Pôle Emploi. La conseillère donne un visage à ses chômeurs

Joëlle Colas est conseillère en insertion au Pôle emploi de Saint-Malo. Elle gère un portefeuille d'une centaine de chômeurs, comme le dit le jargon de l'institution.

Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des ouvriers, des cadres. « On vit une époque de chômage de masse. Le système est rude, par la force des choses, et la prise en compte de l'individu se rétrécit », déplore d'une voix douce celle qui voit passer tant de vies brisées.

Exposition, réactions

« J'avais besoin d'exorciser. Pour trouver mon chemin en tant que professionnelle et citoyenne. » Spontanément, elle pense au dessin. Elle peint ponctuellement depuis des années. Mais là, elle suit un stage intensif sur la technique du portrait.

La frêle Malouine s'approprie les pastels secs, le fusain, la pierre noire. « J'ai d'abord demandé à des personnes en recherche d'emploi de mon entourage. Et puis j'ai franchi le pas au travail. »

Quand la conseillère reçoit un demandeur d'emploi pour faire le point, à la fin de l'entretien, elle présente son projet. Étonnement de l'autre côté de la table. « J'explique que c'est une démarche artistique. Et que mon but était d'exposer pour créer des réactions », se souvient Joëlle Colas. La timide est devenue frondeuse.

« Leur profondeur m'apparaissait »

La plupart accepte. Au rendez-vous suivant, elle les accueille avec un appareil photo. « Mettre en place des séances de poses, c'était trop compliqué. »

Devant l'objectif, certains se recoiffent, sourient. D'autres restent graves. « Je les trouve très courageux de m'avoir confié leur image. Quand je les regardais chez moi, leur profondeur m'apparaissait. » L'artiste s'active sur son chevalet, dans son petit salon sous les toits.

En un an et demi, elle saisit 27 visages. Ces traits, elle les a tracés sur du bois mis au rebut. Des titres de journaux, des mots bombés en rouge s'inscrivent dans les portraits : « La courbe du chômage », « identifiant »...

Elle vient d'exposer ses œuvres à Saint-Malo : « Quand j'en ai parlé à mes collèges, j'ai été agréablement surprise de leurs réactions. »

Les chômeurs engagés dans cette aventure se sont glissés parmi les visiteurs : « C'était poignant. On était très émus. Ils me disaient qu'ils étaient fiers de moi pour avoir mené ce projet jusqu'au bout. »


Karin CHERLONEIX



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