"Salariés seniors, ne cédez pas au découragement"

Passé 50 ans, le senior à la recherche d'un travail doit lutter contre la croyance trop répandue qu'il lui est impossible d'en trouver. Trois conseils du coach Philippe Laurent pour rester serein et tirer profit de son âge.

Quand la situation des entreprises n'est pas favorable, les temps sont plus durs pour les seniors: qualifiés comme tels de plus en plus tôt, ils coûtent trop cher en comparaison des juniors disponibles. Entre leur sentiment d'être trop vieux et celui d'être en trop, il n'y a pas grand chose: juste l'épaisseur d'une idée.

Passé 50 ans, le senior qui cherche un travail doit lutter contre la croyance trop répandue qu'il est impossible d'en trouver, tandis que celui qui se sent en danger fait tout pour garder son poste. Les "accords seniors" des entreprises devraient suffire à les rassurer, s'ils n'étaient pas aussi la preuve que les seniors sont une ressource à risque, une espèce d'employé en voie de disparition qu'il faut protéger des prédateurs en tout genre.

Si je suis senior, que dois-je faire pour gagner en sérénité? Quelle attitude puis-je adopter envers les juniors qui montent? Comment puis-je me préparer à affronter en confiance la rudesse du marché?

1 - Chasser les idées qui découragent

"Un chercheur d'emploi n'a jamais le bon âge"

La première manière de rester serein est de chasser les idées qui découragent, en pensant très fort que celui qui se croit trop vieux le devient plus vite. Face au marché du travail, il est bon de se rappeler qu'un chercheur d'emploi n'a jamais le bon âge: soit il est trop jeune et manque d'expérience, soit il est trop âgé et coûte trop cher. Trouver un travail est un défi pour tout le monde: quel que soit notre âge, il convient toujours de s'y préparer en adoptant la posture de l'offreur de service plutôt que celle du demandeur d'emploi.

Autre regard à changer: celui que j'ai sur les juniors. Certes, un monde sépare nos deux générations, expliquant en partie les incompréhensions mutuelles, les difficultés de coopération, les écarts culturels au niveau du langage et des réflexes. Mais quelle complémentarité incroyable se cache dans cet entre-deux où les qualités des uns compensent les faiblesses des autres!

2 - Transmettre et valoriser

"Faire revenir à la conscience tous ses réflexes"

Le "savoir-faire" de l'ancien est un plus considérable pour le "savoir frais" du novice avide d'apprendre. Si le senior peut transmettre son expérience au junior, les deux parties s'en trouvent valorisées et l'entreprise peut pérenniser son expertise. Pour effectuer cette transmission, l'ancien doit capitaliser son savoir, c'est-à-dire faire revenir à la conscience tous ses reflexes, habitudes et modes opératoires devenus des évidences implicites.

La plus grande agilité du junior dans la maitrise des nouvelles technologies est un fait incontestable que le senior doit reconnaître s'il veut la mettre au service de ses méthodes plus traditionnelles d'analyse, de synthèse et de communication. La "révolution culturelle" provoquée par ces technologies est sans doute déroutante, mais elle est un fait à reconnaitre, non de manière résignée mais positive.

3- Recadrer sans éteindre

"L'esprit fonceur du junior zélé enrichit le projet de son énergie"

La sagesse de celui qui est "déjà passé par là" facilite grandement la prise de recul du junior face aux évènements positifs ou négatifs qui jalonnent tout projet. Elle calme les ardeurs du jeune guerrier qui veut réussir à tout prix et peine à accepter l'adversité des aléas. L'esprit fonceur du junior zélé enrichit le projet de son énergie et de son dynamisme, quand la prudence du senior doit lui rappeler la vision globale à long terme sans casser le rêve et les idées audacieuses.

Ce qui maintient jeune le senior? Faire confiance au junior et à ses idées, en les questionnant de manière simple et sans se prendre au sérieux. Eviter le "on n'a jamais fait comme ça donc ce n'est pas possible". Ne pas attendre d'être "libéré" de son travail pour faire ce qui lui plait: la vie est trop imprévisible pour lui garantir qu'il pourra le faire un jour. S'intéresser à ce qui est nouveau, admirer. Ne pas voir le junior comme un rival mais comme un égal. Le senior n'a pas le choix de son âge, mais il garde toujours celui d'en faire un plus pour lui et pour les autres. Ce qui peut faire murir le junior? Impliquer le senior, lui demander son avis, respecter son ancienneté et reconnaître son expertise.

En développant l'empathie, juniors et seniors doivent pouvoir s'entendre à condition de se dire les choses pour prendre conscience des écarts de représentations, d'où émanent les écarts de comportements. Accepter humblement de se remettre en question empêche que la différence ne devienne frontière. Elle fait de l'écart non plus un gouffre générationnel, mais un terrain d'entente et de découverte mutuelle.

PhilippeLaurent




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