Lever les freins à l'embauche pour réduire le chômage

POINTS DE VUE de Patrick Bernasconi

Cinq millions d'inscrits à Pôle emploi, le nombre de chômeurs le plus élevé que nous ayons jamais connu en France : les chiffres annoncés la semaine dernière sont consternants. Au-delà de l'impact évident d'une conjoncture européenne très dégradée, ils illustrent l'incapacité de notre pays à agir vigoureusement contre le chômage de masse.

François Hollande a proposé une « boîte à outils » dont les principales mesures - contrats de génération, contrats d'avenir - sont typiques de la tradition française de micromesures ciblées et de traitement social du chômage. Elles ne sont absolument pas à la hauteur du défi.

De toute évidence, ce sont les entreprises et elles seules qui pourraient, demain, nous remettre sur le chemin de la création d'emplois - à condition qu'on les laisse faire ! Pour cela, trois conditions.

Premièrement, la baisse des charges est un impératif, à double titre. Bien sûr, elle facilitera l'embauche en rendant le travail moins coûteux. Encore plus fondamentalement, en permettant aux entreprises de reconstituer leurs marges (les plus faibles d'Europe !), elle les remettra sur la voie de l'investissement, de l'innovation.

J'ai proposé de se fixer comme objectif de résorber en quelques années l'écart de cotisations avec l'Allemagne : 13 points au niveau du salaire moyen.

Deuxièmement, l'assouplissement du Code du travail est indispensable pour lutter contre la peur de l'embauche. La judiciarisation des procédures, la complexité des obligations réglementaires sont insupportables, en particulier pour nos PME.

L'accord sur la compétitivité et l'emploi que j'ai négocié au nom du Medef est une première étape, qui sécurise les procédures et les restructurations, renforce la mobilité des salariés et simplifie le chômage partiel. Mais il faut aller plus loin, par exemple sur les accords compétitivité emploi, qui permettent d'ajuster salaires, temps de travail et effectifs dans le cadre d'un accord. Ils ne sont possibles aujourd'hui qu'en cas de difficultés rencontrées par l'entreprise (accords défensifs), je propose de permettre des accords offensifs pour gagner un nouveau marché, par exemple.

Troisièmement, et malgré le chômage de masse, il existe de nombreux métiers pour lesquels les entreprises peinent à recruter : hôtellerie-restauration, conducteurs de véhicules, vendeurs, cadres techniques et commerciaux… Il faut revoir entièrement notre système de formation pour mettre fin à la prééminence de la voie générale et développer prioritairement les formations professionnelles et l'alternance.

A la Fédération nationale des travaux publics, nous avons doublé le nombre d'apprentis en trois ans. Les entreprises de notre pays sont prêtes à se mobiliser si, demain, on confie aux partenaires sociaux l'organisation des filières de formation branche par branche, comme en Allemagne.

Contre le chômage, tout a été essayé - sauf les réformes radicales dont tous les exemples étrangers montrent qu'elles sont les seules à pouvoir donner des résultats. Il est temps d'avoir le courage de les engager.

Patrick Bernasconi

* Patrick Bernasconi est président de la Fédération nationale des travaux publics et candidat à la présidence du Medef.


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