À quoi sert Pôle emploi ?

C’est la question que l’on se posera en lisant le dernier rapport de la Cour des comptes, consacré à cet organisme né, en 2008, de la fusion de l’ANPE et du réseau des Assedic. Aujourd’hui, c’est « le plus gros opérateur de l’État, relève l’institution de la rue Cambon, avec 53 000 agents, un millier d’agences, 32 milliards d’euros d’allocations versées et 5 milliards de budget ».

Sur le papier, réunir les organismes de placement et d’indemnisation était une bonne idée, pour autant qu’elle se traduise par une amélioration de l’organisation et par des économies d’échelle. Le résultat est très éloigné des espérances. Outre le fait que les surfaces occupées sont supérieures à celles d’avant 2008 (!), l’institution a surtout relevé que les salaires et les charges sociales avaient bondi de 18 % entre 2009 et 2011 et que, entre 2012 et 2014, il y a eu 4 000 postes créés alors que l’heure était aux restrictions budgétaires. Mais voilà, il fallait répondre aux nouvelles ambitions de Pôle emploi : les conseillers auraient dû s’occuper des indemnisations et des placements ; ils sont restés cantonnés dans leur métier d’origine. Conséquence, Pôle emploi n’est à l’origine que de 12,6 % des reprises de travail. « Un chiffre à interpréter avec prudence [et qui] suscite une interrogation sur la place et le rôle de ce service public », estime la Cour, pour qui ces résultats s’expliquent aussi par l’explosion du chômage.

Une situation qui contraste avec l’Allemagne, où l’équivalent de Pôle emploi licencie. En avril, l’agence allemande pour l’emploi a annoncé qu’elle procéderait au licenciement de 5 000 salariés d’ici à la fin de 2019. En fait, elle a commencé à réduire ses effectifs en 2013 : elle a déjà supprimé 12 000 postes sur 95 000 (les salariés gèrent aussi l’aide sociale). La raison ? Plus assez de travail compte tenu du recul du nombre de demandeurs d’emploi (— 40 % en dix ans) : l’Allemagne compte moins de 3 millions de chômeurs, soit un taux de chômage de 6,2 %, contre plus de 10 % en France. Le plus bas niveau depuis la réunification, en 1990.

« L’abondance est le fruit d’une bonne administration », écrivait Jean Jaurès, dans Histoire socialiste. Pôle emploi a visiblement suivi ce précepte à la lettre !


Par Frédéric Paya


 


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