Les agents de Pôle Emploi ne sont pas des assistantes sociales

Pour mieux accompagner les 6 millions de chômeurs, Pôle Emploi mise sur le suivi externalisé et le numérique. Avec pour objectif: leur plus grande satisfaction.

«Nous n'avons pas vocation à être des assistantes sociales, ni des spécialistes du montage financier pour la création d'entreprise». Lorsqu'il prend la parole -c'est très rare car il apprécie peu l'exercice-, Jean Bassères, le directeur général de Pôle Emploi, ne mâche jamais ses mots. Pour expliquer la stratégie qu'il déploie au sein du service public de l'emploi qu'il chapeaute depuis fin 2011, il a les idées claires et un discours direct. Pour lui, l'ex-ANPE doit se préoccuper «d'accroitre la satisfaction de ses usagers qui est déjà en hausse à 66% en 2015» et, bien sûr, «de trouver du travail» aux près de 6 millions de demandeurs d'emploi qui sont inscrits dans ses registres, toutes catégories confondues. Sa méthode? Faire dans la dentelle. S'entourer de spécialistes ou de sous traitants pour offrir un service adapté à la particularité de chaque situation.

Déjà, depuis son arrivée à la tête de cet organisme public qui compte 54.000 salariés, il a instauré l'accompagnement différencié. «Le suivi mensuel généralisé est radicalement fini», a-t-il expliqué mercredi, lors d'un point d'étape sur les résultats des politiques mises en œuvre ces dernières années. Ainsi, selon que le chômeur est plus ou moins de longue durée, dans un secteur plus ou moins sinistré, ou plus ou moins qualifié par rapport aux demandes du marché, un mode de suivi particulier est proposé. Et pour chaque profil, une réponse spécifique, voire un sous-traitant.


«Nous n'avons pas vocation à être des assistantes sociales, ni des spécialistes du montage financier pour la création d'entreprise»

Jean Bassères, DG de Pôle emploi

Pour inciter les demandeurs d'emploi à créer leur entreprise -c'est une des orientations que lui a fixées Manuel Valls dans son «small business act» la semaine dernière-, des prestataires de services se chargent de l'information et de l'accompagnement. Ils en suivent déjà 35.000 par an, l'objectif étant de doubler ce nombre en 2016. Avec, selon Pôle Emploi, un taux de réussite à 3 ans de 80%, bien supérieur à la moyenne nationale.

Pour assurer le placement des demandeurs d'emploi, un appel d'offres (de 80 millions d'euros) est en cours auprès d'opérateurs privés afin qu'ils déchargent, dès l'été, les agents de Pôle Emploi du placement des chômeurs les plus faciles à réinsérer dans l'emploi. Histoire que ces derniers puissent se recentrer sur les publics les plus éloignés de l'emploi (323.500 personnes ont bénéficié d'un «accompagnement intensif» en 2014). Une démarche exactement inverse à celle qu'avait mise en place son prédécesseur, Christian Charpy (les opérateurs privés s'étaient alors vu confier les chômeurs de longue durée), et qui n'avait pas fait ses preuves, des études l'ont prouvé par la suite.

Avec cette même optique de mobiliser les agents de Pôle Emploi sur l'accompagnement de ceux qui en ont le plus besoin, Jean Bassères accélère aussi sur le numérique et la dématérialisation. Pour les demandeurs d'emploi «autonomes», il teste déjà dans quatre régions de France (Corse, Guyane, Franche-Comté, Picardie) l'inscription et l'indemnisation sur internet. Depuis quelques mois, il a également mis en ligne des Mooc's, modules de formation gratuits destinés à aider à construire son projet professionnel ou conduire sa recherche d'emploi. Enfin, il inaugurera le 2 juillet, en présence de François Rebsamen, le ministre du travail, un «Emploi Store», qui proposera notamment aux chômeurs de pratiquer en ligne des simulations d'entretiens virtuels ou des «serious games».

Avec toutes ces mesures qui allègent leur travail, il faut croire que les agents de Pôle Emploi auront davantage de temps à consacrer aux demandeurs d'emploi. Ceux qui attendent du service public un accompagnement efficace durant la période difficile qu'ils traversent.


Domitille Arrivet


 


Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir