L'exécutif gagne son bras de fer contre les régions sur le contrôle de Pôle emploi

Critiques sur Pôle emploi, les régions voulaient gérer le suivi des chômeurs. Matignon et le ministère du Travail s'y sont fermement opposés.

L'assaut a été lancé avec ferveur mais a échoué. Mardi, lors du vote en première lecture de la réforme territoriale, les députés et le gouvernement sont restés fermes : pas question de confier les rênes de la politique de l'emploi aux régions, comme le réclamait l'Association des régions de France (ARF) et son président, Alain Rousset. Jugeant le système actuel « à bout de souffle » et victime de « l'émiettement entre Pôle emploi et les centaines d'organismes présents dans nos territoires », celui-ci arguait que passer la main aux régions permettrait d'« assurer leur coordination […], organiser le maillage territorial et la répartition des moyens […], mettre en place une véritable politique de prospection des entreprises et cibler les publics prioritaires en fonction des caractéristiques du territoire ». C'était aussi pour lui une question de cohérence : les régions gèrent le développement économique, l'orientation et l'apprentissage.

L'argumentaire avait fait mouche au Sénat, où, mi-janvier, l'abstention du groupe socialiste avait permis l'adoption, contre l'avis du gouvernement, d'un amendement confiant l'accompagnement des chômeurs aux régions pour ne laisser à l'échelon national que la définition des règles d'indemnisation du chômage et la gestion de la voilure sur les contrats aidés. « Hors de question », ont tonné le ministère du Travail et Matignon, décidés à garder la pleine main sur la lutte contre le chômage. Tout comme les partenaires sociaux, pour qui décentraliser créerait des inégalités territoriales en matière d'offre de services aux chômeurs.

Lots de consolation

Pour faire un geste, le texte finalement adopté à l'Assemblée, après un amendement détricotant les mesures votées au Sénat, prévoit que l'Etat « peut déléguer à la région », pour trois ans, « la mission de veiller à la complémentarité et de coordonner l'action » des missions locales (pour l'emploi des jeunes), des Cap emploi (personnes handicapées) et des PLIE (pour les très éloignés du marché du travail)… mais « sans préjudice des prérogatives » de Pôle emploi, nerf de la guerre car véritable bras armé de l'Etat.

« Pôle emploi est en plein déploiement de sa nouvelle offre, ce n'est pas du tout le moment de changer sa gouvernance », insiste le ministère du Travail, pointant qu'aucun autre pays, même l'Allemagne des Länder, n'a poussé la décentralisation de l'emploi aussi loin que voulu par l'ARF. « C'est vrai, il faut améliorer la coordination sur le terrain, mais pas via des transferts de compétence. L es régions sont déjà associées, et vont l'être encore plus, à la construction des politiques de l'emploi », y poursuit-on. C'est là un autre des lots de consolation accordés à l'ARF : les régions auront, outre la gestion des aides aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprises, un siège au conseil d'administration de Pôle emploi.


Derek Perrotte






 


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