréhender la réalité du chômage.

Attention terrain miné ! Dès le 27 janvier prochain, jour où seront dévoilées les dernières données de décembre sur le nombre des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, la présentation de ces statistiques va être légèrement rénovée.

Le sujet est délicat, tant ces données sur le chômage sont politiquement très sensibles. C'est d'ailleurs encore davantage le cas actuellement, depuis que François Hollande a lié son avenir présidentiel à la baisse du nombre des demandeurs d'emploi. Résultat, mois après mois, tout le monde scrute les statistiques... Et, déjà que plus d'un considèrent, à chaque légère baisse - phénomène pourtant rare -, que les « statistiques sont truquées », il est alors extrêmement osé de modifier la présentation des données dans ces conditions.

Un processus long de deux ans

Cette accusation de manipulation des données à des fins politiques a d'ailleurs le don d'horripiler les statisticiens de la Dares (services statistiques du ministère du Travail) qui revendiquent haut et fort - et à juste titre - leur totale indépendance.

Alors pourquoi apporter maintenant des modifications dans la présentation des données? C'est en fait le résultat d'un long processus. La Dares et Pôle emploi produisent et publient chaque mois les statistiques sur les demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi. Or, en mars 2014, l'Autorité de la statistique publique (ASP) a décidé de labelliser ces statistiques reconnaissant qu'elles étaient conformes aux principes fondamentaux du « code de bonnes pratiques de la statistique européenne ».

Des principes qui exigent que ceux qui produisent les statistiques respectent des règles de professionnalisme, d'indépendance et de technicité. L'ASP a profité de la labellisation des statistiques sur le chômage pour émettre des recommandations sur des évolutions possibles dans la présentation de ces données. C'est donc à ce minutieux travail que se sont attelés la Dares et Pôle emploi. Après de nombreuses consultations et avis, les choses sont donc opérationnelles en ce mois de janvier.

Favoriser les tendances de moyen terme

Pour mémoire, la présentation des statistiques mensuelles sur le nombre des demandeurs d'emploi n'avait plus été « toilettée » depuis 2009. Globalement, les modifications apportées permettent de mieux « interpréter » les données sur le chômage et son évolution.
Ainsi, à la publication mensuelle des données viendra s'ajouter un « commentaire privilégiant la tendance des derniers mois ». Par exemple, on connaitra désormais l'évolution du nombre des demandeurs d'emploi sur les trois derniers mois et non plus seulement sur un seul mois et sur un an.

Par ailleurs, la Dares et Pôle emploi publieront au cas par cas un document recensant les incidents et changements de procédure ayant eu un impact significatif sur les statistiques mensuelles. On se souvient en effet que l'incident - appelé « bug SFR »-, survenu en août 2013, qui avait artificiellement gonflé à la baisse le nombre de demandeurs d'emploi, avait fait couler beaucoup d'encre en laissant entendre qu'il y avait eu des « tripatouillages » dans les statistiques. Ce qui avait meurtri les statisticiens de la Dares.

Meilleur connaissance des chômeurs qui... travaillent

Autre élément important qui concerne les catégories « B » (demandeur d'emploi ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois) et « C » (demandeurs d'emploi ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois). Désormais, les statistiques mensuelles présenteront une ventilation de ces demandeurs d'emploi selon le nombre d'heures travaillées. Par exemple, si ces données avaient déjà existé lors de dernière publication des chiffres connus sur le chômage du mois de novembre, on aurait " découvert " que 452.400 chômeurs ont travaillé plus de... 151 heures durant le mois. Il s'agit souvent de personnes enchainant les « petits » CDD ou des missions d'intérim... faut de mieux.

Enfin, dernier ajout d'importance : désormais, la Dares et Pôle emploi publieront ce qu'ils appellent des : « seuils de significativité » permettant de dégager une tendance à moyen terme de l'évolution possible du nombre des demandeurs d'emploi. Pour ce faire, les statisticiens de la Dares ont sorti leurs calculettes et après un examen minutieux des séries sur la période 2003-2013, ils ont déterminé un seuil à partir duquel la variation mensuelle a une probabilité supérieure à 95% d'être du même signe (plus ou moins) que la tendance à moyen terme. Ce seuil est fixé à 27.000 demandeurs d'emploi en plus ou en moins sur un mois en catégorie « A » et à 25.000 si on additionne les catégories « A, B, C ».

Autrement dit, lorsque le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie « A » augmente ou diminue de plus de 27.000 sur un mois, il y a plus de 95% de chances que la tendance à moyen terme soit également à la hausse ou à la baisse. Bien entendu ce « seuil de significativité » sera régulièrement revu pour tenir compte des évolutions dans la structure du marché du travail. Enfin, dans un autre ordre d'idée, à compter de janvier, les demandeurs d'emploi pourront actualiser leur situation entre le 28 du mois et le 15 du mois suivant.

Des évolutions donc, qui ne sont pas du tout destinées à « casser le thermomètre ». Au contraire, elles devraient permettre de réellement mieux appréhender les statistiques sur le chômage toujours délicates à manier. Surtout, ces modifications devraient aider à anticiper les tendances à moyen terme, nettement plus significatives que de simples données mensuelles.


Jean-Christophe Chanut



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