Réforme de l'assurance-chômage: comment "bébé Macron" s'est fait croquer par Marine Le Pen

LE PLUS. Une maladresse ? Ce dimanche matin, dans une interview au "Journal du dimanche", Emmanuel Macron a laissé entendre que le gouvernement pourrait réviser autoritairement le régime de l'assurance-chômage. Une position contraire à celle de François Hollande. Est-ce une provocation ? Que cherche le ministre de l'Économie ? L'analyse de notre chroniqueur politique Olivier Picard.

Édité par Mathilde Fenestraz Auteur parrainé par Aude Baron

À ce niveau d’infantilisme politique, c’est soit de la naïveté, soit de la dureté masochiste.

Emmanuel Macron est bien trop intelligent pour qu’on puisse le soupçonner d’être naïf. Il ne reste donc que la deuxième option de l’alternative - appelons-la pudiquement "insensibilité technocratique"- pour expliquer l’arrogance de premier de la classe avec laquelle le ministre de l’Économie a agité, dans les colonnes du Journal du Dimanche, l’idée d’une révision autoritaire de l’assurance-chômage.

Trop facile mon garçon !

Le trop-plein d’intelligence finit souvent par aveugler son détenteur au point qu’il se jette dans le mur du bon sens. Et y fracasse à la fois son image et ses illusions. C’est de ce syndrome redoutable dont semble être atteint l’ancien numéro 2 de l’Élysée.

Au cœur d’une interview volontariste dont les certitudes optimistes détonnent dans le ciel plombé du pays, le "bébé" surdoué du gouvernement veut renverser la table pour abattre les "tabous" qui trôneraient dessus. Au diable les "postures" des aînés, nous dit le petit en tirant la langue.

Cette vantardise juvénile pourrait être excusable, sinon prometteuse, si elle n’était l’expression du maître d’œuvre de la politique économique de François Hollande, dont il a été le principal conseiller à la présidence de la République depuis 2012. Le gamin à la voix fluette ne manque pas de culot pour désigner à la vindicte, sans le dire mais sans précaution, le statut des chômeurs, comme si ce dispositif issu du dialogue social était un responsable majeur de la situation financière désastreuse du pays.

Trop facile mon garçon ! Indécent, mon bonhomme, de vouloir serrer la ceinture de ceux à qui on avait promis l’inversion de la courbe du chômage, quand on a soi-même un salaire de ministre après avoir eu celui d’un haut-fonctionnaire de l’État et d’un petit génie de la banque.

C’est caricatural ? Peut-être. Mais Emmanuel Macron est en tout cas très mal placé pour faire la leçon.

Des fraudes, il y en a, c’est clair. Des abus il y en a, c’est évident, mais même s’ils ne sont pas tout à fait marginaux, ils sont loin d’être représentatifs d’un système qui, il faut le rappeler, n’est pas une œuvre de charité mais une assurance à laquelle les salariés cotisent. Le directeur de Pôle Emploi rappelle lui-même et très opportunément qu’avant de traquer le "mauvais" chômeur, il faudrait commencer par améliorer l’offre d’emploi.

Macron se croit protégé par les sondages

Défiant l’autorité, et la sensibilité politique du président de la République qui l’a nommé, et quand bien même il jure deux phrases plus tôt ne pas vouloir faire usage de la "brutalité" Macron fait bien pire qu’un Brice Hortefeux - c’est dire - quand il était en charge du ministère du Travail.

Le bras gauche de Nicolas Sarkozy n’avait pas osé faire ce que le bras droit de Hollande menace : forcer la main des partenaires sociaux s’ils ne sont pas assez costauds pour… débloquer les blocages?

Sans doute, le morveux de Bercy, champion des chiffres mais manifestement pas des lettres, se croit-il protégé par les sondages qui mettent en évidence l’existence d’une majorité de Français (73%) favorable à une lutte contre les fraudes. Voilà bien un réflexe technocratique… Mais Macron oublie du même coup que le chômage, désormais, touche pratiquement toutes les familles françaises.

Dans chaque foyer ou presque, on peut mesurer, concrètement, à échelle humaine, et à travers les difficultés d’un proche, l’épreuve que représente quotidiennement la recherche d’un emploi. On peut comprendre à quel point, dans l’immense majorité des cas, on ne se bat pas pour profiter de l’assurance chômage mais pour en sortir le plus rapidement possible.

Du pain-bénit pour Marine Le Pen

Marine Le Pen, elle, l’a parfaitement compris.

Et avec toute l’agilité démagogique dont elle est capable, elle a récupéré l’incroyable cadeau qu’a fait le ministre de l’Économie à son discours populiste. Un caviar ! Dès 10h20, dans "Le Grand rendez-vous" d'Europe 1, quelques heures après l’apparition en kiosque de la une du JDD avec Macron en une, ce fut du gâteau pour elle de mettre en cause la froideur de ce ministre ami du monde de la banque (dont il est issu) qui s’affirme prêt à faire rendre gorge au peuple écrasé par le chômage pour colmater les dettes de sa politique économique.


Marine Le Pen : "Macron défend l’intérêt des...par Europe1fr 

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a bien essayé de moucher immédiatement le ramenard de Bercy, mais c’était trop tard.

La présidente du FN tenait une nouvelle occasion en or pour aller braconner sur les terres de la gauche, prise en flagrant délit de trahison sociale. Bien évidemment, elle ne l’a pas laissé passer. Et on peut compter sur elle pour s’en resservir…

Tête-à-claques - un modèle - Macron s’est fait doublement gifler en direct sur sa joue droite et sur sa joue gauche. Un triomphe pour ce diplômé qui ne montre pas un grand talent de prévisionniste.

Comment n’a-t-il pas eu conscience que sa petite phrase, qu’il a relue avant la parution de l’article, fournirait inévitablement des armes à tous ses adversaires en même temps qu’elle annihilerait les siennes?

Comment croire qu’avec ce zéro en communication, il pourra relever la moyenne catastrophique de notre économie. Une matière qui requiert au moins autant de psychologie et de sens politique que de calcul ? Comment expliquer que l’Élysée l’ait approuvée après l’avoir relue et même retweetée (par le biais du chargé de com’ Gaspard Gantzer) ?



Comment accepter que François Hollande ait pu impliquer son ministre dans un double jeu aussi misérable pour tester et dit-on préparer l’opinion à l’inévitable ? Comment croire qu’avec ce double zéro en communication et en psychologie politique, Macron pourra relever la moyenne catastrophique de notre économie. Une matière qui requiert au moins autant de sensibilité politique que de calcul ?


Par Olivier Picard - Chroniqueur politique



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