Intermittents : les pouvoirs contraints du médiateur

Jean-Patrick Gille, député PS d'Indre-et-Loire, pourra-t-il mener sa mission à bien ? On peut en douter. Certes, il a commencé ses consultations, mais les humeurs de la base sont à la grève et celles du Medef au maintien de ses positions. Et certains artistes, tel Rodrigo Garcia, peinent à comprendre la négativité des positions des intermittents.

Il y a, dans le monde du spectacle vivant, premier à s'être mobilisé là où débutaient les festivals, à Montpellier et dans les environs, beaucoup de contradictions douloureuses. D'un côté ceux qui sont pour des interventions brutales qui conduisent à l'annulation des représentations - comme ces derniers jours au Printemps des comédiens et à Villeneuve-lès-Maguelone. De l'autre, ceux qui mesurent le désastre artistique, moral et financier que ces annulations représentent et souhaiteraient jouer et s'adresser au public liminairement.

Symptomatique de ce malaise, la très étonnante lettre de Rodrigo Garcia, directeur du Théâtre des 13 Vents de Montpellier, centre dramatique national. Dans ce document qu'il a lui-même rendu public, il s'adresse en priorité aux seize personnes, techniciens et artistes, qui composent l'équipe de Golgota Picnic dont deux représentations devaient avoir lieu, dans le cadre du Printemps des comédiens, les 11 et 12 juin. À la fois, Rodrigo Garcia, programmé au festival d'Avignon 2003 et qui a donc déjà connu l'amertume des annulations, reconnaît le «combat légitime» des intermittents, mais il met en lumière le cas du comédien espagnol Gonzalo Cunill, qui a renoncé à des engagements en Espagne pour reprendre Golgota Picnic et qui se retrouve dans une situation catastrophique. Et Rodrigo Garcia d'écrire: «Les intermittents français défendent leurs droits avec un égoïsme prononcé et ne se préoccupent pas de ce qui se passe autour d'eux.» Et, évoquant l'assemblée générale à laquelle il a assisté quelques jours plus tôt, il écrit: «Il faut dire que l'assemblée de cet après-midi a connu ses moments stalinistes, qui m'ont paru sombres et pathétiques.» Ajoutant pourtant: «Et pourtant, je suis avec eux. Nous les soutenons.»

Rodrigo Garcia est encore plus pessimiste, lorsqu'il parle du public: «Personne ne se soucie du plus grand perdant: le public, les citoyens, leurs voisins, les professeurs de leurs enfants ou les médecins qui les soignent, c'est-à-dire le public quand il cesse d'être professeur ou médecin, va au théâtre. Qu'ils aillent se faire foutre. Cet été, ils resteront à la maison à jouer au solitaire ou ils iront se balader à Odysseum, parce qu'il n'y aura ni opéra, ni théâtre, ni danse.»

Le week-end de la Pentecôte a accentué cette cassure. Le préavis de grève nationale reconductible n'a pas été levé. La semaine qui commence devrait donc être particulièrement dure.

Si Jean-Patrick Gille est connu dans le monde de la culture pour avoir remis un rapport sur les conditions d'emploi dans les métiers artistiques, s'il a d'ores et déjà entamé de nouvelles consultations, on craint que certaines instances concernées ne demeurent sourdes à ses propositions. Jean-Patrick Gille le sait: la dernière fois qu'il a tenté de réunir les représentants du comité de suivi et le Medef, ce dernier n'est pas venu et a envoyé un représentant de l'Unedic. On voit mal comment l'organisation patronale pourrait changer de position.

Du côté de la Rue de Valois, on ne distingue qu'un assourdissant silence

Ce qui est plus grave, c'est que, si Manuel Valls a fait un geste en nommant ce médiateur très bon connaisseur du dossier, du côté de la Rue de Valois, on ne distingue qu'un assourdissant silence. Aurélie Filippetti s'en tient à une stricte solidarité gouvernementale et si elle rappelle que la culture pèse d'un poids certain dans l'économie générale du pays, elle s'est bien gardée de se rendre sur le terrain ce week-end.

Elle aurait pu faire un saut à Montpellier où se tenait la réunion de la coordination nationale des intermittents et précaires et où la grève paralysait le Printemps des comédiens. D'ailleurs, elle aurait ainsi répondu à l'invitation de Philippe Leclant, directeur du festival de Maguelone, interdit de représentation jeudi dernier, et qui a proposé à la ministre, par le truchement de France 3-Languedoc-Roussillon, de réfléchir aussi à la condition des organisateurs des manifestations culturelles. Mais elle n'a pas répondu.

Cette semaine, la ministre de la Culture et de la Communication s'entretient avec Patrick Bloche, député de Paris et président de la commisison des affaires culturelles et de l'éducation nationale, et Michel Françaix, député de l'Oise et membre de cette commission. Le même jour, elle enchaîne avec Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord, présidente de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication au Sénat. Il sera forcément question de l'assurance chômage.

Le gouvernement a le pouvoir de ne pas signer l'accord que refusent, tel qu'il a été pensé, les intermittents. Mais le fera-t-il alors que la question de l'assurance chômage est inscrite dans le pacte de responsabilité et que deux millions d'euros d'économie sont inscrits là ?


Armelle Heliot

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