Pôle emploi vu de l’intérieur

En 1975, deux tiers des Français avaient foi en l’ANPE pour trouver un poste. Aujourd’hui, ils seraient à peine 10 %. C’est dire à quel point l’image de l’établissement s’est dégradée : « Pour beaucoup, Pôle emploi ne sert à rien. Parmi les demandeurs d’emploi, cette image est même catastrophique », affirme Laurence Boulieu, qui raconte dans L’emploi, j’y crois ! son parcours et son quotidien de conseillère à l’emploi.

Un quotidien pas toujours facile, marqué par le désespoir et la souffrance morale des demandeurs qui s’en prennent aux conseillers. En 2011, une directrice d’une agence parisienne est séquestrée plusieurs heures par un homme. En 2013, un homme s’immole devant une agence nantaise. C’est cette même année que Laurence Boulieu choisit de rejoindre Pôle emploi dans le cadre du grand plan de recrutement de nouveaux agents lancé par le gouvernement.

Elle fait partie des milliers d’agents à avoir été recrutés en quelques semaines. « Malgré une image dégradée dans l’opinion, des relations parfois difficiles avec les demandeurs d’emploi et… un salaire très modeste, je ne regrette pas mon choix. C’est cela que j’ai eu envie de raconter. »

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L’ouvrage retrace donc le parcours d’une conseillère à l’emploi, qui à travers le récit de son quotidien développe sa façon d’accompagner les personnes. L’auteur insiste sur le rôle essentiel des conseillers d’emploi pour ne pas s’enliser dans le statut de demandeur d’emploi à long terme, et livre des astuces pour mieux se préparer aux entretiens d’embauche et effectuer une meilleure recherche d’emploi.

Mme Boulieu fait également part de ses doutes. Elle évoque ainsi le cas d’un public spécifique : les seniors, qui cumulent souvent fatigue, problèmes de santé et démotivation. « Les seniors qui sont à moins de deux ans de la retraite devraient avoir le choix de travailler ou non s’ils le désirent. Malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas réussi à les emmener vers un emploi. Plutôt que de consacrer du temps à ces personnes, j’aurais pu mettre mes compétences au service d’autres bénéficiaires en vraie demande. Je me sentais inutile et j’avais l’impression de jeter l’argent public par les fenêtres, c’était très frustrant. »

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Malgré quelques doutes et un quotidien pas toujours facile, c’est avec beaucoup d’optimisme que Laurence Boulieu revient sur ses années de conseillère à l’emploi. Elle propose des solutions pour demain : elle milite notamment pour une meilleure collaboration entre l’école et le monde du travail.

Actuellement, ce sont les élèves qui sollicitent les conseillers d’orientation quand ils en éprouvent le besoin. L’auteur imagine des conseillers des missions locales détachés dans les établissements scolaires : ils apporteraient leur connaissance du marché du travail auprès des lycéens pour les accompagner vers l’emploi et éviter qu’ils passent par la case chômage.

Mobiliser les professeurs

Elle propose également de mobiliser les professeurs pour aider à l’insertion des personnes en difficulté, par exemple pour ceux qui ne maîtrisent pas bien le français. Les locaux inutilisés durant les vacances scolaires ou le soir ne pourraient-ils pas servir pour former ces personnes avec des professeurs désireux de faire des heures supplémentaires ?

« Pour lutter contre le chômage, il est capital de faire dans le préventif et non plus dans le curatif, et je suis intimement convaincue que la solution passera par une meilleure collaboration entre l’école et le monde du travail. »

L’emploi, j’y crois ! Laurence Boulieu (Michalon, 192 pages, 15 euros).


 M Emploi | Margherita Nasi 



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