Pôle emploi : pour une rémunération à la performance

La Cour des Comptes vient de publier un Rapport dans lequel elle critique sévèrement le travail effectué par les agents de Pôle emploi : « L’accompagnement et le placement des demandeurs d’emploi est mal assuré malgré une augmentation des moyens en personnel et en budget. »

Alors que le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi atteint le chiffre de 6 millions, le taux de sortie (reprise de l’emploi) grâce à Pôle emploi n’est que de 12,6 %. Malheureusement, la Cour s’arrête au constat et ne va pas plus loin. Elle aurait pu rappeler, par exemple, que plus de dépenses en faveur de l’emploi ne signifient pas moins de chômeurs. Parmi les pays membres de l’OCDE, les pays qui dépensent le moins en faveur de l’emploi sont les Etats-Unis et le Chili. En 2012-2013, la politique de l’emploi a représenté 0,1 % du PIB aux Etats-Unis contre (environ) 3 % en France. Et le taux de chômage est à 5,3 % aux Etats-Unis contre… 10,8 % en France.

La Cour ne donne pas non plus de vraies pistes afin de réformer Pôle emploi. Il y a quelques mois, l’IREF publiait aussi une étude consacrée à cet opérateur public fruit du mariage entre l’Unédic et l’ANPE dans laquelle il révélait surtout des dépenses de fonctionnement et de personnel représentant environ 83 % du budget (budget hors versement des indemnités), dont presque les trois quarts financent les salaires des agents de Pôle emploi. Les ressources humaines (53 000 agents) engloutissent près de 63 % du budget total (5 milliards d’euros), alors qu’elles représentent environ 30 % des dépenses en Allemagne et que le Royaume-Uni consacre plus d’un tiers de son budget aux seuls programmes d’aide et de retour à l’emploi. Il reste donc moins de 20 % des ressources pour financer le cœur de métier de Pôle emploi, c’est-à-dire les prestations d’accompagnement, les aides à la formation et les aides à l’embauche. Pour remédier à cette situation, l’IREF propose d’abord le recours à des opérateurs privés (sous-traitance). Ensuite, il faut s’inspirer des modèles allemands et britanniques où les employés de l’« Arbeitsagentur » et du « Job Center » sont payés en fonction des résultats obtenus (placement des chômeurs).

Suivi strict des chômeurs. En France, ceux qui travaillent à Pôle emploi sont des agents publics. Bien entendu, la rémunération à la performance des agents est accompagnée, en Allemagne et au Royaume-Uni, de mesures strictes concernant les chômeurs qui ont des obligations : recherche active d’emploi, stage ou formation obligatoire, suspensions en cas de refus répétés, etc. A cet égard, nos voisins allemands sont plus stricts : réduction de l’indemnisation de 10 % sur trois mois pour un rendez-vous manqué et suspension de l’allocation pendant douze semaines pour un emploi refusé. Quant aux Britanniques, ils misent sur un retour rapide à l’emploi et sur un suivi individualisé performant et contractualisé. Pendant les deux premières années de chômage, le suivi et les sanctions, au regard de ce contrat, restent toutefois à l’appréciation du conseiller. La première sanction est de 4 semaines de suspension, la seconde de 13 semaines. Rappelons que le taux de chômage est de 4,8 % en Allemagne et de 5,3 % au Royaume-Uni.

Transformer les agents de Pôle emploi en commerciaux ne résoudra pas le problème du chômage en France, mais servira de moteur à une armée de chômeurs à la recherche d’un emploi.


Nicolas Lecaussin
 


Nicolas Lecaussin est Directeur de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales) et coauteur de l’ouvrage Anti-Piketty : Vive le Capital au XXIe siècle (Editions Libréchange, 2015).




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