La barre des 5 millions de chômeurs a été franchie en mai

Pôle emploi a recensé 24.800 chômeurs de catégorie A de plus en mai. Le chômage des jeunes est reparti à la hausse. Depuis janvier, la France compte 500 nouveaux sans emploi de plus par jour. A l’approche de la conférence sociale de juillet, ces mauvais chiffres donnent du grain à moudre aux syndicats.

Interrogé ce jeudi matin sur I-télé, le ministre du Travail, François Rebsamen, a indiqué qu’il n’entendait plus se prêter au jeu médiatique du commentaires des chiffres du chômage tous les mois. « Mon prédécesseur l’a beaucoup fait », a-t-il au passage taclé Michel Sapin. On comprend ses réticences au vu des résultats annoncés quelques heures plus tard. Pôle emploi a recensé 24.800 chômeurs de catégorie A (n’ayant pas du tout travaillé dans le mois) de plus en mai, pour atteindre un niveau record de 3,388 millions en métropole. Par son ampleur, cette septième hausse mensuelle de rang constitue même un coup de massue, même si l’atonie de la croissance au premier trimestre laissait augurer d’une poursuite de la hausse du chômage, comme l’a rappelé dans la matinée... Michel Sapin , ministre des Finances et des Comptes publics.

Le constat est inquiétant : depuis le début de l’année, le nombre de chômeurs de catégorie A a bondi de 81.000. Dit autrement, la France avance au rythme de plus de 500 nouveaux chômeurs par jour, week-end compris. C'est trois fois plus que sur les cinq derniers mois de 2013, quand le gouvernement promettait encore une inversion prochaine de la courbe du chômage. Cette époque est révolue et au vu des résultats actuels, François Rebsamen ne doit pas regretter de s’être fixé, pour cette année 2014, le seul objectif de maintenir le taux de chômage en Métropole sous 10 % (9,7 % actuellement).

Toutes les catégories d’âge frappées par la hausse

Le tableau est encore plus sombre en ajoutant les chômeurs de catégorie B et C, ceux qui ont en partie travaillé dans le mois. La hausse atteint alors 34.300 et la barrière des 5 millions de chômeurs des catégories ABC en France métropolitaine est désormais franchie. Leur total atteint 5.020.200 (5,32 millions avec les DOM), autre record historique Toutes les catégories d’âge ont été frappées par la hausse, avec +0,4 % chez les jeunes et +0,8 % chez les seniors. Comme chaque mois, le nombre de chômeurs de longue durée a atteint un nouveau sommet. On compte même à présent 636.000 personnes inscrites à Pôle emploi depuis plus de trois ans !

« L’heure est à l’action et c’est la responsabilité de tous », a commenté Manuel Valls, pour qui « il n’y pas de fatalisme ». « Les efforts que le gouvernement continue de déployer doivent permettre d’endiguer cette progression au second semestre » a abondé le ministère du Travail dans un communiqué. Lundi, François Rebsamen a présenté son plan pour l’emploi des seniors, promettant de renforcer l’accompagnement prodigué. Mais faute de moyens budgétaires supplémentaires, l’efficacité future des mesures annoncées pourrait s’avérer limitée. Pôle emploi, dont le directeur général promet de « renforcer encore l’accompagnement » des chômeurs sera lui aussi mis au défi de faire mieux à moyens constants.

Ces mauvais résultats risquent de tendre encore plus le climat avant la conférence sociale des 7 et 8 juillet qui, selon le ministère, « doit traduire l’engagement de tous à amplifier la mobilisation pour l’emploi (...) et donner corps aux engagements souscrits dans le cadre du pacte de responsabilité», dont il espère jusqu’à 500.000 emplois d’ici à 2017. Un horizon qui doit apparaître bien loin aux chômeurs.

Des syndicats très critiques

De fait, les débats de la prochaine conférence sociale s’annoncent houleux. Réagissant à ces nouveaux chiffres, le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, a estimé : « Quand il n’y a pas de croissance économique, il ne faut pas s’étonner de la hausse du chômage. La question qu’il (le gouvernement, ndlr) devrait se poser c’est : +est-ce que je ne fais pas fausse route sur ma politique économique, est-ce que je ne dois pas changer de politique économique+ »?, a-t-il déclaré sur LCI.

De son côté, la CGT en première ligne sur les conflits de la SNCF et des intermittents notamment, a souligné jeudi soir que cette nouvelle hausse du chômage constituait une « urgence sociale ». « Le gouvernement admet que ces chiffres ne sont +pas bons+ (...) il s’obstine pourtant à poursuivre une politique économique et sociale en totale opposition avec le besoin de relancer la consommation par l’augmentation du pouvoir d’achat des salaires et des pensions des ménages et des investissements », a dénoncé le syndicat de Thierry Lepaon dans un communiqué. Il a fustigé les « 30 milliards d’euros sont accordés aux entreprises sans contrepartie pour les salariés » et critiqué la nouvelle convention assurance chômage qui « pas à la hauteur de la situation de l’emploi ».

Quant à la CFDT, qui a qualifié ces chiffres d’ «alarmants », elle a appelé le gouvernement à « redoubler d’efforts » pour l’emploi. «Au-delà de l’augmentation préoccupante des statistiques mensuelles, ces chiffres représentent autant de situations individuelles difficiles, une absence de perspectives pour les foyers touchés par le chômage, dans un contexte économique qui ne s’améliore pas », souligne la centrale de Laurent Berger.

Derek Perrotte


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