Pôle emploi ne répond pas: “C’est comme une gangrène”


“C’est comme une gangrène. Ma tête est envahie, au point que je pense plus à rien d’autre.” Depuis octobre, Sabine, 52 ans, se bat contre Pôle emploi qui, un jour, a divisé par deux ses indemnités, sans raison. Jusque-là, “tout se passait bien” pour cette ancienne esthéticienne. Elle avait décroché un contrat d’insertion dans l’éducation nationale. Rien de pérenne, mais de quoi remettre le pied à l’étrier après un licenciement pour inaptitude. “Oh, j’ai de la chance, je n’ai pas de gros handicap, assure Sabine, juste un canal carpien. J’ai exercé 17 ans. J’ai fait les frais d’une enseigne qui n’a pas vraiment fait d’efforts pour me reclasser.”

 Ce poste comme un tremplin

Vingt heures par semaines, donc, Sabine travaille dans un collège, avec des vacations en mairie, pour compléter. “J’anime un centre de documentation dans une bibliothèque. C’est en ZEP, il y a plein de choses à y faire. J’ai des projets là-dedans. J’ai pris ce poste comme un tremplin”, s’anime-t-elle. Elle bûche aussi un concours administratif. Côté salaire, rien de mirobolant non plus – 825 euros maximum -, mais qu’importe, Pôle emploi complète. Suivant les mois, l’allocation de retour à l’emploi, l’ARE, lui donne entre 490 et 530 euros.

Jusqu’à ce jour d’octobre où Sabine n’a plus touché que la moitié. Une erreur, sûrement, qu’elle signale à Pôle emploi par recommandé. Mais ce grand muet ne daigne pas répondre, ni rectifier. “Même sur place, où j’ai porté ma lettre en main propre, impossible d’avoir une explication. Pour mon chargé de mission, ce n’est pas de son ressort. On m’a aussi dit des choses bidon, qu’il manquait des fiches de paie alors que j’ai tout produit.” En janvier, Sabine a reçu un petit bonus. 60 euros. Pourquoi? Mystère, toujours.

L’inertie, en face, est épuisante

Cette galère tombe plutôt mal pour Sabine, logée à l’hôtel depuis son expulsion en août. Son loyer: 500 euros. “Je finis le mois au centime près. Le midi, je mange à la cantine, mais le soir, il faut faire attention.” Constituer un dossier de droit au logement opposable (Dalo) lui prend déjà un temps fou. Avec ses nouveaux déboires, sa vie est envahie. “Je passe mon temps dans les courriers. Je n’ai plus le temps de voir des amis, de sortir m’aérer un peu. Ces démarches prennent l’énergie que j’aimerais consacrer à des choses plus gratifiantes, qui préparent l’avenir.” Son travail s’en ressent. “Je ne peux pas m’investir autant que je le voudrais avec ces préoccupations pécuniaires qui plombent mon quotidien. Alors que mes collègues n’y sont pour rien.”

Sabine juge qu’elle a de la chance dans sa mésaventure. “Au moins je suis capable d’exprimer clairement ma situation, de faire des lettres, ce n’est pas le cas de tout le monde. Ça ne m’a pas empêchée de passer par des phases de grand découragement.” Et de colère, mais celle-là n’est pas retombée. “Je fais tout pour m’en sortir, je respecte la convention qui m’oblige à déclarer mes revenus. L’inertie, en face, est épuisante.”

[Nous avions publié en septembre un article sur les chômeurs de plus en plus nombreux à assigner Pôle emploi en justice pour protester contre les erreurs d’indemnisation, le manque de suivi, le refus de formation… Un petit groupe de militants et d’avocats s’est même constitué pour les y aider.]


Alexia Eychenne



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir