L'emploi transfrontalier accélère

La région Lorraine et la Sarre viennent de se munir d'un cadre légal pour faciliter la formation de leurs jeunes chez le voisin, dès la prochaine rentrée scolaire. En parallèle, une centaine de demandeurs d'emploi ont trouvé du travail grâce au service de placement transfrontalier basé à Sarreguemines et à Sarrebruck, ouvert depuis novembre 2013.

Les nouvelles fraîches

• Emploi : « Nous avons dépassé la centaine de personnes ayant retrouvé un emploi depuis l'ouverture de notre service de placement transfrontalier », dévoile Jürgen Becker, directeur du Pôle emploi de Sarreguemines (notre photo en haut à droite). Cette structure locale franco-allemande est née en novembre 2013 d'un partenariat entre l'agence pour l'emploi française et celle de Sarre, la « Bundesagentur für Arbeit ». Ses deux quartiers généraux se trouvent des deux côtés de la frontière, l'un à Sarreguemines et l'autre à Sarrebruck. D'autres antennes à Forbach, Saint-Avold, Bitche et Creutzwald en France ainsi qu'à Sarrelouis et à Zweibrucken en Allemagne complètent son maillage territorial. « Nous suivons en moyenne 300 demandeurs d'emploi au sein de ce service transfrontalier », constate Jürgen Becker. « L'idée est de réussir, par ce dispositif, à les rendre plus visibles sur le marché du travail voisin. »

• Etudiants : en coopération avec le centre franco-allemand de Lorraine, la chambre de commerce française en Allemagne, située à Sarrebruck, vient de créer une plateforme en ligne afin de permettre aux étudiants de postuler à un emploi en Allemagne. De quoi faire connaître les profils disponibles à plus de 5 000 entreprises allemandes issues de son réseau.

• Formation : la région Lorraine et celle de Sarre ont signé le 20 juin un accord pour faciliter la formation professionnelle transfrontalière. Objectif : offrir un cadre légal à tous les jeunes Français ou Allemands souhaitant aller se former de l'autre côté de la frontière, une mobilité jusqu'ici rendue difficile par les différences réglementaires des deux pays, notamment en matière de sécurité sociale.
L'accord concerne en priorité 15 métiers dans les domaines de l'industrie, l'artisanat, les forces de vente et plus généralement dans les métiers techniques de niveau supérieur. « Pour le moment, notre portail internet dédié à la formation (saril.lorraine.eu) ne comporte que les offres du côté français, en Lorraine. Grâce à cet accord, ce site web est en train d'être repensé pour accueillir dans les prochains mois les offres de formation du côté allemand », explique le conseil régional de Lorraine. En phase d'expérimentation pour quatre ans, cette convention doit permettre aux jeunes Lorrains et Sarrois de conclure un contrat d'apprentissage avec une entreprise du pays voisin pour y effectuer la partie pratique de leur formation. A la fin de cette dernière, les apprentis passent leur examen final dans leur pays d'origine mais pourraient aussi tenter son équivalent dans l'autre pays.

Le contexte transfrontalier

Les collaborations transfrontalières se multiplient entre la France et l'Allemagne, par nécessité : « Nous avons un territoire commun avec des flux migratoires importants, même s'ils le sont moins entre la Sarre et la Lorraine qu'entre celle-ci et le Luxembourg », explique Jürgen Becker. Actuellement, environ 20 000 personnes traversent chaque jour la frontière sarro-lorraine. « Autrefois, ces flux se régulaient naturellement entre la France et l'Allemagne. La baisse de la connaissance de la langue du voisin couplée à l'évolution du marché de l'emploi et des systèmes de formation, de part et d'autres de la frontière, nous ont conduits à développer nos partenariats et à mieux les structurer. »

Le marché du travail

En mai, 5 546 offres d'emploi pour une main-d'œuvre qualifiée ou non étaient recensées côté sarrois, par le Pôle emploi de Sarreguemines. « Les secteurs qui recrutent le plus dans cette région allemande, en ce moment, sont ceux de l'aide à la personne, de l'éducation et de la production industrielle », égrène Jürgen Becker. Dans ces domaines en souffrance, les entreprises ont du mal à trouver des candidats côté allemand et ne pensent pas forcément à la manne française. D'où l'intérêt du nouveau service de placement transfrontalier : « Il permet de positionner les demandeurs d'emploi français sur ces offres, pour qu'ils aient les mêmes chances que les candidats allemands et ne soient pas écartés d'office du processus, comme c'était parfois le cas jusqu'ici. »

L'originalité du service transfrontalier

Actuellement, 7 329 demandeurs d'emploi résidant dans les cantons transfrontaliers de Moselle-Est déclarent posséder un niveau d'allemand suffisant pour travailler chez leur voisin. Pionnier, le service de placement transfrontalier l'est à plusieurs titres : « Nous essayons de réaliser le premier entretien de nos demandeurs d'emploi en doublon, avec un conseiller de Pôle-emploi et un autre venu d'Allemagne », explique Dominique Tousch, l'un des huit conseillers de la structure transfrontalière. Vient ensuite l'inscription, incontournable, du candidat dans le système informatique d'offres d'emploi allemand. « Son curriculum vitae (CV) et sa lettre de motivation sont rendus accessibles pour les Allemands : il faut par exemple mieux traduire les formations possédées par le demandeur d'emploi en France, parfois inconnues chez le voisin », illustre Jürgen Becker. S'il n'existe toujours pas de système informatique mixte entre France et Allemagne, les deux agences d'emploi nationales peuvent désormais très facilement utiliser « le système du partenaire ».

Les barrières à faire sauter

Des barrières sur la frontière, il y en a toujours. Même les plus petites peuvent se révéler définitives : « Concernant le CV, celui d'un Français fait généralement une page alors qu'en Allemagne, il peut facilement s'étaler sur deux feuilles et doit toujours être daté et signé », expose Dominique Tousch. « Quant à sa mise en page, les périodes d'absence doivent être détaillées sur les CV allemands, contrairement à chez nous. Si le candidat était au chômage ou en congé parental, il doit le stipuler. » Autre distinction : « En France, les CV sans photo sont acceptés. En Allemagne, même si aucune loi ne le rend obligatoire, l'ajout d'une photo fait partie de la coutume et s'avère indispensable », affirme Jürgen Becker. Autant d'attentions désormais prises en compte par le service de placement transfrontalier : « Aujourd'hui, les conseillers allemands de la ''Bundesagentur für Arbeit'' trouvent nos demandeurs d'emploi, ce qui permet à ces derniers d'avoir un meilleur niveau d'accompagnement qu'auparavant. » Reste le lourd problème des différences législatives entre les deux pays : « Il existe toujours deux systèmes de sécurité sociale distincts, un frein pour l'accès à l'emploi. Certains aspects réglementaires doivent encore évoluer. » A quand une couverture sociale unique au sein de la Grande région ?


 Arnaud STOERKLER


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