Chômage : pourquoi la réalité est pire que les chiffres

FIGAROVOX/TRIBUNE - Eric Verhaeghe s'inquiète de la progression du chômage en France. Pour lui, les chiffres officiels fournis par le gouvernement, bien que médiocres, cachent une réalité encore plus dramatique.

Les épouvantables résultats du chômage en juin ne sont évidemment une surprise pour aucun de ceux qui vivent au contact des entreprises privées. Partout, l'absence de perspective d'avenir, jointe au sentiment d'un enfumage gouvernemental permanent, sape quotidiennement le moindre embryon de confiance qui pourrait naître. Partout, l'impression que le pouvoir ignore la réalité, vit à côté d'elle sans la comprendre transforme les chefs d'entreprise en enfants laissés à eux-mêmes par des animateurs de colonie de vacances trop occupés à s'amuser entre eux. Il règne en France une atmosphère d'avril 1940, d'un pays sans illusion, épuisé par une longue attente de quelque chose en quoi on n'a plus envie de croire: pourquoi sauver un système qui agonise et qui ne rend pas les gens heureux?

Quand on lit les statistiques accablantes de la DARES, ce spleen, cette obscure envie d'une rupture avec un monde qui ne fonctionne plus, ne fait qu'empirer.

9.400 chômeurs de plus, dit-on. C'est-à-dire 5 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi. Plus d'un actif sur 6, en France, est connu par Pôle Emploi (rappelons que la France compte environ 29 millions de personnes dans sa population active). Si l'on enlève de ce chiffre notre armée de 5,5 millions de fonctionnaires, on descend sous le cinquième des actifs inscrits à Pôle Emploi, et on commence à approcher dangereusement d'un actif sur 4. Impressionnant, non? C'est cela, le naufrage français.


Partout, l'absence de perspective d'avenir, jointe au sentiment d'un enfumage gouvernemental permanent, sape quotidiennement le moindre embryon de confiance qui pourrait naître.



Encore ces chiffres globaux ne sont rien si l'on prend le temps d'examiner les chiffres officiels. Hélas!

Il y a un an, Hollande nous assénait que la reprise était là… En une année de reprise, la durée moyenne de chômage a augmenté de 3 jours: de 269 à 272 jours, soit près d'un an.

Surtout, de véritables cataclysmes sont à l'œuvre. Ainsi, le nombre de sorties de Pôle Emploi en raison d'une reprise de travail ne cesse de diminuer. On comptait 92.500 reprises d'activité en juin 2013. On en compte moins de 90.000 en juin 2014. En revanche, les entrées en stage ont augmenté de 14% et les radiations administratives de 6%. Sans ces artifices, la situation serait bien pire.

Certaines régions sont frappées comme par une calamité. En Corse, le chômage a augmenté de plus de 12% en un an. En Ile-de-France de plus de 7%. Seuls la Bourgogne, la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais voient leurs demandeurs d'emplois augmenter en un an de moins de 4%.

Au bruit du moteur, il est de plus en plus évident que la France ne va pas bien du tout. De partout, la conflictualité monte, avec ces bruits de craquements qui nous viennent des files d'attente chez Pôle Emploi. Peut-être faudrait-il, au lieu de s'agiter, agir?

FIGAROVOX/TRIBUNE | Eric Verhaeghe



Eric Verhaeghe a été président de l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) entre 2004 et 2009. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages publiés chez Jacob-Duvernet: Jusqu'ici tout va bien, Au coeur du MEDEF: Chronique d'une fin annoncée, et Faut-il quitter la France? Retrouvez ses chroniques sur son site.




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