A Pôle emploi, les mots-clefs d’un bon recrutement restent « accompagnement » et « préparation »

Ils ne sont que six. Le mardi 13 octobre, dans les box tout neufs de l’agence Pôle emploi du boulevard Ney, dans le 18e arrondissement de Paris, la déception se lit sur les visages. « Sur les 24 candidats qui avaient pris rendez-vous, seuls six se sont présentés », se désole Gilles Peillon, cofondateur de Pégast. Pas mieux pour Véronique Martini, sa voisine de box. Cette directrice des ressources humaines de la chaîne de restauration Va Piano n’a obtenu que cinq entretiens avec des demandeurs d’emploi. Elle en attendait 18 dans la matinée. « Là, quand même, ça fait beaucoup de défection », regrette-t-elle.

Ces deux employeurs, qui participaient aux Rendez-vous de l’emploi 2015, ont pourtant des postes à pourvoir rapidement. Pégast, grosse PME française fondée en 1999, ouvre une boutique de « gastronomie nomade » par mois. Chacune emploie trois personnes « en CDI de 35 heures, au smic, à Paris », fait valoir M. Peillon. Cet entrepreneur cherche tout au long de l’année des « collaborateurs, pas des bras » pour cuisiner des sandwichs au pot-au-feu et des crémeux spéculoos.

Va Piano va, elle, ouvrir prochainement trois restaurants, dont un à Paris, rue Marbeuf à un jet de pierres des Champs-Elysées. Il y a urgence. L’inauguration est prévue le 22 décembre. Ce restaurant de 480 places, ouvert sept jours sur sept, doit employer 100 personnes pour assurer 1 500 couverts par jour. Il lui faut des cuisiniers, des pizzaïolos, des gens en salle et des hôtesses de caisse. Mme Martini se démène. Elle ne fera appel aux petites annonces qu’en « dernier recours, au dernier moment ».

A ses yeux, la publication d’une offre n’est pas efficace, fût-ce dans le journal référence du secteur. Partout, cette ancienne de chez Manpower fait donc appel à Pôle emploi. Ses antennes locales lui organisent des sessions dites MRS (méthodes de recrutement par simulation) ; les candidats se présentent « sans CV » pour passer « des évaluations pendant trois heures ». La méthode « permet d’identifier les savoir-faire applicables à la restauration », explique Nathalie Jouquan, directrice de Pôle emploi 18e Ney.

A la manière des sites de rencontre amoureuse

Cette fois, Va Piano a donc fait appel plus classiquement aux entretiens de motivation dans le cadre des « Rendez-vous de l’emploi 2015 ». Depuis trois ans, une fois par an, pendant une semaine, en Ile-de-France, Pôle emploi met en scène ce que ses conseillers d’aide à la recherche d’emploi font tous les jours : « identifier les employeurs, préparer les candidats et monter des rendez-vous entre les deux », détaille Mme Jouquan. L’édition 2015 a mobilisé 1 100 entreprises. La méthode – elle débouche sur 80 % d’embauchés – permettrait de « donner une vision plus dynamique de Pôle emploi » en remédiant au « décalage entre offre et demande » sur le marché en Ile-de-France.

Au passage, elle offrirait une chance à ceux qui sont « en transition professionnelle », comprenez les chômeurs en reconversion. Tout le concept tourne autour d’entretiens de candidats préselectionnés et briefés pour le poste par les équipes de Pôle emploi. Les entretiens, des « jobdatings », se font à la chaîne, à la manière de ceux organisés par les sites de rencontre amoureuse dans des cafés. « Courts et efficaces », avance Mme Jouquan. Il n’aura fallu que dix minutes à M. Peillon pour choisir Cindy, 20 ans, vacataire dans l’animation, titulaire d’un CAP en pâtisserie. « Elle a parlé client, c’est important », tranche M. Peillon.

Pour la candidate suivante, le verdict tombe en cinq minutes. Ce sera non. « Il y a un truc qui cloche » dans le cursus de cette jeune diplômée de l’Ecole hôtelière Belliard. Elle a « tout fait, sauf de la cuisine », observe M. Peillon. Un autre candidat sera finalement embauché dès le lundi suivant.

Le secteur de la restauration et de l’hôtellerie fait partie des bassins d’emploi dit « en tension ». « Il y a beaucoup de postes à pourvoir. Donc il y a beaucoup de concurrence entre employeurs », explique Véronique Martini. Les candidats auraient l’embarras du choix, entre « Starbucks, Burger King ou Linas ». Entre 450 000 et 500 000 emplois seraient à pourvoir en France. Il n’empêche. Le quotidien d’une agence Pôle emploi le démontre, « en Ile-de-France, offres et demandes ne correspondent pas toujours », regrette Mme Jouquan.


Juliette Garnier



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