Statistiques du chômage : Pôle emploi ou l'Insee, qui a raison ?

Lundi, Pôle emploi annonçait une hausse du nombre de demandeurs d'emploi. Jeudi, l'Insee enregistrait une baisse. À n'y plus rien comprendre...

C’est à n’y plus rien comprendre. Lundi, le ministère du Travail annonçait une hausse du chômage de 0,7 %. En avril, Pôle emploi a compté 26 200 personnes supplémentaires sans aucune activité (catégorie A) dans ses registres en France métropolitaine.

Mais trois jours plus tard, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) annonçait, au contraire, que le chômage serait orienté à la baisse. Comment expliquer cette apparente contradiction ? D'abord parce que les deux organismes ne parlaient pas de la même période. Pôle emploi communique tous les mois le chiffre du mois précédent. L’Insee, lui, publie un chiffre trimestriel avec retard. Pour rapprocher leurs chiffres, il faut donc se concentrer sur la dernière période comparable. Ici, il s'agit du premier trimestre 2015.

Mais alors, même de janvier à mars, la divergence persiste. Pour Pôle emploi, le nombre de chômeurs sans aucune activité a augmenté de 9 100 depuis janvier pour atteindre 3,53 millions de personnes. Pour l’Insee au contraire, il a baissé de 0,1 % de 10,1 à 10 % de la population active, soit 2,9 millions de chômeurs fin mars (- 2 902). Qui croire ?

L'Insee, la référence pour les comparaisons internationales

Les deux, car leurs chiffres ne recouvrent pas exactement la même réalité. Comme l'explique l’Insee, il existe en France "deux sources statistiques principales pour le chômage". Celles du ministère du Travail proviennent directement des fichiers de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi. Elles dépendent donc de critères administratifs. En septembre 2013, le nombre d'inscrits à Pôle emploi avait artificiellement chuté de 50 000 personnes, à cause du fameux bug de SFR : des chômeurs n'avaient pas reçu leur SMS d'alerte pour actualiser leur situation.

Les données de l'Insee sont obtenues grâce à une "enquête emploi". Il s'agit en fait d'un sondage réalisé tous les trois mois auprès d’un échantillon de 108 000 personnes (ou 67 000 résidences principales). Elles ont l'avantage de permettre les comparaisons internationales, tout simplement parce qu’elles sont fondées sur une définition du chômage reconnue partout, celle du Bureau international du travail (BIT). Selon cette définition, pour être comptabilisé comme chômeur, il faut être est "une personne en âge de travailler (15 ans ou plus)" répondant à trois conditions :

- ne pas avoir travaillé, même une seule heure, au cours de la semaine de référence du sondage

- être disponible pour reprendre un emploi,

- avoir recherché activement un emploi dans le mois précédent.

Divergences sur les jeunes et les seniors

Cette définition exclut de fait certaines personnes sans aucune activité, mais inscrites à Pôle emploi (catégorie A). L’Insee précise d’ailleurs dans son communiqué que 1,5 million de personnes inactives qui souhaitent retrouver du travail ne sont pas comptées comme chômeurs dans ses chiffres, soit une hausse de 71 000 par rapport à fin 2014. Pourquoi ? Parce que, selon leurs propres déclarations, elles n’ont pas recherché activement d’emploi pendant le mois de référence du sondage. L'Insee parle de "halo" du chômage. Elle recense bien des situations de chômage, mais qui ne sont pas intégrées dans ses chiffres de chômeurs.

Si les deux sources n’aboutissent pas au même nombre de chômeurs, elles ne recouvrent pas non plus les mêmes réalités. Ainsi, le nombre de chômeurs au sens du BIT "est structurellement plus élevé" parmi les jeunes de moins de 25 ans que celui de Pôle emploi, relève l’Insee. Tout simplement parce que ceux-ci peuvent ne pas avoir droit à une indemnisation et ne s’inscrivent donc pas auprès de Pôle emploi. La tendance est inverse pour les personnes âgées de 25 à 49 ans ou de 50 ans et plus.


MARC VIGNAUD


>> Regardez la vidéo explicative de l'Insee sur la mesure du chômage en France :


Les chiffres du chômage en questionpar InseeFr



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir