Croissance: l’emploi plombé en France pour 2014

L’absence de dynamisme économique au premier semestre va pénaliser la lutte contre le chômage sur l’ensemble de l’année. L’emploi risque de ne pas encore repartir en 2014.

Si la croissance n’est pas au rendez-vous, comment espérer résorber le chômage? C’est mission impossible. Les économistes considèrent généralement que, compte tenu des gains de productivité, une économie peut recréer de l’emploi à partir de 1,5% de croissance.

Compte tenu des évolutions technologiques et de l’importance prise par les services, certains considèrent que la croissance moderne est « plus riche en emplois » et que le solde net des créations et des départs est positif à partir de 1% de croissance.

Encore faut-il que ce palier soit atteint, ce qui n’est pas le cas en France sur le premier semestre de l’année, comme l’a révélé l’Insee. Avec une croissance nulle au cours des deux premiers trimestres 2014, l’économie française ne parvient pas à entamer son redressement. Mauvais pour l’emploi.

2014 comme 2013

Déjà, en 2013, la progression du produit intérieur brut avait été anémique avec seulement 0,4%. Mais compte tenu des mauvais résultats de ce premier semestre, les prévisions de croissance de 0,9% sur lesquelles les prévisions de budget avaient été bâties par l’ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault – des prévisions qui avaient été confirmées par celles de l’OCDE – sont d’ores et déjà inaccessibles. Même le consensus des économistes de mai dernier, confirmant des prévisions de 0,8% de croissance en 2014, apparaissent aujourd’hui trop optimistes.

Avec les conséquences induites sur l’emploi : à la fin 2014, on ne peut plus espérer que le gouvernement de Manuel Valls aura marqué des points dans la lutte contre le chômage par rapport au début de l’année.

Sans croissance, 15% de demandeurs d’emploi en plus en deux ans

Pourtant, c’est la priorité des priorités. François Hollande est conscient qu’il sera jugé avant tout sur les résultats de sa politique pour l’emploi. Il l’a répété, demandant qu’un bilan soit seulement tiré à la fin de son quinquennat. Le problème est que, à mi-mandat fin 2014, ce bilan risque bien de n’avoir cessé de se dégrader.

En juin 2012 à son arrivée à l’Elysée, la France – outre-mer compris – comptait 3,188 millions d’inscrits à Pôle emploi sans aucun travail (catégorie A) et 4,610 millions si l’on ajoute les inscrits ayant une activité réduite (catégories B et C). La droite laissait un héritage particulièrement lourd. Mais deux ans plus tard, fin juin 2014, le nombre d’inscrits a augmenté de 14,9% en catégorie A (3,662 millions de demandeurs) et de 14,4% si on ajoute les catégories B et C (5,343 millions pour les trois catégories).

Impossible d’évoquer encore l’héritage. Sur le seul dernier semestre par rapport aux statistiques de la fin de l’année 2013, la progression du nombre des demandeurs d’emploi est de 2,8%, alors que le chef de l’Etat avait espéré que la courbe du chômage aurait été inversée.

Face à cette dégradation de la situation de l’emploi sur la première moitié de l’année et à une stagnation de l’activité, on ne peut espérer de rattrapage sur la deuxième moitié. Le chômage en France terminera 2014 encore en progression, marquant d’une pierre noire toute la première partie du quinquennat de François Hollande.

D’autant que, comme le rappelle l’Unedic, il existe toujours «un délai d’ajustement de l’emploi à la reprise d’activité», c'est-à-dire qu’il faut un certain temps pour qu’une reprise de l’activité se traduise en créations d’emploi. Plus elle se fait attendre, plus long sera le retour de l’emploi. Telle est la situation de l’économie française. De sorte que sur l’année, l’Unedic prévoit un nombre de chômeurs en progression. Le scénario semble déjà écrit.

Des mesures qui tardent à produire leurs effets

Il serait pourtant injuste de ne pas reconnaître que des réformes importantes ont été prises, comme l’accord sur l’emploi conclu en janvier 2013 qui introduit de la souplesse et des marges de négociations dans le monde du travail. De nouvelles méthodes pour faire renaître une ambition industrielle ont été échafaudées, qui complètent l’impulsion voulue par le chef de l’Etat lorsqu’il a présenté les «34 plans de reconquête» concoctés avec le Conseil nationale de l’industrie.

Le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) mis en place par Jean-Marc Ayrault est un élément du pacte de responsabilité et de solidarité détaillé par Manuel Valls en avril dernier, qui – même partiellement censuré par la Conseil constitutionnel - doit relancer l’investissement des entreprises et la consommation. Ce pacte est la marque du virage social libéral de François Hollande en janvier dernier, rompant avec les mesures du début du quinquennat pour libérer les investissements des entreprises et générer de l’emploi. Il faut également compter avec la transition énergétique portée par Ségolène Royal, et qui doit créer des emplois (100.000 d’ici à la fin du quinquennat, a promis la ministre du Développement durable).

Mais toutes ces mesures prennent du temps à se mettre en place et à porter leurs fruits. Et c’est un vrai problème pour l’économie française d’être confrontée à une telle inertie de ses structures lorsqu’il s’agit d’impulser une relance.

En outre, si la croissance allemande marque elle-même le pas comme au deuxième trimestre 2014, c’est la locomotive de l’Europe qui ralentit. Un fort mauvais signal alors que Paris comptait bien sur la reprise européenne pour tirer celle de la France. Mais il y a un «problème européen», commente maintenant le gouvernement comme pour se dédouaner. Une remarque toutefois: en Allemagne, le taux de chômage n’est que la moitié de celui atteint en France.

Gilles Bridier


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