Chômage : Michel Sapin, le grand prestidigitateur

Jeudi 6 mars, le ministère du Travail salue la "baisse" du chômage enregistrée par l'Insee au dernier trimestre 2013 (- 0,1 %), alors que les chiffres de Pôle emploi indiquent le contraire. Peu importe qu'elle résulte d'un changement de calcul..., un communiqué annonce d'emblée l'éclatante victoire.

En matière de prestidigitation, Michel Sapin et ses équipes peuvent faire bien mieux, ou bien pire, cela dépend du point de vue. Le 26 février, le ministère annonce une hausse du nombre de demandeurs d'emploi de 0,3 % en janvier. Mauvaise nouvelle ! Mais il souligne, comme un message d'espoir, la "bonne tenue de l'intérim depuis un an". Ce secteur est en effet considéré comme un des indicateurs avancés de la conjoncture : quand il va, le reste de l'économie suit en général. Sauf que dans ce cas, c'est un peu comme transformer un foulard en lapin ou un carrosse en citrouille. Car le travail temporaire ne se porte pas du tout aussi bien que ce que prétend le ministère : il a perdu en 2013 l'équivalent de 40 000 emplois à temps plein. Plus grave, l'activité dans cette branche a continué de diminuer en février, pour le... 25e mois consécutif.

La martingale des cinq jours

"Nous sommes très surpris que le gouvernement ose une telle affirmation alors que nous sommes depuis deux ans en difficulté, et que cela continue, comme le montrent les chiffres de février dont nous avons eu connaissance aujourd'hui", s'étonne François Roux, délégué général de Prisme, l'organisme patronal qui regroupe les professionnels du recrutement et de l'intérim. Michel Sapin, qui se félicitait fin février d'avoir réussi à "faire reculer la montée du chômage", est donc magicien, mais pas devin.

Pour justifier la "bonne tenue de l'intérim en 2013", le ministère s'appuie sur une comparaison entre les mois de décembre 2012 et 2013. Ou plutôt entre les cinq derniers jours ouvrés de l'année, qui servent de référence pour le calcul mensuel. Et là, miracle, malgré les 40 000 emplois perdus en une année, on parvient, si l'on se cantonne à ces cinq jours, à une hausse de 6,9 % de l'emploi dans le travail temporaire. Pour une raison qui, n'en déplaise au gouvernement, n'a rien à voir avec la "bonne tenue" du secteur. Mais qui doit tout aux hasards du calendrier et de la météo : en 2012, Noël et le jour de l'an, fériés, tombaient un mardi, si bien que nombre d'entreprises ont fermé leurs portes les deux lundis précédents, créant de la sous-activité; l'hiver 2013, peu rigoureux, a permis au secteur du bâtiment notamment de continuer à travailler, ce qui est rarement le cas à cette période de l'année. Mais cela, bien entendu, n'est précisé nulle part. Qui a dit que la statistique pouvait devenir une forme élaborée de mensonge ? C'est un peu comme si, pour rendre compte d'un film mélancolique, on ne parlait que des cinq minutes où un acteur sourit.


SOPHIE COIGNARD



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir