Pourquoi Rebsamen a raison de vouloir supprimer les sms de relance aux chômeurs

LE SCAN ÉCO - En militant pour supprimer les sms de relance qu'envoie chaque mois Pôle emploi aux chômeurs pour qu'ils pensent à s'actualiser, le futur ex-ministre du Travail complique la tache de son successeur. Mais il a surtout compris que rien, à commencer par son coût, ne justifie plus aujourd'hui l'existence d'un tel dispositif.

Le futur locataire de l'hôtel du Châtelet aurait préféré que François Rebsamen, le futur ex-ministre du Travail, lui laisse un autre héritage que celui de devoir gérer les conséquences de sa dernière «rebsamenerie»: à savoir la suppression des sms de relance aux inscrits de Pôle emploi afin qu'ils actualisent leur profil pour ne pas voir leurs droits suspendus. Nul ne sait si l'information, révélée mercredi par Le Point, est vraie. En guise de réponse, la rue de Grenelle affiche un sobre «pas de commentaire». Pratique…

Qu'importe, François Rebsamen, qui en prenant ses fonctions en avril 2014 avait eu vent du fameux «bug SFR» intervenu quelques mois avant (une absence de relance en plein été qui avait conduit à une baisse surprise et record du nombre d'inscrits en catégorie A), n'hésitait alors pas à dire en privé tout le mal qu'il pensait de ce dispositif. Le ministre démissionnaire a surtout raison de mettre ce sujet sur la table car ce système de relance (Pôle emploi envoie chaque mois entre 550.000 et 650.000 sms) pose deux questions de fond: celle du coût de ce dispositif et celle du principe même de son existence. 

Imaginez le nombre de formations, notamment pour pourvoir des métiers en tension, qui pourraient être financées avec cette manne

Le coût tout d'abord. A 0,04 centime le sms (tarif moyen pratiqué par les opérateurs pour les envois de sms), le process coûte donc chaque mois entre 22.000 et 26.000 euros à Pôle emploi. Ou dit autrement, entre 264.000 et 312.000 euros par an à l'agence. On pourrait se dire, comme François Hollande l'avait une fois affirmé sur un autre sujet: ce n'est pas grave, «c'est l'État qui paye». Et bien non, pas totalement. Car qui finance Pôle emploi? L'État certes, et donc tous les Français, via une subvention de 1,5 milliard par an, mais surtout l'Unedic qui lui verse, en dotation de fonctionnement, 10% des cotisations chômage qui sont collectées annuellement. Soit l'équivalent, peu ou prou, de 3 milliards d'euros par an.

Imaginez le nombre de formations, notamment pour pourvoir des métiers en tension -une priorité-, qui pourraient être financées avec cette manne. Voire le nombre de contrats aidés supplémentaires, un artifice cher à tous les gouvernements en période de faible croissance. Et ce, d'autant plus que l'Unedic, le 1er actionnaire de Pôle emploi en quelque sorte, affiche un déficit annuel de l'ordre de 4 milliards d'euros et que sa dette (déficits cumulés) devrait avoisiner les 35 milliards fin 2018 d'après les dernières prévisions financières du régime d'assurance chômage…

Une absence de relance et ce sont 30.000 chômeurs qui sont désinscrits des fichiers de Pôle emploi

Mais plus que le coût, on est en droit de poser la question (plus philosophique) de l'existence même de ce genre de dispositif qui consiste à rappeler à un inscrit à Pôle emploi qu'il doit penser à réactualiser ses droits chaque mois afin d'éviter d'être suspendu. Surtout quand on voit l'impact sur les chiffres du chômage: une baisse de quelque 30.000 inscrits en catégorie A en France métropolitaine le mois (août 2013) où la relance n'est pas effectuée (le fameux «bug SFR») et une hausse de 7000 à 10.000 chômeurs le mois (mai 2015) où trois relances, à la place d'une seule, sont effectuées car peu de demandeurs d'emploi avaient pensé à s'actualiser à cause des nombreux jours fériés et ponts.

Alors certes, les détracteurs de François Hollande objecteront que supprimer les sms de relance aux chômeurs serait le seul moyen (statistique et artificiel), faute de croissance, de faire baisser durablement les chiffres du chômage pour permettre au président de se représenter en 2017. Et ils n'auraient peut-être pas tort même si la manipulation serait un peu grosse. Car ce serait oublier un peu vite que les comportements des agents économiques s'adaptent vite au changement de règles et que l'effet se ferait ressentir un ou deux mois de suite, mais qu'ensuite le retour de boomerang serait terrible. Avec des bataillons de chômeurs qui reviennent s'inscrire, comme en septembre 2013 après le «bug SFR» (+60.000), après avoir eu leurs droits suspendus un mois.

Aux dernières nouvelles, Pole emploi avait décidé de ne faire plus qu'une seule relance par mois, quoi qu'il arrive. Le successeur de François Rebsamen serait bien inspiré de demander à son opérateur de ne plus en faire du tout…


LE SCAN ÉCO | Marc Landré



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