Pôle emploi veut renforcer ses partenariats avec les collectivités mais s'oppose à une régionalisation

Dans son plan stratégique 2015-2020 présenté le 11 février, Pôle emploi entend renforcer ses partenariats noués avec les conseils régionaux, pour la formation professionnelle, les conseils généraux pour l'accompagnement global des demandeurs d'emploi, et les missions locales pour l'accompagnement des jeunes. En revanche, le directeur général de l'opérateur Jean Bassères s'oppose fermement à toute régionalisation de Pôle emploi, comme le prévoit un amendement du projet de loi Notr.

Le plan stratégique 2015-2020 de Pôle emploi présenté le 11 février par son directeur général, Jean Bassères, sera l'occasion d'approfondir les relations tissées avec les collectivités territoriales, notamment les conseils généraux.
Depuis début 2014, Pôle emploi a mis en place un partenariat avec les conseils généraux pour accompagner de façon globale les personnes les plus éloignées de l'emploi, en tenant compte de la santé, du logement, de la garde d'enfants… A l'heure actuelle, plus de cinquante départements ont signé une convention. "C'est un succès important, a indiqué Jean Bassères à cette occasion, cela illustre la bonne complémentarité de Pôle emploi avec les collectivités, chacun sur son champ de compétence." Les premiers retours, issus du premier partenariat conclu avec le conseil général du Doubs, initiateur de la démarche, sont bons. "Cela joue positivement sur le retour à l'emploi", a détaillé le directeur général de Pôle emploi, signalant que la vision consolidée n'était toutefois pas encore possible.
En 2015, l'objectif de l'opérateur est d'avoir au moins soixante-dix départements signataires. Il s'agit d'une des mesures prévues dans le plan contre le chômage de longue durée présenté le 9 février par le ministre du Travail.

Une plus grande complémentarité avec les collectivités

Pôle emploi va aussi continuer à travailler avec les régions pour mieux accompagner les transitions professionnelles, une de ses priorités pour 2015-2020, en renforçant son action en faveur de la formation des demandeurs d'emploi. Des conventions pluriannuelles sont signées avec les conseils régionaux pour définir notamment les conditions dans lesquelles Pôle emploi mobilise les outils de la politique de l'emploi et de la formation professionnelle de l'Etat et de la région, et participe au service public régional de la formation. En revanche, le directeur général de Pôle emploi s'est fermement opposé à la décentralisation de Pôle emploi, telle que proposée par l'amendement de Monique Iborra, députée socialiste de Haute-Garonne au projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (Notr). L'amendement, adopté le 2 février en commission des lois de l'Assemblée nationale, propose d'expérimenter durant trois ans le transfert aux régions du pilotage du service public de l'emploi hors Pôle emploi. "Notre ambition est de travailler dans un plus grande complémentarité avec les collectivités", a expliqué Jean Bassères, insistant sur le partenariat mené avec les conseils généraux ou les achats de formation menés en collaboration avec les conseils régionaux, comme l'impose la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, l'emploi et la démocratie sociale. "Evitons d'introduire des difficultés supplémentaires", a-t-il poursuivi. Le directeur général a reçu de la part du Premier ministre, dans un courrier du 5 février, l'assurance qu' "il n'y aura pas de régionalisation de Pôle emploi", ni "de transfert aux régions d'une autorité sur Pôle emploi". Le Premier ministre exclut aussi dans cette lettre toute expérimentation qui pourrait y conduire…
Dès cette année, et tout comme les régions, Pôle emploi va pouvoir utiliser et abonder le compte personnel de formation. D'après le plan de François Rebsamen, 220 millions d'euros sont destinés au dispositif pour les demandeurs d'emploi. "Cela va augmenter notre capacité de mobilisation des fonds, a détaillé Jean Bassères, nous allons continuer à prescrire des formations ; quand elles seront éligibles au CPF, nous aurons un financement du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP). Ce sera une force supplémentaire." En revanche, une question reste en suspens, a indiqué Jean Bassères : l'alimentation du compte en 2015 pour les demandeurs d'emploi qui n'ont pas de droit individuel à la formation (DIF). Les modalités techniques ne sont pas encore définies. Des discussions avec les partenaires sociaux doivent encore être menées sur le sujet.

S'appuyer sur les maisons de services au public
Pôle emploi compte aussi renforcer son partenariat avec les missions locales pour favoriser l'accès à l'emploi des jeunes et lever les freins. L'objectif est de construire avec elles une offre de services partenariale en direction des jeunes sur chaque territoire : un accompagnement socioprofessionnel pour les missions locales et un accompagnement personnalisé et un positionnement sur le champ professionnel pour Pôle emploi. "Il y a un vrai projet territorial commun pour savoir comment travailler ensemble", précise Jean Bassères. Pour les jeunes, l'opérateur a déjà mis à disposition 650 conseillers spécialisés, sur les 700 prévus en 2015.
Les autres priorités de Pôle emploi pour 2015-2020 consistent à commencer plus vite le parcours vers l'emploi, à doubler le nombre de personnes en accompagnement intensif (de 230.000 à 460.000), une des mesures du plan de François Rebsamen, et à monter en puissance sur le conseil en évolution professionnelle. Pôle emploi souhaite aussi devenir un interlocuteur de confiance des entreprises, avec 3.000 à 4.000 conseillers spécialisés, et aussi continuer à simplifier la vie des demandeurs d'emploi et des entreprises, et être au rendez-vous de la révolution digitale. Sur ce dernier point, l'opérateur compte s'appuyer sur le réseau des maisons de services au public qui doit être développé (1.000 maisons sont prévues d'ici 2017), notamment sur celles qui pourraient s'appuyer sur les agences postales, comme vient de le proposer dans un rapport le député du Lot, Jean Launay. Dans l'optique du "100% web" de Pôle emploi, soit la dématérialisation des services d'ici 2015, "elles peuvent être de bons points d'appui pour permettre aux demandeurs d'emploi qui n'ont pas accès à internet d'accéder à nos services", a expliqué Jean Bassères, qui a assuré qu'il n'y avait pas de politique nationale de restructuration des agences Pôle emploi. "Notre implantation territoriale permet à 95% des demandeurs d'emploi d'être à moins de 30 minutes de nos agences", a-t-il souligné.
Quatorze indicateurs permettront d'évaluer l'efficacité de l'action de Pôle emploi. Le nombre de retours à l'emploi et le taux de satisfaction des publics visés en font bien sûr partie, auxquels s'ajoutent le taux de premiers paiements dans les délais, le temps consacré au suivi et à l'accompagnement personnalisé des demandeurs d'emploi ou encore le taux d'accès à l'emploi durable six mois après la fin d'une formation prescrite par Pôle emploi.
D'ores et déjà la perception de Pôle emploi s'est améliorée. Le taux de satisfaction des entreprises est passé de 56% à 66% entre 2011 et aujourd'hui, et celui des chômeurs de 52% à 57% entre 2012 et 2014, d'après l'opérateur qui, sur le terrain, obtient de meilleurs résultats. Entre juin 2013 et juin 2014, 124.500 retours à l'emploi ont ainsi été observés en moyenne chaque mois, contre 107.190 initialement prévus. 3,6 millions de retours à l'emploi ont été enregistrés en 2014. Pôle emploi souhaite augmenter ce chiffre de 1,5% en 2015. "Nous avons les premiers fruits de notre transformation", a souligné Jean Bassères. Mais en parallèle, le nombre de chômeurs a augmenté de 189.100 en 2014, avec 3,5 millions de demandeurs d'emploi sans aucune activité.


 Emilie Zapalski



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