Le chômage, tache indélébile sur le costume présidentiel de Hollande

Le gouvernement l'admet désormais sans détour, il est "en échec" face au chômage. Alors que s'ouvre la seconde moitié du quinquennat, ce revers, tant économique que politique pour François Hollande, sera difficile à effacer d'ici à 2017, selon des experts.

Depuis l'élection de François Hollande, Pôle emploi a vu affluer plus d'un demi-million de chômeurs supplémentaires. Vingt-sept hausses en trente mois, pour un énième record de 3,43 millions d'inscrits sans activité en métropole fin septembre.

Quant au taux de chômage de l'Insee, il s'est légèrement replié à 9,7% fin 2013, mais l'Institut anticipe une nouvelle dégradation en fin d'année.

"Soyons honnête, nous sommes en échec", a admis récemment François Rebsamen, ministre du Travail.

Un constat partagé par la quasi-totalité des Français. Selon un sondage Odoxa publié lundi, 97% d'entre eux estiment que le président a "plutôt échoué" en matière d'emploi.

A ce jour, la "boîte à outils" du gouvernement s'est avérée insuffisante.

Dès son élection, François Hollande a misé sur l'emploi subventionné: contrats aidés, emplois d'avenir, contrats de génération, etc. Il a aussi rapidement enclenché une politique de réduction du coût du travail, d'abord avec le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), amplifié ensuite par le pacte de responsabilité.

Au départ, le gouvernement espérait jusqu'à 500.000 créations d'emploi de ces 40 milliards d'euros octroyés aux entreprises d'ici à 2017. Il est aujourd'hui plus prudent. François Hollande a reconnu lui-même que le pacte "n'aurait d'effet qu'à moyen terme", n'excluant pas que le "mandat suivant en bénéficie".

'Mauvais diagnostic'

Selon Gilbert Cette, professeur d'économie à l'université d'Aix Marseille, "le CICE était nécessaire, car la situation financière des entreprises en France est dégradée". "Mais il ne prendra sens que s'il s'accompagne de grandes réformes structurelles, notamment en ce qui concerne le code du travail", prévient-il.

"En réalité, les gouvernements ont à peine plus d'influence sur le chômage que sur le beau temps", estime pour sa part Alexandre Delaigue, son confrère de l'université de Lille, pour qui "seule la Banque centrale européenne a un réel impact sur l'emploi en Europe".

De son côté, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est moins sévère. Selon l'organisme, les politiques gouvernementales ont quand même permis de freiner la hausse du chômage qui, sans elles, frôlerait les 11% fin 2015.

Pour Bruno Ducoudré, économiste à l'OFCE, le péché originel du mandat, ce fut le "mauvais diagnostic sur la croissance". Le programme de M. Hollande se fondait sur des hypothèses de croissance de 1,7% en 2013 et de 2% en 2014. Au lieu de ça, l'économie française stagne: +0,3% en 2013, +0,4% prévus en 2014. Une activité trop anémiée pour relancer l'emploi.

Pour beaucoup d'économistes, le chômage ne peut pas passer significativement en-dessous de 1,5% de croissance. Par conséquent, aucun organisme français ou international ne prévoit de reflux du chômage avant, au mieux, fin 2015. M. Rebsamen, lui, "espère un retournement à la mi-2015".

'Difficile d'imaginer une réélection'

Pour le politologue Stéphane Rozès, "l'échec de François Hollande n'est pas économique, mais politique". Il lui reproche une vision "court termiste", pour s'être focalisé sur "l'inversion de la courbe" du chômage à fin 2013.

Le chef de l'Etat a longtemps martelé cette promesse, subissant un violent retour de bâton quand elle fut enterrée.

"C'était une erreur", juge Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po: "La réalité l'a démenti de façon cinglante. Cela a profondément abîmé sa crédibilité présidentielle."

Le politologue attribue cette "erreur d'analyse" à un "problème d'entourage", mais surtout au "tempérament du président, cet +optimisme hollandais+ qui l'empêche de voir le réel".

Face au chômage persistant, l'exécutif fait désormais profil bas et anticipe, chaque mois, les mauvais chiffres en prévenant que le chômage ne baissera pas sans croissance. Le président, lui, est devenu mutique sur ce sujet très sensible pour son propre avenir.

Au printemps, François Hollande avait estimé qu'il n'aurait pas la crédibilité pour briguer un second mandat si le chômage ne baissait pas.

Si "tout est toujours possible", selon Pascal Perrineau, "en l'état, avec un tel bilan sur l'emploi, ça paraît très difficile d'imaginer une réélection de François Hollande".

L'ENTREPRISE avec AFP



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir