La dette du régime d'assurance chômage dépassera… 35 milliards fin 2018

LE SCAN ÉCO - La persistance, à horizon 2018, des déficits de l'Unedic rend inéluctable une réforme des conditions d'indemnisation du chômage en France.

La bonne nouvelle est tombée mardi soir à 18h15. Dans ses nouvelles projections, l'Unedic assure que le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A va prochainement commencer à refluer et que l'inversion de la courbe du chômage, promise pour fin 2013 par François Hollande, est enfin en marche. Rien d'ailleurs ne devrait l'arrêter. Si les conditions économiques continuent de s'améliorer, le taux de chômage passera ainsi de 10,1 % fin 2014 en France métropolitaine à 9,4 % fin 2018.

Les déficits annuels, eux, ne fondront malheureusement pas aussi vite. Loin de là. Le régime d'assurance chômage prévoit en effet que le trou devrait passer de 4,6 milliards fin 2015 à 2,6 milliards trois ans plus tard à modalités d'indemnisation constantes. Avec une dette qui, en conséquence, continuera de s'envoler: de 25,9 milliards à la fin de cette année à plus de 35 milliards fin 2018. Soit 9 milliards de plus de déficit cumulé en l'espace de trois ans, alors que le nombre de chômeurs reculera légèrement… Le nombre de chômeurs indemnisés (moins d'un demandeur d'emploi sur deux l'est), s'il baissera légèrement de 2016 à 2018, devrait en outre exploser de 6% cette année.

L'un des systèmes les plus généreux

Ces mauvaises perspectives financières rendent inéluctables une réforme en profondeur des modalités d'indemnisation chômage. Les partenaires sociaux, et particulièrement les syndicats, ont refusé ces dernières années de mettre ce chantier sur la table au motif que le nombre de demandeurs d'emploi explosait à cause de la crise. Maintenant que le nombre de chômeurs recule, il va leur falloir trouver une autre excuse -comme permettre à plus de demandeur d'emploi d'être indemnisé, ce que demande la CGT notamment- pour plaider le statu quo.

Or il y a urgence. Avoir comme perspective une dette de 35 milliards d'euros -soit l'équivalent des crédits annuels du ministère de la Défense- pour son régime d'assurance chômage est intenable, et ce surtout en période de reflux du nombre de demandeurs d'emploi. Et il n'y a pas 40 solutions. La France a l'un des régimes d'indemnisation du chômage les plus généraux au monde. Tant sur la durée (pendant 2 à 3 ans maximum, selon l'âge du demandeur d'emploi) qu'en niveau (plus de 6200 euros pour le haut de la fourchette). De plus, le système ne prévoit aucune dégressivité du montant de l'allocation si bien que le demandeur d'emploi est certain de toucher la même allocation du début à la fin de sa période d'indemnisation.

Inverser la courbe de la dette

Sous la pression de la commission européenne, Manuel Valls et Emmanuel Macron poussent les partenaires sociaux à ouvrir «sans délai» la renégociation de la convention d'assurance chômage, qui arrive à expiration le 1er juillet 2016. Si les organisations patronales militent également pour se remettre rapidement autour de la table des discussions, les syndicats, eux, freinent des quatre fers, refusant de se faire dicter leur agenda de négociation par Matignon, Bercy, Bruxelles ou l'avenue Bosquet. Et ne veulent rien changer au calendrier initial.

A tort car avec de telles perspectives financières, ils risquent de se faire déposséder de leurs prérogatives par un État soucieux de colmater un trou abyssal qui handicape le rebond de l'économie. En 10 ans, le régime d'assurance chômage n'a pas une seule fois été excédentaire… Il serait temps d'inverser aussi la courbe de la dette!


LE SCAN ECO | Marc Landré


 


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