Intermittents : le festival des profiteurs

Opposés aux accords signés par les partenaires sociaux, les intermittents s'en prennent aux festivals. Ils se trompent de cible.

"À Disneyland Paris, nous sommes tous acteurs", proclame le site internet du parc d'attractions sur sa page recrutement. Et pour ceux qui n'auraient pas tout compris, un encadré sur les avantages offerts par les contrats de la division spectacle Disney précise : "Statut intermittent pour la majorité des spectacles." Et voilà, tous les amis de la culture seront heureux de savoir que le milliard de déficit annuel enregistré par l'assurance chômage des intermittents sert aussi à financer Mickey.

Pour être juste, Disneyland Paris n'est pas seul à profiter du système. Sinon, par quel phénomène le nombre de bénéficiaires aurait-il été multiplié par onze en trente ans ? Oui, par onze. Ils étaient moins de 10 000 en 1984, ils sont désormais plus de 110 000.

Des chauffeurs déguisés en artistes

Nombre de sociétés audiovisuelles ou d'événementiel préfèrent déguiser des standardistes, des secrétaires ou des chauffeurs livreurs en assistants de production, bénéficiant du statut d'intermittents. Dès que l'activité baisse, ou que les vacances approchent, elles s'en séparent pour éventuellement les reprendre ensuite. Entre-temps, Pôle emploi prend le relais. Et ces allers et retours ne connaissent aucune limitation : les membres du personnel sont considérés comme des artistes ou des techniciens payés au cachet. Il leur suffit donc de travailler 507 heures en dix mois pour percevoir une indemnisation. Certaines entreprises font plus fort encore : elles s'arrangent pour employer officiellement certains collaborateurs pendant la moitié seulement de leur mission, en augmentant un peu les tarifs, tandis que la seconde moitié est financée par la collectivité. Même avec des cotisations chômage plus élevées que le régime général, c'est une fraude qui rapporte.

Réformé en 2003, le système d'indemnisation demeure très déficitaire. Un accord entre le Medef et deux syndicats, signé en mars 2014, doit s'appliquer à compter du 1er juillet. Furieux, des intermittents, entre autres actions, bloquent à Montpellier le Printemps des comédiens, deuxième plus grand festival de théâtre en France. La nomination d'un médiateur par Manuel Valls ne semble pas calmer l'ambiance.

"Unique en Europe"

Pour quelle raison ? L'accord instaure des délais de carence. Il prévoit aussi qu'un intermittent qui travaille ne pourra pas voir son revenu mensuel complété par les Assedic au-delà de 5 475 euros brut par mois. Trois à quatre fois le salaire médian des Français, ce n'est pas la misère !

Les abus ne sont pas le fait des seuls employeurs. Dans un référé de novembre 2013 sur l'indemnisation du chômage des emplois précaires, le premier président de la Cour des comptes Didier Migaud s'en prend aussi aux intéressés eux-mêmes : "Les intermittents du spectacle, écrit-il, quittent pour la plupart d'entre eux leur situation de travail quelques jours après avoir effectué le nombre de jours nécessaire pour être titulaires de droits et retrouvent souvent une activité au moment où ils ont épuisé leurs droits."

Depuis des années, la Cour des comptes multiplie les mises en garde contre cette formule "unique en Europe". Les parlementaires aussi planchent régulièrement sur la question. Mais sont-ils les mieux placés ? Dans le régime des intermittents, les prestations représentent un peu plus de cinq fois les cotisations. C'est déjà beaucoup. À l'Assemblée, c'est presque huit fois plus...

Par SOPHIE COIGNARD



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