Chômage : l'Insee constate une baisse fin 2013, pas Pôle emploi

François Hollande avait fait le pari d'inverser la courbe du chômage fin 2013. Le ministre du Travail estime que la situation s'améliore.

Une bonne nouvelle de la part de l'Insee qui annonce que l'inversion de la courbe du chômage a bel et bien été amorcée fin 2013. Si le nombre d'inscrits à Pôle emploi a continué à grimper, le deuxième "thermomètre" du chômage a lui légèrement baissé, prouvant, selon le ministre du Travail Michel Sapin, que l'"engagement" présidentiel a bien été "respecté". Ainsi, l'Institut national de la statistique, qui mesure le chômage selon les normes du Bureau international du travail (BIT), a publié jeudi un taux de chômage révisé à 9,8 % en métropole (10,2 % avec l'outre-mer) au quatrième trimestre, en baisse de 0,1 point par rapport au trimestre précédent. "Le chômage est en train de reculer. Il a baissé en un an de 85 000 pour les jeunes", s'est félicité le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ajoutant que c'était "le moment de mettre le turbo et de faire vivre" le pacte de responsabilité, mis sur les rails mercredi par les partenaires sociaux.

L'autre indicateur du chômage, le nombre des inscrits à Pôle emploi, a, lui, continué à augmenter, à contre-courant de la promesse de François Hollande d'"inverser la courbe du chômage" à la fin de l'année dernière. Fin janvier, Pôle emploi recensait 3,31 millions de demandeurs d'emploi sans activité en métropole, un record. L'Insee, dont la méthodologie est plus restrictive, évalue de son côté le nombre des chômeurs au quatrième trimestre à 2,78 millions. "Il y a deux types de statistiques, elles ont chacune leur valeur. Celle qui est regardée par le monde, c'est celle qui est parue ce matin (...), c'est sur elle que repose l'engagement pris auprès de la Commission européenne, qui a été respecté", a dit à la presse Michel Sapin, soulignant que, selon l'Insee, il y avait eu "41 000 chômeurs de moins au 4e trimestre".

L'amélioration mise en évidence par l'Insee concerne notamment les 15-24 ans (-1,1 point sur un trimestre, -2,6 points sur un an). Leur taux de chômage atteint toutefois encore 22,8 % au 4e trimestre 2013.

Des seniors découragés

Alors que le nombre des chômeurs au sens du BIT est stable sur l'année 2013, celui des demandeurs d'emploi en catégorie A (sans aucune activité) a lui progressé de 190 000. "Ces deux mesures ne sont pas contradictoires, car elles ne recouvrent pas les mêmes situations", souligne l'Insee dans un communiqué. L'Institut de la statistique considère comme chômeur une personne présentant trois critères : ne pas avoir travaillé au cours de la semaine, chercher activement un emploi et être disponible dans les deux semaines. De fait, beaucoup de seniors découragés, qui ont abandonné leurs recherches, ne figurent pas dans ses statistiques. "Ce n'est pas une bonne baisse du chômage, car les gens qui ont quitté le chômage n'ont pas retrouvé un emploi", estime ainsi Éric Heyer, de l'OFCE.

Mesuré grâce à une enquête effectuée chaque trimestre auprès de 110 000 personnes, le taux de chômage est le seul indicateur reconnu au niveau international. Il est préféré par les économistes aux chiffres de Pôle emploi, soumis aux aléas administratifs (inscriptions, radiations, etc.).

"Ne pas surinterpréter cette baisse"

Nouveauté importante dans les chiffres publiés jeudi, une révision à la baisse de 0,5 point de tous les taux, présents et passés, due à une "rénovation" de l'enquête menée auprès des ménages. Le pic historique, atteint à deux reprises en 1994 et 1997, est ainsi ramené à 10,4 % en métropole. Et le point bas, atteint début 2008, à 6,8 %. Les chiffres publiés jeudi sont un peu meilleurs qu'attendu: dans ses prévisions, l'Insee tablait sur une stabilisation fin 2013 et début 2014, avant une légère hausse au printemps.

"Le diagnostic d'ensemble n'a pas de raison d'être fondamentalement modifié, il ne faut pas surinterpréter cette baisse", selon Fabrice Lenglart, directeur des statistiques démographiques et sociales de l'Institut. De fait, aucun organisme international n'anticipe d'embellie en 2014. "On voit bien en 2013 l'effet des politiques de l'emploi (contrats aidés, emplois d'avenir, formations...), car il n'y a pas eu assez de croissance pour faire baisser le chômage. Une baisse aussi petite n'est pas interprétable, tout l'enjeu maintenant, c'est le rebond", estime Christine Erhel, chercheuse au Centre d'études de l'emploi. Pour Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, "les chiffres de Pôle emploi démontrent malheureusement que le chômage continue à augmenter" et que "la précarité continue également d'exploser".

avec AFP



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