Chômage : nouveau record de France

ANALYSE Avec 3,225 millions de personnes sans emploi, le palier de 1997 est franchi. Les mesures prises par le gouvernement ne devraient pas suffire à inverser la tendance.

Cette fois-ci, le chiffre est historique. Avec 3 224 600 demandeurs d’emploi en mars en catégorie A (sans aucune activité), la France bat son record du nombre d’inscrits à Pôle Emploi (3 195 000 en janvier 1997 en métropole). Il s’agit néanmoins d’un record en valeur absolue, et non en pourcentage, la population active ayant augmenté depuis. Le taux de chômage en tant que tel (10,2% fin 2012) n’a ainsi pas encore rattrapé son pic de 1997 et 1994 (10,8%). Autre barre symbolique franchie en mars : le nombre total de demandeurs d’emplois (avec les catégories B et C, en activité réduite) dépasse désormais les 5 millions, pour s’établir, outre-mer compris, à 5 033 600 inscrits.

Dans le détail, ce sont les hommes de moins de 25 ans qui ont particulièrement souffert en mars, avec +1,7% en catégorie A, et les chômeurs de très longue durée (plus de trois ans), dont le nombre progresse de 1,5% sur un mois et de 18,2% sur un an (en catégories A, B et C).

Cette vingt-troisième hausse consécutive du nombre de chômeurs (+36 900 en catégorie A) est évidemment un nouveau coup dur pour l’exécutif, tout comme le dépassement symbolique du record du nombre d’inscrits. Déminé le matin même par la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, qui avait prévenu sur France 2 que le chiffre «ne devrait pas être bon», le sujet a ensuite été évoqué… de Chine, par un François Hollande en visite officielle. «Ce que je veux, c’est que les Français puissent se rassembler sur cette seule cause nationale : la lutte contre le chômage, c’est le seul rassemblement qui convienne», a déclaré le président de la République.

«Booster tout ça». A Paris, le gouvernement s’est surtout employé, comme à chaque publication mensuelle de Pôle Emploi, à renvoyer, en partie, la responsabilité sur ses prédécesseurs. «Cette situation est le résultat d’une hausse ininterrompue depuis maintenant cinq ans (60 mois de hausse au cours des 61 derniers mois en catégories A, B, C ; 53 mois en catégorie A)», indiquait hier un communiqué du ministère du Travail. Bref, puisque le marasme dure depuis cinq ans, il serait difficilement imputable à la nouvelle majorité. Pour sa défense, l’exécutif a égrené, encore une fois, les outils déjà en place (accord sur la sécurisation de l’emploi, emplois d’avenir, contrats de génération…). Et annoncé une seconde conférence sociale, les 20 et 21 juin, qui «permettra de tirer le bilan des actions entreprises depuis un an et d’ouvrir de manière concertée de nouveaux chantiers pour l’année à venir».

Pas de quoi convaincre la CGT, dont la réaction, hier, a été particulièrement critique : «Les timides mesures censées favoriser l’emploi ne démontrent pas leur efficacité, estime la confédération. Les emplois d’avenir peinent à exister dans le secteur non marchand, les aides aux entreprises concluant des contrats de génération n’ont pour effet que l’aubaine d’une main-d’œuvre bon marché, et le chômage des femmes et des seniors demeure très inquiétant.» La centrale de Montreuil flingue, au passage, «la loi faussement appelée "sécurisation de l’emploi", qui va fragiliser ceux qui ont un emploi aujourd’hui en flexibilisant davantage le statut du contrat de travail et son contenu». Le tout aboutissant «à une véritable insécurité pour tous les salariés nouvellement amputés de nombreux droits».

Un ton critique, mais plutôt réaliste. Car de fait, les mesures adoptées jusqu’ici par le gouvernement ne suffiront pas à faire refluer le chômage dans les prochains mois. Outre leur lente montée en puissance, les emplois d’avenir et les contrats de génération ne représentent, en nombre, qu’une faible partie des demandeurs d’emploi. Concernant la loi réformant le marché du travail (qui sera adoptée définitivement le 14 mai), le gouvernement lui-même reconnaît qu’elle ne créera pas d’emplois en tant que telle, mais qu’elle générera un environnement favorable lorsque la conjoncture s’améliorera. Quant au crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) de 20 milliards d’euros, qui va baisser le coût du travail pour les entreprises, il n’est «pas encore suffisamment utilisé», a admis le 18 avril le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui a appelé à «booster tout ça».

Beaux jours. Plus inquiétant encore pour le pouvoir : le panel des mesures possibles dans une économie de marché ayant déjà été adopté (hors nouvelle vague de réduction du temps de travail), il se trouve condamné à attendre le retour des beaux jours. Or, les prévisions ne cessent d’être revues à la baisse. Après une année blanche en 2012, l’économie française devrait connaître une autre stagnation de son PIB cette année. Ce qui implique de nouvelles destructions d’emplois et donc une poursuite de la hausse du nombre de chômeurs. Bref, même s’il refuse de l’admettre pour l’instant, l’objectif de François Hollande d’«inverser la courbe du chômage» d’ici la fin de l’année paraît clairement inatteignable.

Par LUC PEILLON

>> DIAPORAMA : Toutes les UNES des quotidiens du 26 avril 2013

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