Myriam El Khomri : "Pôle Emploi s’est beaucoup amélioré"

À 37 ans, elle est chargée de deux défis décisifs pour les Français, et pour le président : réduire le chômage, réformer le droit du travail. Rencontre avec la ministre du Travail, Myriam El Khomri, aujourd’hui en Franche-Comté.

Que représente le compte personnel d’activité, sur lequel vous recevez un rapport aujourd’hui ?
C’est une révolution, une vision moderne de notre modèle social, qui répond à l’aspiration des Français à la maîtrise de leur parcours professionnels. La vie professionnelle a changé, elle est faite de davantage de ruptures. Nous voulons que les droits acquis par un actif au cours de sa carrière ne soient jamais perdus, quels que soient ses changements d’emploi ou de statut. Un salarié perd son compte épargne temps lorsqu’il change d’entreprise, ne peut plus utiliser son compte formation s’il crée son entreprise… Ces situations viennent des cloisonnements de nos dispositifs, et c’est pour y répondre que nous créons le CPA..

Au-delà du compte personnel de formation, du compte pénibilité, que pourrait-on encore inclure dans ce compte personnel ?

Nous engageons le dialogue avec les partenaires sociaux… Mais les socialistes portent de longue date le droit à la deuxième chance, pour les personnes sorties sans diplôme du système scolaire. On pourrait donc imaginer une sorte de compte-temps qui leur permettrait de reprendre une formation ou des études.

Vous avez le Code du travail sur votre bureau. Il est trop lourd, trop épais ?
La vraie question est l’illisibilité des droits pour les salariés, et la complexité pour les petites entreprises. Et les cadres trop rigides empêchent les adaptations au plus près du terrain. En partant du rapport de Jean-Denis Combrexelle, nous devons redonner du souffle à la négociation collective, en faire un levier de performance économique et sociale. Ce sera l’objectif de la loi que je présenterai début 2016.

Mais pour négocier, il faut des partenaires. À gauche, beaucoup critiquent la mauvaise volonté du patronat…
Ne généralisons pas… Certains patrons souhaiteraient en effet qu’il n’y ait pas de syndicat. Et certains syndicats ont une culture qui ne les conduit pas toujours à la table des négociations. Moi, je défends le dialogue social, parce qu’il permet des solutions équilibrées.

Vous avez personnellement été syndiquée ?
Non, parce que j’étais chargée de mission, pas membre de la fonction publique territoriale. Mais j’ai poussé à la création d’un syndicat des collaborateurs d’élus à la Ville de Paris, quand j’étais adjointe au maire.

Selon vous, le service public de l’emploi fonctionne bien ?
Pôle Emploi s’est beaucoup amélioré, dans le contact avec les entreprises, ou sur l’accompagnement des demandeurs d’emploi de longue durée. Mais il y a beaucoup d’acteurs, dans les champs de l’emploi, de l’insertion et de la formation professionnelle. Avec trop de lourdeurs, parfois de blocages, au détriment des demandeurs d’emploi. Il faut nous faut absolument une meilleure coordination, je suis sûre que nous pouvons gagner en efficacité.

François Rebsamen, avant de quitter le bureau où nous sommes, avait déclaré à notre journal : « La France est dure à réformer »…
C’est vrai, quand on est sur le terrain, quand on voit tous ces projets, ces innovations, ces dialogues entre chefs d’entreprise et salariés, on ne peut qu’être optimiste. Et puis ce climat se dégrade quand on passe au niveau national…

Vous voulez dire : au niveau parisien ?
Oui, je ne retrouve pas la créativité et la combativité du terrain dans les échanges « parisiens », on est davantage dans la défiance. Mais moi, j’ai envie de faire bouger les lignes. J’ai 37 ans, je suis une femme de gauche, j’ai envie d’incarner ce que doivent être les droits des actifs dans le futur, et contribuer à inventer le modèle social du XXIe siècle.


 Propos recueilli par Francis BROCHET






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