Apprentissage pour les chômeurs de longue durée : derrière l'apparente bonne idée, l'usine à gaz

Le président de la République a préconisé lundi 28 avril que les chômeurs de longue durée puissent bénéficier du statut d'apprenti "quel que soit leur âge". Pour le moment ce statut est réservé aux jeunes de 16 à 25 ans.

Atlantico : François Hollande a demandé lundi 28 avril que les chômeurs de longue durée bénéficient du statut d'apprenti "quel que soit leur âge", avec une rémunération "maintenue au niveau de l'indemnisation telle qu'elle est prévue" afin de leur "ouvrir la porte des entreprises". Cette initiative pourrait-elle être bénéfique ? Peut-elle changer la donne pour les chômeurs de longue durée ?

Jérôme de Rocquigny : Le problème est que l'on annonce uniquement la finalité. Alors oui, pourquoi ne pas permettre aux chômeurs de longue durée d'avoir accès à la formation. Puisqu'on fond, c'est cela que l'on veut dire. Mais avant d'imaginer l'accès à l'apprentissage pour les chômeurs de longue durée, il faudrait refondre l'apprentissage pour permettre que les jeunes puissent y accéder. Car aujourd'hui, beaucoup de jeunes n'y ont pas accès. Pour lutter contre le chômage, il réformer la formation en alternance. Avant L'ANI, nous avions environ 280 000 contrats de professionnalisation et 200 à 250 000 contrats d'apprentissage.

Aujourd'hui, nous enregistrons moins de 100 000 contrats de professionnalisation par an et l'apprentissage représente 220 000 contrats par an. Cela signifie que cet outil de lutte contre le chômage ne fonctionne pas de manière optimale. Il faut donc d'abord réformer le principe de l'apprentissage en France. Car l'apprentissage est aujourd'hui beaucoup trop cher pour les entreprises. Par exemple, si vous embauchez un jeune trois jours par semaine sur 35 heures, il peut coûter jusqu'à 1800 voir 2000 euros (charges comprises) par mois à l'entreprise. Le coût est trop élevé et n'incite pas les entreprises à avoir recours à ce dispositif.

Avant les réformes de l'ANI, les entreprises bénéficiaient d'exonérations des charges patronales, les salaires conventionnels étaient plus raisonnables. Tout a changé, et le nombre de contrats d'apprentissage a chuté de manière spectaculaire.

Qui peut être contre le fait de donner accès aux chômeurs de longue durée à la formation professionnelle ? Tout le monde est d'accord mais encore faut-il que ce soit possible. Mais derrière les annonces, la mise en place de ces dispositifs de formation professionnelle n'est pas facilitée. Les ANI successives empêchent le déploiement de l'alternance en général, qu'il s'agisse d'apprentissages ou de contrats de professionnalisation. Avant ces réformes, 407 000 jeunes de moins de 26 ans étaient au chômage. Depuis ce sont plus d'un million d'entre-eux qui sont au chômage.

Un alternant coûte cher, reste à savoir ce qui n'est pas précisé est si cet apprenti serait indemnisé par le Pôle emploi ou l'entreprise. Si les chômeurs de longue durée seront indemnisés par Pôle emploi, ce serait catastrophique pour les jeunes. Car là où un jeune coûterait plus de mille euros, un chômeur ne coûterait rien.

A quelle condition cette mesure peut-elle être efficace et surtout quel en sera le coût ?

Pour qu'elle soit efficace, il faut créer un statut unique de l'apprentissage en France. Aujourd’hui, il existe des centaines d'accord de branche, le coût horaire n'est jamais le même, la prise en charge non plus. Cela explique aussi la désaffection des chefs d'entreprise pour l'alternance. Il faudrait également exonérer toutes les charges patronales et fixer les salaires uniquement en fonction de l'âge. Car actuellement, les salaires sont fixés à la fois en fonction de l'âge et de la branche. Auparavant le salaire des apprentis était calculé sur le SMIG et maintenant il l'est en fonction des conventions de chaque branche, ce qui a considérablement augmenté le coût pour les entreprises. Dans un secteur comme celui de l'informatique par exemple, nous aurions tout intérêt à relancer l'apprentissage car il manquera bientôt un million de personnes qualifiées dans cette branche d'ici 10 ans en France.

Il faut surtout faire de la mixité, faire un mariage public/privé pour la formation professionnelle. Car actuellement, nous avons d'un côté le contrat d'apprentissage et d'un autre côté le contrat de professionnalisation. Entre les deux modes de fonctionnement, il y a un fossé. Il faudrait mettre en place un contrat unique avec un mode financement unique, que ce soit dans les CFA ou les centres de formation. Cela permettrait un maillage sur tous le territoire car aujourd'hui, les CFA, qui sont une compétence des régions, sont déficitaires. Les régions n'ont plus d'argent pour ouvrir des CFA alors qu'il aurait dans certains endroits de gros besoins d'apprentissage mais qui ne peuvent pas se mettre en route. Des organismes de formation pourraient très bien répondre à ce type de besoins mais à qui on ne donne pas cette possibilité car les statuts sont différents.

Les organismes de formation pas habilité à percevoir la taxe d'apprentissage, les contrats d'apprentissage dépendent eux des Conseils régionaux et il y a un statut particulier pour l’apprenti qui revient moins cher qu'un contrat de professionnalisation. Mais en période de crise, cela fait la différence.

Cette initiative a le mérite d'innover en matière de formation professionnelle mais va-t-elle dans la bonne direction ? Qu'est ce qu'une bonne approche en matière de formation professionnelle ?

Tout ce qui amène les partenaires sociaux à imaginer une nouvelle utilisation de la formation professionnelle est une bonne initiative. Aujourd'hui, pour une formation professionnelle plus efficace, il faut que les fonds de la formation professionnelle soient gérés par le gouvernement, les partenaires sociaux, les régions et les chambres de commerce. C'est la condition pour que ces fonds soient bien gérés. Le rapport Perruchot publié en 2012 faisait d'ailleurs état de la mauvaise gestion des fonds dédiés à l'apprentissage.

Aujourd’hui les POE qui dépendent de Pôle emploi marchent très bien. Et ce n'est autre chose qu'un apprentissage de courte durée sur une dizaine de semaines avant d'intégrer la personne en question dans l'entreprise. Les personnes en question sont indemnisées par le Pôle emploi.

Jérôme de Rocquigny



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