Malgré sa réorganisation, Pôle emploi manque encore d’efficacité, selon les inspections générales

Un rapport de l’IGF et de l’Igas souligne que le niveau du chômage de longue durée est « particulièrement préoccupant ».

Des efforts réels et louables, certes, mais de gros manquements et des résultats encore insuffisants : le rapport que viennent de publier l’Igas et l’IGF sur le bilan d’étape de la réorganisation opérée par Pôle emploi de 2012 à 2014 n’est pas tendre. Alors que l’opérateur vient de définir avec l’Etat et l’Unédic sa nouvelle feuille de route 2015-2018 , les Inspections générales des affaires sociales et des finances soulignent que les objectifs qui avaient été assignés « ne sont pas atteints pour plus de la moitié d’entre eux ». C’est un nouveau signe que l’exécutif – sous Nicolas Sarkozy quand la feuille de route avait été fixée, puis sous François Hollande quand elle a été déployée – avait sous-estimé la difficulté à faire refluer le chômage.

De fait, « même si les tendances affichées sont parfois positives, aucune des cibles assignées en matière d’accompagnement des demandeurs d’emploi et de retour à l’emploi n’est atteinte », et ce en dépit d’une révision à la baisse des objectifs en cours de route au vu de la conjoncture. Ainsi, si la réorganisation lancée en 2013 autour d’un accompagnement différencié des chômeurs afin de concentrer les efforts sur les plus éloignés de l’emploi est unanimement saluée, elle n’aura pas permis, à ce stade, de contenir le chômage de longue durée, pour lequel les résultats sont « particulièrement préoccupants. ». En dépit de « l’investissement important de l’opérateur » pour la déployer, « la nouvelle offre de services ne semble pas être arrivée à maturité », pointe la mission Igas-IGF.

Tout l’enjeu de la nouvelle convention 2015-2018, signée la semaine dernière et qui entend approfondir la voie tracée depuis trois ans, sera de franchir ce cap. L’opérateur promet notamment de doubler d’ici à fin 2017 le nombre de bénéficiaires d’un accompagnement intensif. Sans moyens supplémentaires, l’exercice sera difficile mais Pôle emploi mise sur une meilleure rationalisation de ses efforts, notamment via un recours accru aux nouvelles technologies (« Les Echos » du 22 décembre). Autre manquement pointé par le rapport : « Un début de déploiement compliqué » et inachevé de la nouvelle offre de services aux entreprises.

Un dispositif pour les plus désocialisés expérimenté

Après les reproches viennent toutefois les encouragements. Premier bon point, socialement crucial : malgré l’afflux continu et massif de nouveaux chômeurs (+ 21,5 % entre décembre 2011 et octobre 2014), « Pôle emploi a continué d’accueillir et d’indemniser les demandeurs d’emploi dans des conditions satisfaisantes », note le rapport. Les 4.000 agents supplémentaires pourvus par l’Etat sur cette période ont même permis à Pôle emploi d’afficher des « progrès » en matière d’accueil et d’indemnisation. Financièrement, les « efforts internes de maîtrise des dépenses » ont permis de rééquilibrer les comptes mais, préviennent les deux inspections générales, « le maintien à l’équilibre » nécessitera « des efforts de rigueur accrus », notamment sur les « dépenses de personnel ».
Les deux inspections générales se montrent enfin « favorablement impressionnées » par l’expérimentation en place depuis une grosse année d’une quatrième modalité de suivi, destinée aux demandeurs d’emploi les plus désocialisés, en partenariat avec les conseils généraux. C’est l’un des nouvelles armes sur lesquelles mise Jean Bassères, le directeur général de Pôle emploi, qui vient d’être reconduit pour un deuxième mandat de trois ans, pour faire reculer le chômage de longue durée. Mais, au 1er juillet, ce dispositif, qui doit être progressivement étendu à tout le pays, ne concernait encore que 904 personnes dans sept départements tests.

Derek Perrotte

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>> Pôle emploi dévoile sa nouvelle feuille de route | Les Echos - Derek Perrotte | 21 décembre 2014



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