Au hackathon de l'Elysée: "on a hacké Pôle Emploi"

L'Elysée a organisé jeudi son premier "Hackathon". 55 jeunes programmeurs devaient développer en équipe et dans un temps limité des applications informatiques.

Un "hackaton" sous les lustres de l’hôtel de Marigny. Pendant quelques heures, jeudi 17 septembre, le salon feutré de l’hôtel particulier situé à quelques mètres du palais de l’Elysée, a pris des airs de fourmilières. 55 étudiants en informatique de tous bords ont installé dès 9h leurs ordinateurs portables sur les mobiliers XIXe de cette dépendance de la présidence de la République, avec pour objectif de développer en équipe et dans un temps limité des applications informatiques ou des services en lignes.

Naviguant entre les tables bondées, Jean-Baptiste Roger, directeur de la Fonderie - l’agence numérique de la Région Île-de-France-, ne cache pas sa satisfaction. "Lorsque le cabinet d’Axelle Lemaire (la secrétaire d’Etat au numérique, ndlr) nous a sollicité, il nous restait 5 jours pour organiser l’événement. Mais on a l'habitude de hacker les endroits. Et on s'est dit : faisons-le !".

Pour son premier "hackathon", l’Elysée a privilégié une formule soft. Pas de nuit blanche, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’événement. La plupart des participants ont dormi à l’hôtel après un premier round à l’Ecole des mines, mercredi. Ce qui n’a pas empêché les participants de "bosser toute la nuit" assure Jean-Baptiste Roger, qui en veut pour preuve la "petite mine" de certains.

"On est parfois obligé de tricher"

Adossé à la cheminée en marbre qui occupe un pan du mur de la salle de réception, Stéphane, la trentaine et les yeux cernés, fait partie de ceux qui ont sacrifié une partie de leur nuit pour avancer sur leur projet. Dans son cas, une application qui se veut une "boussole de l’emploi numérique". "On a bien bourriné, c’est vrai", s’amuse le Nantais. Il faut dire que le projet de son équipe – 12 personnes parmi lesquelles des développeurs, des designers et des infographistes – est ambitieux. Il s’agit de proposer en temps réel les offres d’emplois disponibles dans le secteur informatique dans la région de l’utilisateur.

Une application pour laquelle le Nantais a tout simplement… hacké le site de Pôle emploi. "On a récupéré les données directement sur leur site", explique-t-il. "Pas les données personnelles, bien sûr, mais toutes les informations utiles que Pôle Emploi ne veut pas partager. Les offres d’emplois par exemple". Et d’ajouter : "On est parfois obligé de tricher. C’est ça le hacking".

A la table d’à côté, où l’on travaille à une refonte du live-tweet de l’Elysée, pas besoin de tricher. "Le cahier des charges nous a été directement fourni par le webmaster de l’Elysée", explique doucement François-Xavier Guidet, professeur à la Manche Open School de Granville. L’enseignant est venu accompagné de ses élèves, qui pour certains n’ont pas plus de 16 ans. Il se félicite : "Vous vous rendez compte? Mes élèves ont commencé l’école il y a à peine quinze jours. Ce sont des gamins qui vivent parfois dans des situations sociales pas évidentes. Et ils se retrouvent à l’Elysée pour coder? C’est top !".

Même satisfaction pour Anna Stépanoff, directrice de la "Wild Code School" en Eure-et-Loire, un établissement qui ne demande pas le bac à l’entrée et dont "100% des élèves" de la dernière promotion "étaient bénéficiaires des aides sociales". "C’est un honneur d’être là, en même temps qu’un très beau message envoyés à ces jeunes et ces moins jeunes", explique-t-elle.

Des écoles en dehors des chemins battus

Le choix du cabinet d’Axelle Lemaire s’est volontairement porté sur ces écoles, différentes, en dehors des chemins battus. "Ce sont des établissements emblématiques. Des écoles nouvelle génération où le background compte moins que la motivation", détaille Jean-Baptiste Roger.

C’est d'ailleurs un peu de l'avenir de ces écoles qui se jouait en toile de fond du Hackathon. La plupart d'entre elles sont pressenties pour voir leurs formations labellisées dans le cadre du projet de "grande école du numérique" porté par Axelle Lemaire et voulu par François Hollande pour pallier la pénurie de développeurs informatiques en France.

Des écoles dont le modèle disruptif s’inspire un peu de "l’école 42" fondée par le PDG de Free, Xavier Niel. Plusieurs étudiants de l’établissement étaient d’ailleurs présents, jeudi, pour épauler leurs jeunes camarades. "C’est aussi ça la culture informatique: aider son voisins, partager ses connaissances", explique Gaëlle, la vingtaine, après avoir dépanné un des participants bloqué sur une ligne de code buggée. "Quand tu t’es déjà cassé les dents plusieurs fois sur une ligne de code, tu vas plus facilement pouvoir aider les gens, comprendre ce qui ne va pas", ajoute Maxime, lui aussi encadrant.

Les conseillers de l'Elysée en renfort

Les conseillers de l’Elysée ont fait des apparitions régulières dans la salle, n'hésitant pas à filer un petit coup de main aux équipes. "La conseillère sport de François Hollande Nathalie Ianetta est venue nous voir pour nous apporter des documents", explique ainsi Fiona Guitard, une journaliste de Street Press chargée d’encadrer un groupe qui travaille sur l’Euro de football 2016.

Dans l’après-midi, les projets devaient être présentées à Axelle Lemaire, après une visite du chef de l’Etat. Pour les prototypes les plus aboutis, pas de prix mais la possibilité de continuer leur projet. "Ce ne sera pas le cas pour tout le monde", préfère prévenir Jean-Baptiste Roger. "Mais là où il y a un embryon de quelque chose, un projet à continuer, il va falloir réfléchir à la suite à donner".

Stéphane espère bien faire partie des groupes dont le projet sera sélectionné. Il est prêt à demander un détachement à son entreprise pour poursuivre l’aventure. Mais si ce n’est pas le cas, le Nantais ne s’en formalisera pas. "Je suis content d’être venu et d’avoir fait toutes ces rencontres, d’avoir échangé des compétences et d’avoir développé ce projet", assure-t-il. L’esprit hackathon, probablement.



Rémi Clément






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