"L'emploi, j'y crois !" : le livre témoignage d'une ex-chômeuse

Aujourd'hui conseillère à Pôle emploi, elle accompagne les exclus du marché du travail. Et défend des méthodes innovantes, humanistes, dévoilées dans un livre-manifeste.

Vous êtes arrivée à Pôle emploi après une période de chômage...
J'étais moi-même conseillère en insertion professionnelle et en recherche d'emploi. J'ai été là au bon moment, début 2013. On nous appelle, en interne, les héros en référence aux postes débloqués par Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, pour faire face à l'afflux des chômeurs aux guichets.

Vous plaidez pour une méthode d'accompagnement bâtie autour de l'empathie ?
La confiance est la base de la relation humaine. C'est bien d'avoir une relation forte avec le demandeur d'emploi. C'est ce que j'appelle la méthode silencieuse. On ne peut pas travailler en tant que conseiller si on n'a pas une fibre sociale. Je suis privilégiée. Je fais de l'accompagnement personnalisé avec un portefeuille de soixante-dix demandeurs d'emploi seulement. Certains de mes collègues en ont deux cents.

Tout repose sur l'estime de soi ?

Exactement. Je travaille beaucoup sur le savoir être, la valorisation de la personne. Il s'agit de la redynamiser en permanence et, surtout, de lui redonner confiance en elle. Le but, c'est de former un duo, une alliance de travail.

Votre premier conseil ?
Il faut repartir de zéro, du CV, de la lettre de motivation, c'est la priorité ! Cette lettre ne doit pas être standardisée. Mieux vaut cibler ses candidatures. Au lieu d'en faire cent, en faire dix parfaitement préparées où l'on parle de soi mais aussi de l'entreprise après s'être bien renseigné sur elle.

En restant positif...
C'est fondamental. Si le demandeur ne croit pas en ses compétences, le recruteur non plus ne croira pas en lui. J'ai le souvenir d'une secrétaire au chômage depuis trois ans, à qui un conseiller avait dit qu'elle était trop vieille pour trouver un emploi. Au début, elle était très négative. Je lui ai beaucoup parlé, je lui ai dit qu'elle était la même personne que quand elle travaillait, et quand je lui ai serré la main à la fin de l'entretien, elle m'a souri pour la première fois. J'ai vu dans son regard qu'elle avait repris espoir. Deux mois plus tard, elle retrouvait un travail.

La communication passe essentiellement par le non-verbal ?
L'image qu'on renvoie de soi est essentielle même si l'habit ne fait pas le moine. Il faut que le recruteur vous imagine dans le poste. C'est pourquoi, il est absolument nécessaire d'être présentable pour les entretiens. Cela coule de source mais une tenue propre, adaptée, irréprochable et c'est déjà un début de victoire.

Comme travailler son réseau de proximité ?
Il est important de parler de sa situation à tout le monde, à sa famille, ses amis, ses voisins mais aussi aux associations, aux commerçants de sa rue, de son quartier. On n'est jamais à plus de trois contacts de son futur employeur.

Comment y parvenir sans céder au découragement ?
Il ne faut surtout pas rester isolé. Sinon, il ne va rien se passer. Aller au contact des autres, c'est enrichissant, ils ont beaucoup à vous apporter.

Comme votre entourage proche ?
C'est le soutien indispensable. Il ne doit pas changer son regard sur vous. Être au chômage, ce n'est pas une honte. Travailler au même endroit toute sa vie, ce sera exceptionnel à l'avenir. Il faut donc dédramatiser le chômage et le prendre comme un passage pour rebondir, pour réfléchir sur son avenir, pour se bonifier.

Grâce à des outils spécifiques ?
Dans mon agence, à Pôle emploi, nous avons mis en place une formule articulée autour d'un atelier « Réseau » et d'un atelier « 5 minutes pour convaincre », avec un entretien individuel entre les deux. À la fin de cette formation, le demandeur d'emploi est capable de se présenter en trente secondes de manière efficace pour susciter l'intérêt de son interlocuteur. Le directeur d'agence nous a laissés faire et, quand il a vu que ça fonctionnait, il a insisté pour qu'on transmette notre savoir-faire aux autres conseillers. Le dispositif, destiné aux chômeurs en difficulté, enregistre un taux de retour à l'emploi de 70 % au bout de trois mois.

Pour lutter contre le chômage, il faut inventer sans cesse des solutions, petites ou grandes.

Faire preuve de bons sens aussi. Parfois, il suffit d'un rien pour remettre quelqu'un dans l'emploi.

Finalement, c'est aussi l'affaire de chaque citoyen ?
Il nous faut être des consomm'acteurs dans la vie de tous les jours. Tenez, par exemple, nos actes d'achat ont des incidences sur l'emploi. Il ne s'agit pas de boycotter la vente en ligne et de tourner le dos au progrès mais de diversifier ses sources d'approvisionnement auprès des commerces de proximité, sur les marchés. La lutte contre le chômage est entre les mains de chacun.

Pour en sortir, croyez-vous aux candidatures spontanées ?
Ce marché dit caché représente 80 % des offres. C'est pourquoi j'insiste toujours sur l'importance du réseau pour avoir vent d'une offre qui n'existe pas sur la toile.

Quant à l'inversion de la courbe du chômage ?
Elle s'inversera avec le retour de la croissance et si Pôle emploi, les missions locales, les entreprises collaborent en bonne intelligence. On en est loin alors que le chômage est une cause nationale.

Qui engendre désespérance et violence...
J'ai des collègues qui y sont confrontés à Pôle emploi. Nous sommes formés aux techniques de gestion de conflit mais c'est difficile quand on a en face de soi des personnes dans l'épreuve et en grande précarité. Je pense aux chômeurs de longue durée, aux personnes qui cumulent les handicaps.

Aux jeunes et aux seniors ?
Bien sûr. C'est pourquoi le contrat de génération est en soit une bonne idée. Même si le principe de favoriser l'embauche d'un jeune avec le maintien d'un senior dans l'emploi grâce à une aide financière de l'État, je l'aurais bien utilisé dans l'autre sens, à savoir l'embauche d'un senior avec le maintien dans l'emploi d'un jeune.

Sur fond d'une absolue nécessité de formation ?
À tout âge, c'est la voie qui permet de rebondir dans sa vie professionnelle. Mais on pourrait remédier en partie au chômage des jeunes en menant des actions plus fortes dans les collèges. Ce serait bien que des conseillers des missions locales y aillent pour sensibiliser très tôt les jeunes à certains métiers avec des professionnels. Je crois fort à l'apprentissage, à l'alternance. Le bac généraliste n'a aucune valeur sur le marché du travail. Il faut une employabilité à la sortie des études. Quelles qu'elles soient.


Bio

Après un parcours atypique, traversé de périodes de chômage, Laurence Boulieu, 49 ans, mariée et mère de deux enfants, a été embauchée en mai 2013 à Pôle emploi dans le cadre du dispositif Ayrault, parmi un bataillon de 2 000 conseillers recrutés d'urgence pour faire face à l'afflux de demandeurs d'emplois aux guichets.

 Grâce à sa vision empathique des relations humaines et à son expérience vécue des deux côtés du bureau du conseiller à l'emploi, elle tente d'apporter son aide précieuse aux personnes en difficulté. Avec une idée-force : leur redonner confiance. Elle propose aussi dans son livre une liste de plus de 700 sites utiles pour trouver sa voie, déposer des candidatures ou créer son entreprise.

2014. Parution de L'emploi, j'y crois !, Michalon, 189 pages, 15 €.


Recueilli par Pierre CAVRET.



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