La sur-traitance : nouvelle voie pour le service public à l’ère du numérique

Avec le déferlement du numérique, le secteur public fait face à une redéfinition de ses missions. Il doit choisir entre sous-traitance et sur-traitance, la sur-traitance convenant mieux à la nouvelle donne.

Le service public doit se mettre à l’heure du numérique. Or, « le numérique se prête plus à un modèle économique de sur-traitance » défend Elisabeth Grosdhomme Lulin, auteure du livre « Gouverner à l’Ere du Big Data – Promesses et périls de l’action publique algorithmique. » Elle est également directrice générale de la société de conseil Paradigmes et caetera. Elle s’est exprimée lors d’une conférence de présentation de l’ouvrage le 7 mai à l’Institut de l’Entreprise de Paris.

Deux modèles économiques

Elle rappelle qu’il existe deux modèles économiques majeurs : celui de la sous-traitance et celui de la sur-traitance. Exemple de sous-traitance : la mission confiée à un prestataire de placer les prisonniers sous bracelet électronique.

« Un prisonnier coûte 80 € par jour en prison, alors qu’il ne coûte que 12 € par jour lorsqu’il est placé sous bracelet électronique » observe Elisabeth Grosdhomme Lulin. Mais comme le ministère de la justice ne possède pas les compétences informatiques pour configurer ce bracelet, il confie donc ce travail à une entreprise. En l’occurrence, de 2013 à 2017, c’est Thalès qui est chargée de ce marché.

Vue à court terme

Si cette externalisation répond aux modes de fonctionnement et de financement de l’administration, c’est une vue à court terme. Les inconvénients sont multiples indique l’auteure.

L’administration manque de la maîtrise de processus clés qui sont pourtant l’essence même du métier, et elle peine à réduire la masse salariale publique tout en ayant recours à des emplois sous-traités. “Sans cette substitution, le calcul économique de rentabilité de l’externalisation ne tient pas” analyse Elisabeth Grosdhomme Lulin.

Pôle Emploi et la sur-traitance

La sous-traitance a son pendant, la sur-traitance. Et l’auteure estime que « le numérique se prête plus à la sur-traitance. » Exemple : la collaboration entre Pôle Emploi et la start-up Jobijoba.com, Celle-ci propose des offres d’emploi à partir d’offres qu’elle récupère, et dé-doublonne.

Pôle Emploi a alors autorisé Jobijoba à accéder à sa base de données de chômeurs pour proposer des emplois de façon intelligente. Aujourd’hui, le site Jobijoba.com et Pôle Emploi sont partenaires, et le site compte 1,1 million d’offres d’emploi.

La question qui se pose pour Pole Emploi est, doit-il continuer à investir dans des tâches qui sont accomplies aussi bien voire mieux à l’extérieur, doit-il au contraire se concentrer sur la partie de la chaîne de valeur qui n’est pas prise en charge par les opérateurs privés ?” interroge Elisabeth Grosdhomme Lulin.

L’enjeu du modèle numérique

Le numérique pose la question du “make or buy” avec plus d’acuité, et du périmètre de l’action publique, là où l’on trouve des services à l’usager plus sophistiqués ou plus personnalisés.

Au final, le plus important estime-t-elle est que l’administration comprenne l’enjeu du modèle numérique ainsi que l’importance du chantier des Ressources Humaines. « La sur-traitance est le modèle typique de l’économie numérique » conclut-elle néanmoins.


La sur-traitance : ouvrir ses données via des APIs

La sur-traitance est un terme qui a émergé avec le numérique. Henri Verdier, Chief Data Officer de l’état français, et directeur d’Etalab, le service du Premier Ministre qui gère l’ouverture des données publiques, définit dans une interview pour Without Model cette notion.

« Nous entrons de plus en plus dans une économie de la sur-traitance : au lieu de sous-traiter des fournisseurs, on désigne des «API», des flux de données sortantes, des conditions générales d’utilisation, etc. On laisse des gens exercer leur créativité sur ces ressources » développe-t-il à propos de la sur-traitance.

La sur-traitance est donc une façon de créer et d’améliorer un service à partir de ressources déjà connues. Et, selon Elisabeth Grosdhomme Lulin, cette économie est la plus appropriée au numérique.


Coralie Owczaruk est journaliste. Elle est spécialisée dans l'évolution des objets connectés et de leurs usages.

Publié le 11 mai 2015 par Coralie Owczaruk dans Evènement avec Aucun commentaire





Commentaires   

 
0 #11 Curt 23-06-2016 16:22
Je suis obligé de reconnaître que vous connaissez bien le sujet, le post est vraiment enrichissant
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0 #10 bracelet bluetooth 20-12-2015 18:48
Je ne peut pas m'abstenir de commenter. Exceptionelleme nt bien imagé!
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0 #9 Camera embarquée 16-12-2015 03:39
J'ai naviguer sur le net durant 3 heures ces derniers jours, et je n'ai jamais lu un article aussi intéressant que le
votre. Personellement, si tous des propriétaires de site
et des bloggeurs écrivais comme ca, le web pourrait beaucoup plus
influent.
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0 #8 camera embarquée 10-12-2015 04:48
Je nageais un peu dans la panade et après avoir vu votre article, J'en sais
+. Merci
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0 #7 montre Apple 23-11-2015 01:30
J'ai étudié cet article et je souhaiterais en savoir plus
sur ce domaine. Peut-être vous pourriez publier de nouveaux articles dans le même genre
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0 #6 Bracelets connectés 21-11-2015 06:35
J'ai parcouru sur internet plus de 4 heures
aujourd'hui, et je n'ai jamais lu un article aussi intéressant que le votre.
De mon point de vue, si une grande partie des webmasters et des blogs écrivais comme vous, le net serait bien plus influent.
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0 #5 Buck 13-11-2015 07:46
On voit que vous maîtrisez bien le sujet, la page est intéressant
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0 #4 Enceinte portable 26-10-2015 16:42
Site enrichissant bien illustré
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0 #3 Comparatif bracelet 13-10-2015 21:49
On voit vraiment qu'on a à faire a des pros du domaine,
compliments pour ce site internet
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0 #2 Smart Bracelet 26-09-2015 04:48
Tout est bien expliqué dans cet article, merci la team
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